Fabrice Lorente Tribune © Arnaud Le Vu / MiP / APM
Fabrice Lorente Tribune © Arnaud Le Vu / MiP / APM

La pandémie mondiale qui sévit actuellement replace l’homme à son rang de simple mortel d’une espèce parmi d’autres peuplant la planète… Les morts humaines dues au COVID-19 se comptent désormais par milliers. Et nous sommes loin de la fin du dénombrement, repris en cœur, plusieurs fois par jour, par tous les médias et réseaux sociaux ; seules fenêtres sur un monde qui ne parle plus que de lui.

Le confinement de plusieurs milliards de personnes a commencé depuis des semaines chez certains, quelques jours chez d’autres ; mais tous se voient assignés à domicile pour de longues périodes.

Alors que faire de ce temps suspendu … Ce temps dont nous disions tous manquer jusque-là ? Travailler, partager avec les compagnons de confinement, échanger virtuellement, se laisser aller à un temps long d’oisiveté, de repos, de cuisine, de lecture, de jeux, de plaisirs divers, penser aussi à tous ceux qui sont « au front »… Des temps durant lesquels s’entremêlent des angoisses et des peurs ; car cet épisode renvoie inéluctablement chacun à l’anticipation de son propre épilogue.

Et si nous mettions à profit cette période « de pause » pour mener une réflexion collective sur « les jours d’après » ?

♦ De l’ultra-mondial à l’ultra-local :

Le constat implacable nous dérange profondément : cette pandémie, comme le réchauffement climatique et autres symptômes avant elle, ne sont que les reflets et les conséquences de nos modes de vies impliquant pèle mêle, et sans que la liste soit exhaustive, une hausse importante de la population humaine mondiale, un accroissement lié du besoin de nourrir, une accélération des circulations des populations et des informations, une mondialisation des modes de consommation et des modes de production, une hausse des besoins de production énergétique, etc.

Une fois “libérés” du confinement, allons-nous continuer à agir les uns à côté des autres de la même manière, comme si rien ne s’était passé ? Le temps de la maturité, du respect du capital naturel et humain, est peut-être (grandement) venu. Certainement comme en temps de guerre, les circonstances nous encouragent à faire preuve de plus d’humilité et de solidarité.

Nous touchons ici et maintenant à l’essentiel, nous gommons tous les jours un peu plus le superflu pour revenir à l’essentiel : la survie, les besoins premiers, le cercle des proches, mais aussi ce et ceux qui nous constituent… Parce que nous ne sommes pas seulement des agents économiques et sociaux ; interrogeons-nous collectivement sur ce que nous voulons pour les mois, les années, les décennies à venir et sur la chaine des actions correspondantes à produire pour y parvenir.

La société globalisée de consommation a encouragé les comportements individualistes.

Aujourd’hui, nous touchons tous du doigt les limites (extrêmes) de cette logique car l’homme, quoi qu’on puisse en dire, est avant tout un « animal social » !

Paradoxalement, cet animal est plus que jamais en quête de sens. Ses actes doivent ainsi être dirigés. L’échelle la plus pertinente pour que l’action de chacun résonne est sans nul doute celle qui touche à la vie locale, voire ultra-locale. Celle qui impacte le quotidien du territoire au sein duquel nous vivons. Il est temps de l’imaginer, de l’idéaliser même… en mettant par exemple au cœur de nos modèles de vies les initiatives situées, le fruit du travail de ceux et celles qui nous entourent, le soutien concret et quotidien aux producteurs, entrepreneurs, artisans, artistes et acteurs locaux.

Il faudra sans nul doute imaginer et inventer de nouveaux modèles, lancer de nouvelles initiatives à partager sans toutefois tomber dans le travers du repli identitaire… Et si in fine, le résultat n’est pas à la hauteur du rêve, nous donnerons au moins du sens commun à nos actions collectives. Il en restera toujours quelque chose. La quête nous amènera inéluctablement à passer d’une logique du « je » à celle du « nous ».

♦ De l’ultra-local à l’ultra-mondial …

N’est-ce pas également le moment de dresser les premiers bilans de l’organisation mondiale (certains penseront en creux « désorganisation ») telle que nous la connaissons et qui exhibe ses limites, ses failles ? Nous entendons depuis des décennies des débats nourris à propos des guerres économiques et politiques, des intimidations réciproques de la part des puissances mondiales, des conflits armés, du terrorisme…  Les forces et financements mobilisés dans ces secteurs sont colossaux et ne faiblissent pas à l’heure où la dissuasion nucléaire fonctionne pourtant à plein et depuis quelques temps déjà.

Nous avons fait (et continuons à faire) comme si la réalité qui nous environne était régie par des règles économiques et politiques : mais il n’en est rien ! Ces règles sont une pure construction sociale dont l’homme a le secret et que la nature ignore. Cette logique qui n’a de sens que pour l’homme a pourtant bien un impact considérable sur la nature !

Les dérèglements climatiques générés, la question des ressources naturelles (au premier rang desquelles l’eau), la disparition fulgurante d’espèces animales, la qualité de l’air, l’appauvrissement des sols, la propagation à grande échelle de pandémies… sont des résultantes de nos modèles ; et nous rappellent tous les jours que l’homme ne peut s’affranchir de l’économie générale de l’environnement dans lequel il s’inscrit.

Vers la préservation de l’homme et de l’environnement, hissée au rang de priorité planétaire commune ?

Aux côtés des forces armées, nécessaires mais certainement à repenser et réduire, pourquoi ne pas envisager de réelles forces mondiales d’interventions sanitaires et de santé formées, équipées, connectées, coordonnées, pour faire notamment face aux crises qui nous touchent et nous toucheront ? Est-ce que le « jour d’après » n’est pas le plus pertinent pour rebattre les cartes et créer une structure assortie de véritables programmes mondiaux de recherche tournés vers la préservation de l’homme et de l’environnement, hissée au rang de priorité planétaire commune ?

Avec les signaux faibles qui sont envoyés depuis plusieurs décennies par l’environnement, devenant depuis peu des signaux visibles et palpables, nous ne pouvons rester confinés et subir sans nous interroger. Nous ne pouvons décemment pas penser aux générations futures en nous cachant les yeux derrière nos gants et nos masques, et en nous persuadant que nous ne savions pas ce que nous leur préparions…

Sortons de ce confinement avec l’idée qu’une nouvelle chance s’offre à nous. Sortons et regardons le monde avec les yeux de la découverte, de la nouveauté, de l’enthousiasme et du partage ; avec l’idée de faire mieux, différemment, ensemble. Faisons en sorte que l’humanité se ressaisisse et en sorte grandie, plus mure, plus responsable. Retrouvons notre enthousiasme d’enfant, notre émerveillement, et tirons les leçons de ce qui nous arrive aujourd’hui pour préparer le futur des générations qui nous observent déjà !

♦ Un vœu pieux ? L’expression d’une candeur prêtant à sourire ?

Certainement, et alors ? Il n’est certainement pas trop tard !

Les jours, les semaines vont passer, se ressembler.
Les angoisses vont s’intensifier.
L’inaction va nous peser.
Les interrogations vont se multiplier.
Mais l’espoir va renaitre et s’incarner.

Que nous sortions chacun, un peu différent de cet épisode, et que collectivement, nous décidions de bifurquer !

Que chacun contribue, par des idées et propositions d’actions, quelle que soit l’échelle, pour que demain soit partagé et porteur de sens.

♦ Parole de la Rédaction de Made In Perpignan

La Tribune de Fabrice Lorente s’inscrit dans notre volonté d’impulser une nouvelle rubrique de journalisme “dit de solution”. Des colonnes ouvertes à ceux qui voudront se prêter à l’exercice. Mais qu’est ce que le journalisme de solution ?

The Guardian, qui a lancé en 2016 sa rubrique« Half Full »(traduction à moitié plein), sous-titrée « solutions, innovations, réponses », définit le journalisme de solutions comme étant un moyen de nous « montrer que changer le monde appartient au domaine du possible. Il ne s’agit pas d’un journalisme des « bonnes nouvelles », mais plutôt d’un journalisme « constructif, centré sur les solutions et les réponses, sans pour autant les approuver ». Écoles ISCPA

Pour toute contribution, merci de prendre contact avec la Rédaction.

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