Les surveillants de la prison de Perpignan mobilisés et sous pression

Dernière mise à jour le 27 janvier 2017 – Suite à la signature par le syndicat majoritaire, UFAP UNSa Justice, les surveillants de prisons se sont résignés à lever le mouvement après 12 jours de blocage. Le syndicat qui représente 40 % des agents a choisi de revenir à la table des négociations et signer la levée de la grève, malgré l’opposition de Force Ouvrière et de la CGT. Les mesures du gouvernement ont convaincu la majorité des adhérents de l’UFAP UNSa Justice. Nicole Belloubet a proposé un texte qui prévoit, 1 100 embauches supplémentaires d’ici à 2021, 30 millions d’euros en hausse d’indemnités, un renouvellement de l’équipement de sécurité des agents et une amélioration de la gestion des détenus radicalisés.

Article originel écrit le 25 janvier – Après 11 jours de tension dans les prisons françaises, ce sont encore 113 établissements pénitentiaires qui sont bloqués. À Perpignan, ils étaient environ 120 gardiens de prison à empêcher le fonctionnement normal du centre pénitentiaire. En milieu de matinée, les surveillants ont été délogés par les CRS. La présence Louis Aliot, écharpe de député autour de la ceinture, aurait retardé les opérations de la Compagnie Républicaine de Sécurité venue reprendre la prison aux manifestants. Après le déplacement ce mercredi de l’ancienne Ministre de la justice Rachida Dati, un représentant syndical déclarait au micro des journalistes  : « Nous avons besoin de tout le soutien et particulièrement celui des politiques. Ce sont eux qui font les lois et la pénitentiaire a besoin de lois ! ».

« La prime à la baffe » passe très mal auprès des surveillants
« Prime à la baffe », d’autres évoquent « une prime à l’égorgement », quand la Ministre de la justice, Nicole Belloubet préfère « une prime liée au personnel qui travaille dans les établissements sensibles ». Selon Philippe Baille, surveillant pénitentiaire non syndiqué, « On demande sa démission, car elle [Nicole Belloubet] nous a pris de haut. On s’interroge de savoir si elle avait une idée de ce qu’était une prison et même, si elle savait qu’il y avait des prisons en France ! ». Philippe comme Karen, sa collègue, nous parlent des agressions dont chacun a été victime, « un coup de poing raté » pour l’un, une tentative d’énucléation pour l’autre. Tous deux confient également de nombreuses heures supplémentaires (jusqu’à 60 heures par mois) qu’ils sont « fortement encouragés à faire ». 

Surveillant de prison, un métier peu attractif
Selon le porte parole du ministère de la justice, des « propositions significatives » ont été faites, pour un montant total de 30 millions d’euros. La Ministre propose entre autres de revaloriser la profession qui apparaît peu attractive. Pour preuve, tous les postes ne sont pas aujourd’hui pourvus par manque de candidats. Nicole Belloubet avance « une prime d’attractivité, une prime de fidélisation » ainsi qu’une prime pour travail le dimanche et les jours fériés, mais également 1 100 embauches sur les 4 prochaines années. Alors qu’environ 1400 départs à la retraite sont prévus sur cette période selon un des militants présents. Les syndicats, eux, préfèrent une modification de catégorie. Car aujourd’hui les surveillants débutent leur carrière en catégorie C. Frédéric Jenot, secrétaire départemental FO pénitentiaire estime le coût de cette mesure à 80 millions d’euros.

Un surveillant à Perpignan depuis 2004 très en colère déclarait au député Louis Aliot : « On ne veut rien lâcher à Perpignan, on sent bien qu’on est à un tournant de notre carrière, on risque quoi la révocation ? » Louis Aliot de finir la phrase du syndicaliste : « déjà que le recrutement est difficile… »

Frédéric rappelait l’aggravation et la fréquence accrue des agressions sur détenus, « le coup de poing 10 ans en arrière s’est transformé en coup de fourchette au niveau du crâne ou au niveau du coup, avec une volonté de tuer ! ». Il rappelait que sur les Perpignan, il y a environ 10 à 11 agressions physiques par an, « le haut de l’iceberg ». Les insultes, les menaces ou les crachats sont traités en commission disciplinaire mensuelle, avec un minium de 12 détenus par commission, nous précisait un autre surveillant.

La Ministre de la justice a également mis sur la table des formations pour répondre à la difficulté qu’ont les surveillants face à des détenus toujours plus dangereux

Une lente dégradation aggravée par la mise en place de l’article 57  
C’est Rachida Dati qui, en 2009, a fait voter cette loi qui encadre les fouilles des détenus et notamment les fouilles intégrales. L’ancienne garde des sceaux de Nicolas Sarkozy, désormais député européenne, s’en est expliqué lors de sa visite à Perpignan. Selon un témoin présent, Rachida Dati aurait justifié l’article 57 en déclarant que l’Europe l’avait imposé.

Johann Reig secrétaire départemental UFAP-UNSA Justice avait quant à lui choisi de boycotter cela visite de l’ancienne ministre. Le représentant du syndicat majoritaire dans l’administration pénitentiaire, agent depuis 20 ans et à Perpignan depuis 2004, nous évoquait également la sanction de 30 jours de mise à pied que sa hiérarchie lui a infligé. « on m’accuse d’agression alors que je n’ai fait qu’arracher la feuille d’appel avec les noms de famille des gardiens ». À l’extérieur et devant les familles des détenus, la direction avait prévu de faire l’appel des surveillants opérationnels. Or, Johann d’insister, « les noms de familles c’est le B-A Ba de notre métier, il ne faut pas qu’ils soient connus par les familles des détenus, c’est la base ! ». Aujourd’hui l’ensemble des personnels risque 15 jours de mise à pied. Pour rappel, comme l’armée ou la police, la pénitentiaire n’est pas autorisée à faire grève.

La prison de Perpignan en quelques chiffres (source syndicale)
280 personnels dont 200 surveillants, selon le syndicaliste Force Ouvrier, il en faudrait au minimum 15 de plus. Le centre pénitentiaire compte 700 détenus pour 466 cellules. 50 femmes y sont également détenues dans 29 cellules. La surpopulation à Perpignan engendre une prime de 100€ par an pour les surveillants.

La Ministre de la justice écrivait dans un courrier à Romain Grau, député LREM de la 1ère circonscription que le taux d’occupation de la maison d’arrêt de Perpignan était en novembre 2017 de 184,2%, « une surpopulation préoccupante » selon Nicolas Belloubet. D’où la volonté d’acter un deuxième établissement pénitentiaire qui verrait le jour à horizon de 6 ou 7 ans selon le député Grau.

Plan Pénitentiaire Global
Face à la situation, Emmanuel Macron a demandé « un plan pénitentiaire global », d’ici à la fin du mois de février, qui porterait notamment sur l’immobilier et le personnel des prisons. Une prison qui au delà des 15 000 places supplémentaires promises dans le quinquennat doit être « profondément modernisée, transformée » selon le chef de l’Etat.

Revendications syndicales
La sécurité des agents, une demande récurrente des syndicats. Le mouvement a débuté par l’agression de 3 surveillants par un djihadiste dans la prison de Vendin-Vieil, département du Nord, et dans donc une demande de sécurité accrue de la part des syndicats. Les syndicalistes exigent « des quartiers spécifiques pour les détenus les plus violents » ou « une classification des établissements permettant l’orientation ciblée des détenus » mais aussi « l’abrogation de l’article 57 de la loi pénitentiaire, selon lequel une fouille doit être justifiée par la présomption d’une infraction ou par les risques que le comportement d’un détenu fait courir à la sécurité ». Pour faire face à la violence, selon les surveillants, « toujours croissante », leurs représentants syndicaux réclament des formations mais aussi du matériel, des gilets pare coups par exemple.

Philippe Baille s’insurgeait « quand je rentre dans la cellule d’un détenu, je suis juste armé de mon sifflet et de mon motorola alors que lui peut être équipé de nombreuses armes », armes souvent fabriquées artisanalement avec les matériaux qui composent le mobilier de la cellule.

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