Agro-écologie par le philosophe Pierre Rabhi – Une simplicité qui fait du bruit

Ce dimanche 16 décembre, le célèbre auteur de « La sobriété heureuse » aux éditions Acte Sud, a répondu favorablement à l’invitation de la commune de Canohés. Jean Louis Chambon, le maire de la commune de 5 000 habitants a choisi de baptiser une avenue au nom de cette la figure de l’agro-écologie, Pierre Rabhi.

Le photographe primé lors du dernier festival Visa Off, Stéphane Ferrer Yulianti et Morgane Muzart, passionnée par le photojournalisme et future journaliste, ont réalisé ce reportage pour Made in Perpignan.

Pierre Rabhi, la simplicité d’un homme engagé
Paysan, philosophe, écrivain et bien d’autres choses encore, Pierre Rabhi est surtout un écologiste français. Issu d’une famille modeste, il s’essaie à plusieurs métiers avant de se tourner vers l’agriculture. C’est en découvrant ce métier et la détresse de certains paysans qu’il décide d’adopter une méthode plus respectueuse de l’environnement. En s’inspirant du modèle de la forêt,a il reprend les techniques de la nature elle même pour son potager.

Pierre Rabhi soutient la politique d’aménagement mise en place à Canohès, l’organisation des différents espaces dans la ville est un point fondamental pour améliorer nos conditions de vie urbaine. «  L’aménagement du territoire est livré à une spéculation beaucoup plus qu’à une gestion, comme on dit en agriculture, en bon père de famille  ».

♦ « Les ressources de la planète pourraient nourrir 12 millions de personnes ! »
C’est en adoptant la posture d’avocat de la terre nourricière qu’il nous informe de l’urgence d’agir. Il faut changer l’état d’esprit des citoyens et prendre conscience de l’importance de l’écologie pour l’avenir de notre espèce. «  C’est à la terre que nous devons la vie et si la terre est détruite nous mourrons, c’est tout  ».

Il croit en «  la puissance de la modération  », il nous faut reconsidérer nos besoins pour ne garder que l’essentiel. C’est cette stratégie de la modération qui pourrait renverser l’ordre établi par les multinationales qui «  vivent de l’excès et de la satiété ».
Respecter la nature pour progresser et régler les problèmes de notre époque est possible. Actuellement, avec les ressources que nous procure la nature nous pourrions nourrir 12 milliards d’êtres humains et pourtant la famine est toujours aussi grande car une partie de la population s’accapare la plupart des ressources, précise en substance Pierre Rabhi. «  Le patrimoine national devrait vraiment bénéficier d’une réglementation très particulière de préservation, d’une préservation rigoureuse  ».

« Une volonté de sauvegarder des espaces naturels agricoles et péri-urbains pour les générations futures »
C’est avec ces mots que le maire de la commune expliquait le Périmètre de protection et de mise en valeur des espaces Agricoles Et Naturels péri-urbains (PAEN), créé en 2005 et qui s’applique depuis 2009. « Une mesure qui permet de sauvegarder un espace pour les générations futures » rappelle Jean Louis Chambon :

«  J’espère que nos enfants et nos petits enfants sauront reconnaître qu’on a au moins préservé 1000 hectares, dans les communes de Ponteilla, Toulouges et le Soler. Dans deux ou trois générations, ils en feront ce qu’ils voudront  » explique Jean-Louis Chambon, également élu de Perpignan Métropole et du conseil départemental des Pyrénées Orientales. « C’est une protection de 330 hectares qui est engagée ici [à Canohés]. Sur cette zone personne ne peut construire, elle est réservée  à l’agriculture et à la nature ».

Le fait d’être la première commune de France à désigner une voie urbaine au nom du célèbre paysan, s’inscrit comme un symbole de l’engagement dans une politique écologique et de la protection de l’environnement pour l’équipe municipale.

Des consciences s’élèvent déjà
À ce jour, 75% des semences ont disparu, des lois nous empêchent de transmettre librement et sans obstacles notre patrimoine culturel. «  Il faut désobéir à ses lois  » nous confie Pierre Rabhi, comme avec Notre Dame des Landes ou des citoyens se sont engagés pour protéger la nature contre des politiques d’aménagement du territoire désastreuses pour l’environnement. «  Voilà une problématique d’une extrême gravité », la finance malheureusement passe au dessus de la nature et les politiques d’aujourd’hui ne se rendent pas compte du poids de leur culpabilité par rapport aux prochaines générations. «  Les semences sont un élément de survie trop important pour ne pas se battre pour les protéger  ».

«  Je ne veux pas tronquer ma vie contre un salaire et je ne veux pas rentrer dans le processus qui m’enferme de la maternelle à l’université, on appelle ça d’ailleurs le bahut, ensuite tout le monde travaille dans des boites, des grandes ou des petites boites… Même pour s’amuser en va en boite, on y va dans sa caisse et puis la boite à vieux en attendant la dernière boite que je vous laisse deviner. Un itinéraire d’existence qui passe comme ça d’une incarcération à une autre me paraît confisquer à l’être humain la capacité d’être d’ans une existence où il admire la vie  » Pierre Rabhi

L’urgence pour la planète succède à l’urgence
Le 13 novembre dernier, 15 000 scientifiques de 184 pays lançaient « un cri d’appel pour sauver la planète », après une première mise en garde 25 ans auparavant. Après le succès de la COP21 et l’engagement de 196 délégations, nous avions interrogé Jean Jouzel, le co-recipiendiare du Prix Nobel de la Paix avec Al Gore. Jean Jouzel se montrait satisfait de l’engagement des nations mais rappelait que les moyens étaient insuffisants pour atteindre l’objectif de limiter le réchauffement de la planète à +2 degrés. La situation ne s’est guère améliorée avec la volonté du nouvel occupant de la Maison Blanche, Donald Trump, de se désengager de l’accord climat.

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