De l’autre côté du mur de Trump – Edgard Garrido accorde son VISA à la dignité humaine

Dans le cadre du 30ème Visa pour l’Image, Edgard Garrido photographe pour l’agence de presse Reuters expose son travail. Il a rejoint “la caravane” de migrants qui a effectué un périple de plus de 3 000 kilomètres à travers le Mexique attirés par l’Eldorado américain. À l’arrivée, des familles séparées, certains sont envoyés en centre de rétention, d’autres encore expulsés.

Le mur [de Trump] existe déjà. Sur différents tronçons de la frontière avec le Mexique, il n’y a pas de mur, mais il y a toujours quelque chose. La ligne de démarcation est claire. Vous avez parfois des barbelés ou une clôture. Ce que souhaite faire Donald Trump, c’est construire un mur sur toute la ligne de la frontière, un mur similaire à celui de cette photo (voir photo de Une).

Depuis 2010, une caravane de plus d’un millier de personnes entreprend cette odyssée. Des familles entières devenues sur un simple tweet du nouveau locataire de la maison blanche, des “hordes de clandestins”. Pour le photographe né au Chili et basé à Mexico, ils étaient “des hommes, des femmes et des enfants, épuisés, déshydratés, couverts de crasse et effrayés, qui se regroupaient discrètement sur les places de villages, leurs bagages sur le dos, et marchaient pendant des heures sous le soleil de plomb mexicain à travers des territoires aux mains des cartels de la drogue”. Exposition à découvrir jusqu’au 16 septembre tous les jours de 10 heures à 20heures au 1er étage du Couvent des Minimes.

♦ Des individualités au sein de la masse

Le photographe revient sur ses choix de photos : “J’ai souhaité nuancer les choses. Au jour le jour, dans les journaux, vous voyez beaucoup de photos qui montrent des centaines et des centaines de migrants. Mais pour cette exposition, j’ai voulu mettre en avant la dignité, l’intimité de ces situations auxquelles sont confrontés les migrants et pas seulement la masse.”
Il témoigne également de sa reconnaissance envers VISA et “les espaces comme ce festival parce qu’à mes yeux, ce sont ces espaces qui permettent réellement une expression sur ce sujet, des espaces plus exigeants”.

Edgard Garrido a accompagné la caravane dans son périple épique, brossant un tableau d’ensemble sans perdre de vue l’expérience individuelle. Il est là lors des rares moments de la journée où les migrants se reposent et s’aspergent d’eau pour se défaire de la saleté, de la sueur et des cauchemars; le soir lorsqu’ils tombent de fatigue ou s’agenouillent dans une église pour prier ; au milieu de la nuit quand ils rêvent, plongés dans un sommeil agité, entassés dans un bus; et lorsqu’ils s’accrochent résolument à la vie, agrippés à un train de marchandises si dangereux qu’ils le surnomment «el tren de la muerte ».

♦ La dignité humaine au milieu de la marchandisation du corps humain

Après des années passées à couvrir le paysage politique souvent brutal et les flambées de violence au Mexique et en Amérique centrale, il a accompagné la caravane lors de moments intenses et parfois très douloureux. Il montre la terreur, l’ennui, le salut et la persévérance tenace, redonnant leur dignité à des personnes trop souvent résumées à une masse silencieuse dans les débats internationaux sur la politique migratoire qui font rage.

«Je me souviens pourquoi j’ai pris cette photo», raconte Edgard Garrido. On y voit Alexandra, une transgenre, qui s’apprête à monter à bord d’un train de marchandises, sa valise en équilibre sur la tête, auréolée de lumière tandis qu’elle se faufile dans la pénombre au milieu de la foule en mouvement. « Pour moi, elle évoque le caractère intemporel de la migration humaine et la quête d’une vie meilleure».

“La migration est un thème qui attrait à la pauvreté, la précarité. Ma motivation n’était pas de mettre uniquement en lumière ces conditions de vie précaire, mais de montrer la continuité. C’est un voyage qui représente une étape dans la vie de ces migrants. Ces migrants emportent avec eux un espoir qui leur permet de tenir tout au long du voyage. […] Mais le système qui les attend est un système qui coûte extrêmement cher. Il faut beaucoup d’argent pour réussir.”

Il y a des conducteurs de train qui acceptent d’arrêter les trains pour permettre à ces migrants de monter. Parfois on leur demande de l’argent […] car les migrants sont perçus comme une marchandise. Il y a certes le crime organisé mais aussi tous ceux qui peuvent leur « rendre service » comme les cheminots ou les machinistes, et donc tirer partie de la situation. D’autre part, ces migrants transportent beaucoup d’argent car c’est un trajet qui va les mener jusqu’aux Etats Unis. C’est la réalité de l’Amérique centrale, le coût d’un passeur peut atteindre 18000$ par personne. D’où les sommes importantes transportées.

 Un aller-retour sans fin

Ils fuient le Salvador, le Guatemala ou le Honduras, une économie en ruine, la violence conjugale, la persécution politique ou les menaces pesant sur leurs vies.

«Dans mon pays, c’est un crime d’être jeune», dit un agriculteur du Salvador, partageant ce triste sentiment avec beaucoup d’autres. N’emportant que quelques vêtements, il a fui avec son fils de 19 ans et son neveu de 20 ans pour lesquels l’avenir au Salvador se résumait à un choix : être recruté ou être tué par l’un des deux gangs violents qui se disputent le pays, Barrio 18 et MS-13.

“La plupart de ces migrants n’ont pas obtenu de réponse favorable à leur demande d’asile, et beaucoup n’ont même pas pu traverser la frontière. Je vous parle de 80-85 % d’entre eux, ce n’est pas juste une poignée. Ils n’avaient pas toujours les documents nécessaires pour obtenir l’asile politique […] Car ils ont besoin de montrer patte blanche, que leur histoire soit suffisamment vérifiable.”

Le photographe souligne l’impact psychologique sur ces migrants. “Vous faites un voyage pendant 2-3 mois et, en l’espace de 5 secondes, on vous dit non. Vous êtes renvoyés parfois en avion dans votre pays.” Mais pour la plupart, ils reprennent aussitôt la route ne pouvant se résoudre aux risques auxquels les exposent leur pays d’origine. Après une semaine, ils repartent, mais seuls, sans soutien des organisations. Et c’est beaucoup plus dangereux.

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