10 minutes pour comprendre le phénomène bitcoin et blockchain

Si l’on en croit wikipedia et son encyclopédie collaborative le bitcoin est une « monnaie cryptographique » et un système de paiement « peer to peer » inventé par Satoshi Nakamoto. Personne dont l’existence n’a jamais été prouvée et que l’on soupçonne d’être un alias derrière lequel se cacherait un collectif de développeurs informatiques. Wikipédia cite la Banque Centrale Européenne qui qualifie le système des bitcoins de « schéma de monnaie virtuelle le plus abouti et le mieux commercialisé, mais c’est aussi le plus controversé ». Vincent Podlunsek, consultant en sécurité informatique depuis 15 ans, gérant de POD Informatique et fondateur du premier DataCenter des Pyrénées Orientales, Adamentis, nous a aidé à y voir plus clair.

La Digital Tech Conférence qui se tient à Rennes le 7 et 8 décembre prochain se penchera sur les questions posées par l’existence et les conséquences de cette crypto monnaie.

1 bit + 1 coin = 1BitCoin
Le bit étant l’unité d’information binaire et le coin, une pièce de monnaie en anglais, ainsi est né le bitcoin au lendemain de la crise financière de 2008. Une crise qui prend, en partie, son origine dans la chute des prix immobilier aux Etats Unis, la haute du taux directeur de la Banque Centrale Américaine, et au non-remboursement des crédits hypothécaires à taux variables accordés (non sur la solvabilité de l’emprunteur mais, sur le pari que la valeur du bien immobilier ne cesserait de croître).

La multiplication de défaillance des banques outre-atlantiques basées, pour les amateurs d’opensource et d’opendata, « sur l’opacité de leurs transactions » pourrait expliquer le verrouillage du système de la crypto monnaie, sa transparence mais aussi la volonté de ne plus dépendre des acteurs institutionnels historiques accusés de « manipuler le marché ».

Comment fonctionne le bitcoin, une des 2.000 cryptomonnaies disponibles ?
Le Bitcoin est « petite révolution, une invention très très cool » pour Heur?ka. Le youtuber dont l’objectif est de « vulgariser la finance et l’économie » nous définit cette monnaie électronique décentralisée.

« Notre système monétaire se doit d’être centralisé car il est plus facile de surveiller ce que font les banques que les agissements de tout un chacun. En dématérialisant l’argent, il faut surveiller les choses de près car, qu’est ce qui prouve que lors d’un virement la banque de celui qui fait le transfert est bien débitée quand celui qui reçoit l’argent est bien crédité ? Et qu’est ce qui prouve que l’émetteur du virement possédait bien cet argent au moment de la transaction ? Sans les banques qui valident nos transactions potentiellement c’est l’anarchie. Mais le système bitcoin parvient à s’affranchir de la vérification d’un tiers grâce à une sécurité imbattable ou quasiment imbattable ».

Une sécurité fournie par le principe des blockchains
Le système de blockchain enregistre dans un bloc toutes les dépenses de tous les utilisateurs effectuées dans les 10 dernières minutes. À l’image de ce que fait la BCE, à la différence que dans les blockchains les transactions sont publiques, tout le monde peut télécharger la blockchain et la vérifier. 

Lors d’une demande de transfert bitcoin de A vers B, A va fournir une clé de decryptage qui va permettre au protocole de bitcoin de vérifier dans tous les blocs de transactions si A est bien en possession du nombre de bitcoin qu’il souhaite transférer à B. C’est ainsi que le système garantit que A est bien en possession de l’argent qu’il souhaite virer à B. C’est le protocole informatique qui est garant de la transaction entre pairs et non plus un établissement bancaire susceptible de prendre des frais peu lisibles au passage de chaque transaction. Il s’agit d’un partage peer to peer, et donc sans intermédiaire.

« Le paiement est simple comme l’envoi d’un mail ou un texto, le portefeuille électronique appelé Bitcoin Wallet est gratuit, il est protégé par notre clé privée. Dans le cas de Bitcoin nous avons donc deux clés, la clé publique et la clé privée celle de notre compte, donc à ne pas perdre. Ce portefeuille permet donc d’envoyer, de stocker ou d’acheter ». Nous précise Vincent.

Après l’année 2140, pas de nouveaux bitcoins – 21 millions de bitcoins seront en circulation à cette date
À l’inverse de l’économie régulée, les bitcoins sont créés par les « mineurs ». Cette appellation désigne ceux qui « construisent » les blocs servant à stocker les transactions des utilisateurs durant 10 minutes. Pour que le protocole puisse sécuriser et sécuriser les transactions, il faut une énorme puissance de calcul. Cette puissance de calcul est fournie par les ordinateurs des utilisateurs volontaires du système que l’on appelle des « mineurs ». Rapport aux chercheurs d’or à l’époque où la monnaie elle même était la contrepartie de l’or entassé dans les coffres de la banque centrale Américaine.

« Chaque mineur est récompensé par la création et la régulation des transactions (aujourd’hui 12,5 Bitcoins, au début c’était 50, puis 2014 à 2016, 25). Pour créer des Bitcoins, il faut beaucoup d’énergie, de puissance et de temps, l’ensemble des Serveurs de Google ne représenterait que 1 % des calculs », détaille Vincent.

100% transparence et 0% régulation
Toutefois, les premiers articles qui apparaissent à la UNE sur une recherche Google affichent des titres tels que « Toulouse : Quatre jeunes séquestrés et forcés à transférer des bitcoins » ou encore le message de prévention de la Banque de France relayé par Le Journal de l’Economie qui explique le risque lié à l’éclatement de la bulle spéculative des bitcoins. Le système du bitcoin est un système de paire à paire (peer to peer) sans intermédiaire, sans banque émettrice ou tiers de confiance qui certifie la transaction ou que la transaction est bien conforme aux lois, fiscales, sociales ou morales édictés par les Etats et qui s’imposent aux établissements bancaires classiques. On peut prendre l’exemple des services de Tracfin dont l’objectif est de lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Il s’agit d’un contrôle par les utilisateurs eux mêmes, à l’instar de l’encyclopédie collaborative wikipedia qui est à jour grâce aux contributions des internautes qui l’incrémentent  et s’autocorrigent entre eux.

♦ Petit retour en arrière et explicatif sur la création de monnaie
Certains croient encore que derrière l’Euro se cachent des montagnes d’or dans des coffres forts à BCE pour la contrepartie de la monnaie ? D’autres se souviendront de leurs cours de lycée faisant référence aux accords de Bretton Woods (1946-1971) qui indexaient la valeur du dollar sur la valeur de l’or. L’ensemble des autres monnaies du monde étant indexé sur la valeur du dollar.

Que nenni, parce que nous ne payons plus en sesterces, désormais la valeur de nos euros est « décorrelée » de l’étalon-or (principe de contrepartie or de la monnaie). Les pièces et les billets ne représentent aujourd’hui que 10% de la masse monétaire planétaire. Les 90% de l’argent en circulation ne sont que des écritures informatiques, l’ensemble de l’argent n’existe pas matériellement, ce sont uniquement des lignes de code dans un ordinateur.

Heur?ka, encore lui, nous fait une petite leçon d’économie :

« L’argent c’est ce qu’on veut, ce qui compte c’est que tout le monde soit d’accord, si moi je décide qu’une paire de chaussettes c’est de l’argent mais le boulanger n’est pas d’accord n’est pas d’accord, je vais avoir du mal à acheter mes croissants, en revanche si on est tous les deux d’accord je peux utiliser les chaussettes comme moyen de paiement ». 

La valeur que l’on donne à l’argent est uniquement basée sur la confiance que l’on a dans le système, de l’État ou l’union des États par lesquels cette monnaie est utilisée, si le système s’effondrait demain nos euros ne vaudraient plus rien.

Dans le système économique d’aujourd’hui, le flux financier vient des banques commerciales. Elles créent de l’argent en fonction des demandes de prêts qu’elle reçoit. C’est la ligne de code que le banquier rentre dans son ordinateur qui va venir créditer le compte du demandeur du prêt, entreprise ou particulier et c’est cet argent qui va venir alimenter l’économie.

C’est la dette qui crée de l’argent et quand cette dette est remboursée à la banque l’argent disparaît, il faut que la banque accorde un nouveau prêt à un employeur, par exemple, pour que celui-ci paye les salaires et que le système fonctionne à nouveau.

Les bitcoins happés par les acteurs de l’économie
Première FCP (fond commun de placement) en bitcoin en France commercialisé par la société Tobam, les acteurs du secteur bancaires et tiers de confiance tels que les investisseurs institutionnels (banques, assurances ou états) étudient de très près le fonctionnement des blockchains pour réduire leurs propres activités d’enregistrement et en réduire les coûts. Tous ces nouveaux acteurs sur le marché des bitcoins en fond grimper la valeur. Le 3 janvier 2009 à la suite de la crise financière, un bitcoin qui valait 0,09 dollar. Le 29 novembre dernier, sa cotation était de 10 842 dollars. La forte demande sur la monnaie augmente son cours, car le nombre de bitcoins en circulation est limité et n’augmente que très progressivement au gré de la création de bitcoins par « les mineurs ». Cette rareté est accentuée par le fait que ceux qui possèdent la crypto monnaie ne souhaitent pas s’en défaire espérant que son cours augmente encore.

Les bitcoins dans la vraie vie
Selon le groupe de média Finyear, les bitcoins servent surtout à acheter des produits du quotidien, faire des dons à des associations ou acheter des services informatiques. Les pays qui utilisent le plus les transactions en bitcoin, sont les Etats Unis, suivis du Royaume Uni, le Canada, l’Allemagne et les Pays Bas. Dans le IIème arrondissement de Paris, autour du seul bureau de change physique de la monnaie virtuelle, une vingtaine de commerçants a choisi d’afficher de nouvelles étiquettes « paiement en bitcoin accepté ».

La bulle bitcoin va-t-elle exploser ?
Nous avons interrogé Vincent Podlunsek sur la bulle liée à ces cryptomonnaies, tout en nous confiant qu’il s’agissait plus du domaine des marchés financiers que de la sécurité informatique il a quand même accpété de répondre à cette question.

« Aujourd’hui le Bitcoin vaut presque 12 000$. La première Bulle à 1149$ date de Fin 2013 puis une descente vers 300$ fin 2014. Depuis Mai 2016, il progresse régulièrement et depuis Janvier 2017 ‘aux alentour de 800$) il ne fait que croître rapidement.

Il ne faut pas forcément écouter tout le monde sur cette monnaie, surtout les youtubeurs. Il y a illusion d’une croissance, cela va chuter, c’est une illusion, ou le contraire, c’est l’avenir, certains sont devenus millionnaires… Mais qui aurait cru a internet dans les années 80-90 ? Au pc dans les années 60-70 ? Ou au retournement de situation de Amazon (simple libraire au départ qui perdait beaucoup de business en 2000, malgré la vision de Bezos) ?

Bref est-ce une opportunité ? La probabilité est inconnue. Avant d’investir il faut créer des scénarios pour prendre la décision d’investir (ce que l’on peut perdre).

Les questions que je me pose personnellement sont sur la décentralisation de la monnaie. Car si les premiers mineurs s’accordaient et créaient un cartel la monnaie seraient donc contrôlée. Existe t’il une faille sur le Blockchain protocole récent (2008) ? Le bitcoin est sécurisé, mais les plateformes ou les failles des utilisateurs (perte de la clé, virus, oubli de mot de passe) ? Il faut un minimum maîtriser la sécurité informatique. Ne pas oublier que le Bitcoin est un Cash électronique ».

Un petit peu d’humour avec la vision de l’argent de Fabrice de Boni et Axel Lattuada, dont la chaîne YouTube  « Et tout le monde s’en fout » compte 267 000 abonnés.

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