« Le Venezuela au bord du gouffre » – Meridith Kohut à Visa pour l’image

La 29ème édition du festival international de photojournalisme se tiendra à Perpignan du 2 au 17 septembre. Parmi les 25 expositions présentées cette année, le travail réalisé en 2016 par  Meridith Kohut pour le New York Times, est encore et toujours d’actualité alors que le Venezuela plonge chaque jour d’avantage dans le chaos.

Le Venezuela est-il encore une démocratie ? Crise économique et Crise de régime
Le pays d’Amérique Latine qui compte plus de 30 millions d’habitants est une République Fédérale Présidentielle. Nicolás Maduro en est devenu le Président par interim à la mort du « Comandante », Hugo Chavez, à la tête du pays durant plus de 14 ans. Nicolás Maduro a remporté l’élection suivant la mort d’Hugo Chavez, avec un très faible écart de voix (50,6% des voix) ; élément qui explique en partie la crise de légitimité actuelle.

Depuis 2014, le pays est plongé dans une grave crise économique essentiellement liée à la chute du prix du baril de pétrole dont il est le 6ème producteur au monde. Un secteur qui représente 95% de ses exportations et 25% de son Produit Intérieur Brut. Nicolás Maduro tente depuis cette crise de maintenir les acquis de la révolution socialiste opérée par Hugo Chavez mais l’économie peine à se diversifier.

Dès le début de la crise économique, l’opposition réclame la démission du Président qu’elle considère comme illégitime. En février 2014, les manifestations convoquées par les leaders politiques d’opposition sont réprimées dans la violence faisant 43 morts.

Les élections législatives de décembre 2015 voient la victoire de l’opposition au parlement. En mai 2016, les anti-maduro déclarent avoir recueillis plus de 1,8 millions de signatures (9 fois plus que ce qu’exige la loi) en faveur d’un référendum de révocation du Président socialiste.

La politique de fermeture des frontières entraîne une pénurie de denrées de première nécessité ce qui accentue les manifestations d’oppositions au régime. Depuis 2016, ce sont de nombreuses manifestations qui sont réprimées dans le sang par les autorités et l’armée, dont les effectifs ont crû de 87% en deux ans.

Le 1er septembre 2016, ce sont plus d’un million de Vénézuéliens qui descendent dans la rue mus par le désir de changement de gouvernement et par les pénuries alimentaires. Depuis cette date la mobilisation ne faiblit pas pour exiger la tenue d’un référendum. Le gouvernement use de tous les stratagèmes pour rendre impossible son organisation.

En 2017, l’inflation atteint 720% et le chômage 25%. Le bilan des manifestations est extrêmement lourd avec plus de 145 morts et des milliers de blessés, dans ce que Maduro appelle désormais « des tentatives de putsch ».

Une assemblée constituante élue qui ne règle pas la situation
Ni économique ni politique. L’assemblée constituante est composée depuis le 30 juillet dernier de 545 députés chargés en deux ans de réviser la constitution promulguée en 1999 par Hugo Chavez. L’assemblée est dotée de pouvoirs illimités qui vont au delà de ceux du Président. Mais son élection est contestée car les décomptes de voix ne semblent pas correspondre à la réalité du vote. L’entreprise britannique chargée des opérations de vote électronique accuse même les autorités d’avoir « manipulé » le taux participation, étrangement élevé. Par ailleurs, de nombreux témoins évoquent des pressions sur les fonctionnaires afin d’influencer leur vote. L’opposition de droite ayant clairement appelé à boycotter cette élection, cette assemblée que certains soupçonnent de vouloir prolonger le mandat de Nicolás Maduro, apparaît, de fait, totalement illégitime.

Qui est l’opposition à Nicolás Maduro ?
La  MUD : « Mesa de la Unitad Democratica » (Table de l’unité démocratique), un collectif de diverses formations politiques allant de la droite conservatrice ou libérale à la gauche non révolutionnaire en passant par le centre. Deux principaux courants composent la MUD, l’un plus modéré et l’autre plus radical. Les modérés empruntent la voix légale pour faire tomber Nicolás Maduro, sont incarnés par Henrique Capriles Radonski et Julio Borges. Le premier souhaite une politique centriste, libérale tout en souhaitant conservant les programmes sociaux mis en place par Hugo Chavez. Julio Borges est, quant à lui, le Président de l’Assemblée Nationale. Il se dit au « centre humaniste », un parti « ni à droite, ni à gauche », même si sa création a été soutenue par une organisation proche du parti républicain américain. Des Etats-Unis, dont le Président, Donald Trump n’exclut pas « l’option militaire ». Une mise en garde que le gouvernement de Nicolás Maduro a très mal pris, accusant le président américain « de mettre la paix en péril ».

Les plus radicaux des opposants se retrouvent dans un mouvement baptisé « La Salida » (La Sortie) qui se laisse la possibilité d’un recours à la violence pour parvenir à destituer le Président en place. Son leader, Léopoldo Lopez est, tout comme Henrique Capriles Radonski, issu de la classe supérieure du Venezuela.

« Le Venezuela au bord du gouffre » par Meridith Kohut pour le New York Times
C’est dans ces conditions que Meridith Kohut (photojournaliste américaine primée et basée à Caracas) couvre l’Amérique Latine pour la presse étrangère depuis 2007. Elle collabore régulièrement avec le New York Times. Meridith produit de nombreux reportages dont un travail au long court de l’ascension à l’écroulement de la révolution socialiste d’Hugo Chávez au Venezuela, le trafic de la drogue en Bolivie, la transition de Cuba, la violence des gangs au Salvador… En mai dernier, Meridith Kohut a été la lauréate de la bourse de Getty Images de 20.000 dollars. Elle a également reçu le prix de la Fondation Chris Hondros pour son travail sur l’écroulement du pays.

Visa pour l’image exposera Meridith Kohut lors de la 29 ème édition du festival international de photojournalisme :

« Bien que le Venezuela dispose des plus importantes réserves pétrolières du monde, des années de corruption au sein du gouvernement ainsi que de politiques économiques inefficaces ont entraîné une crise profonde dans le pays. L’exposition montre la vie des Vénézuéliens qui luttent pour survivre malgré les pénuries de nourriture et de médicaments, une criminalité en forte hausse et un gouvernement répressif. Meridith Kohut a photographié les Vénézuéliens qui affluent vers les mines d’or illégales, d’autres qui ont choisi de fuir la crise, et ceux qui ont décidé de rester et de se battre en descendant dans la rue lors de grandes manifestations contre le gouvernement qui ont fait plus d’une centaine de morts et d’un millier de blessés ».

Exposition visible au Couvent des Minimes en accès libre et gratuit de 10h à 20h du 2 au 17 septembre 2017.

*Sources utilisées pour les chiffres de l’infographie : FMI-Tranparency International

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