Michel Delseny – La recherche sur le génome des plantes contée à Tautavel

Cette année, les équipes du musée et du centre de recherche de Tautavel ont choisi de mettre en lumière et de rendre accessible la recherche au sens large. L’un des premiers à s’essayer à l’exercice n’est autre que Michel Delseny, membre de l’académie des sciences depuis 2013 et spécialiste de l’analyse du génome des plantes. Le Directeur de recherche émérite du CNRS longtemps à la tête du Laboratoire Génome et Développement des Plantes (LGDP) de l’université de Perpignan a raconté la formidable histoire des avancées de la recherche en la matière et les nombreuses applications rendues possibles grâce à ces découvertes. Prochain rendez-vous avec la science à Tautavel – Le 10 août Sophie Grégoire, préhistorienne et enseignant-chercheur à l’université de Perpignan évoquera « L’Archéologie du Futur à Tautavel ».

Produire plus, mieux et avec moins de ressources – Les enjeux pour l’humanité
2,5 milliards d’individus sur la planète en 1950, 7,3 en 2015 et selon les projections de l’ONU, entre 7,3 et 16,5 milliards en 2100. Voilà l’un des enjeux qui se pose aux chercheurs, car oui, le défi est de pouvoir nourrir ces personnes avec de moins en moins de terres cultivables et de moins en moins d’eau. Protéger l’environnement est primordial pour l’avenir de l’humanité. Les recherches sur les gènes des plantes permettent aux agriculteurs de produire avec moins de produits chimiques (pesticides, herbicides, engrais…) sur leurs cultures mais aussi agir sur la culture elle même afin, par exemple, qu’elle absorbe plus de gaz à effet de serre et continue ainsi à la lutte contre le réchauffement climatique.

Michel Delseny insistait sur l’importance des enjeux : « Des questions scientifiques, économiques, sociales et politiques. Un besoin urgent de nouvelles technologies pour continuer à maintenir la production végétale à la hauteur des besoins ».

Les Découvertes
L’homme pratique la sélection des plantes depuis plus de 10.000 ans. D’abord de manière empirique, puis dès le 19ème siècle, il effectue les premiers croisements pour améliorer, le goût, l’aspect ou la production des végétaux qu’il cultive. La découverte du séquençage et du génome des plantes a permis des avancées majeures. La première espèce a être étudié fut l’Arabidopsis thaliana, plus connue sous le nom d’Arabette des Dames, une espèce qui dans les années 90 semblait être l’une des plus simple à étudier. En effet, de la famille des choux, elle ne possède que 5 chromosomes. Une large communauté scientifique unit ses forces pour travailler sur cette plante. En parallèle, un autre consortium de scientifiques travaille sur le génome du riz. En 2000, les chercheurs publient le séquençage d’Arabidopsis, et en 2005, ce sont les 40.000 gènes du riz qui sont mis à jour. Aujourd’hui, il est possible de séquencer le génome humain en moins d’une semaine pour un budget avoisinant les 1000 euros.

17 ans après la découverte du premier génome de plante, ce sont aujourd’hui plus de 100 plantes dont on connaît toute ou une partie de la carte d’identité génétique. Les équipes du LGDP de l’université de Perpignan, ont collaboré aux recherches et au séquençage des espèces suivantes : manioc, cacaoyer, riz, maïs, ou bananier.

Les Applications
Nombreuses classes de gènes sont aujourd’hui disponibles. On connaît, par exemple, le gène qui contrôle la formation et la maturation de la plante. On peut ainsi ralentir sa dégradation pour éviter la perte de denrées alimentaires en cas de besoin de stockage ou au contraire accélérer sa croissance pour permettre une plus grande productivité. Les chercheurs peuvent également agir sur le goût, l’arôme, le pigment et même sur les vitamines contenus dans les plantes, ce qui permet de produire des aliments plus nutritifs et qui permettraient de lutter contre les carences alimentaires de certaines populations. Les scientifiques sont aujourd’hui en mesure d’augmenter les capacités d’absorption des plantes en azote ce qui permet de réduire l’apport en engrais. Le gène de la photosynthèse qui permet à la plante d’absorber le CO2 dans sa période de croissance est également étudié afin que cette absorption soit plus importante. Les plantes ainsi traitées contribueraient à réduire les gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique.

Autant de possibilités que le Professeur Delseny a bien voulu rendre accessible au public venu écouter ce chercheur toujours passionné par l’infiniment petit. Des années de recherche qui aujourd’hui permettent une meilleure connaissance de la génétique, des plantes mais aussi de tout être vivant. Car, Michel Delseny le rappelle « l’ADN est le matériau commun à tous les être vivant sur la planète ».

Prochain Rendez-vous – Le 10 Août  avec Sophie Grégoire
La Directrice du Centre Européen de Recherches Préhistoriques de Tautavel, préhistorienne et enseignant-chercheur à l’université de Perpignan, vient le 10 août à la rencontre du public avec des membres de son équipe pour parler de : « L’Archéologie du Futur à Tautavel ». Renseignements par téléphone au +33 (0)4 68 29 07 76, par mail.

Les équipes de Tautavel organisent également des journées survies, mais aussi des visites de la Caune, revoir notre article sur la journée type du fouilleur de Tautavel.

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