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Il est le gilet jaune catalan de la délégation des Huit – Entretien avec Thomas Miralles

Loin de l’agitation des ronds-points et des barrages filtrants, Thomas Miralles nous a accueilli pour échanger sur sa nomination au sein de la délégation dont deux membres ont été reçus par le Ministre de la transition écologique François de Rugy. Un jeune homme de 27 ans avec ses convictions et ses doutes à la recherche depuis quelques années du moyen de concrétiser un engagement citoyen, un refus de rester spectateur.

Témoignage de la difficulté de trouver un rôle, une porte ouverte pour agir sur son quotidien et celui de ses concitoyens. Quand certains franchissent le seuil d’un syndicat ou d’un parti pour un engagement politique, d’une association pour un engagement caritatif, Thomas, lui, saisit les opportunités qui s’offrent à lui. Des rencontres qui ont dessiné un parcours oscillant entre la gauche et le Rassemblement Bleu Marine, les seuls à avoir entendu son désir d’action. Aujourd’hui, Thomas semble enfin avoir trouvé sa place et un moyen de faire entendre sa voix grâce au mouvement des gilets jaunes.

Mise à jour le 28 à 15h35, Thomas, tout comme l’ensemble de la délégation restent les porte-voix et à même de parler aux médias. Toutefois, des élections sont prévues pour élire un représentant par département. Dans les Pyrénées-Orientales, le vote aura lieu demain à 19 h à Saint-Laurent-de-la-Salanque. Et il semblerait que pour le moment, il n’y ait qu’un seul candidat. Par la suite, les représentants départementaux décideront d’un délégué régional. Ces 14 délégués régionaux ainsi qu’Eric Drouet et Priscilla Ludoski formeront la délégation qui portera l’ensemble des revendications.

♦ Retour sur un parcours oscillant

Alors qu’il est sous le feu des projecteurs depuis sa désignation dans la délégation habilitée à parler au nom des gilets jaunes, Thomas ne cesse de recevoir des appels. Son smartphone vibre sans discontinuer pendant notre discussion. Mais pas seulement, “j’ai reçu des menaces personnelles”. Des menaces sur les réseaux sociaux, “on m’a traité de tête de collabo sur des commentaires“. Surpris par cette haine, il nous confie “ça ne fait pas forcement plaisir. Hier soir, j’étais dégoûté. Je ne m’y attendais pas !”. Les commentaires lui reprochent sa présence sur la liste pour les municipales de 2014 soutenue par le Rassemblement Bleu Marine.

Une initiative sur invitation : “On me l’a proposé et j’y suis allé sans réfléchir. Je pensais que c’était une liste divers droite, j’ai peut-être rencontré la tête de liste une fois pour signer des papiers … Mais c’est du passé. Au niveau des idées du FN, je ne les partage plus”, se reprenant, “et, à l’époque, je ne les partageai pas toutes”. Relancé sur les idées qu’il partageait alors, il élude “je ne me souviens plus”. Des choix dictés par l’impulsion et la crédulité inhérentes à la jeunesse. Une vérité que, jeune, on est certain de détenir. Cette énergie, cette envie d’agir, de se faire entendre, ce bouillonnement d’idées parfois difficile à canaliser.

Dès 2010, Thomas avait déjà voulu s’investir. Il croyait intégrer “la liste qui allait reprendre le flambeau d’Arlette Franco”. Arlette Franco, maire UMP de Canet-en-Roussillon, dont il évoque le souvenir avec respect. En fait, il se retrouve 25ème sur la liste soutenue par le Parti Socialiste. C’est d’ailleurs la liste soutenue par le parti de droite qui l’emportera. La encore, le jeune homme plaide pour son ignorance “à la base, c’était une liste apolitique”.

Son engagement actuel auprès du mouvement des gilets jaunes risque-t-il de le marquer au fer rouge ? Il rétorque : “Ce n’est pas grave, ce n’est pas un mouvement politique ! 78 % des personnes approuvent le mouvement”. Si toutefois, le mouvement prend une tournure qui ne lui convient pas de déclarer : “Si un jour ça part en association ou en parti politique, je partirai de là”.

♦ À la Politique, Thomas préfère “l’acte citoyen”

Représenter ses concitoyens et être aux côtés des gilets jaunes, est-ce de la politique au sens premier du terme ? Il concède : “C’est de la politique bénévole si on veut”, comme si le mot politique était synonyme aujourd’hui de pouvoir, d’argent mal acquis. Et c’est bien l’argent des politiques qui pose problème ou plutôt les inégalités de traitement. “Quand j’échange avec les retraités qui voient leur pension baisser alors qu’ils ont cotisé toute leur vie, je ne suis pas d’accord, ça me fout les boules ! Et à côté de ça, vous avez un député qui gagne 7000 € par mois et qui n’est même pas obligé d’aller à l’Assemblée !  7000 € par mois, c’est énorme ! Ils sont trop payés” assène-t-il. “Des responsabilités lourdes à porter, je l’entends bien. Mais quand même 7000 € pour servir ceux qui les ont élu, c’est abusé”. 

♦ Pourquoi un jeune papa divorcé “jongle-t-il entre la garde de son fils, son boulot et les gilets jaunes” ?

La réponse fuse : “le ras-le-bol fiscal”. Un ras-le-bol dans lequel il cite pêle-mêle “les taxes d’habitation et foncière, le RSI, l’URSSAF, la taxe sur l’essence, la TVA”. Concluant “En fait, on travaille pour donner de l’argent à l’État. Au final, j’ai l’impression qu’il ne reste plus grand-chose pour se faire plaisir à la fin du mois”. Celui qui déclare “gagner moins d’un SMIC par mois. Car j’investis tout dans mon entreprise et dans mes agents commerciaux (auto-entrepreneurs) qui gagnent plus que moi d’ailleurs. Mais ce n’est pas un problème pour moi. Je n’ai pas besoin d’avoir 5000 euros par mois pour aller les dépenser n’importe comment”. 

♦ Quelles revendications au final ?

Les revendications sont issues d’un questionnaire Facebook qui compte plus de 30 000 participants. Deux revendications sont ressorties ; la première concerne l’allégement des taxes, la seconde la mise en place d’une assemblée citoyenne qui serait chargée de “travailler sur des dossiers afin de les soumettre après à un referendum populaire“. Les modalités de mise en place restent floues. Thomas nous confie : “On travaille dessus depuis 2 semaines. Le juriste est appuyé par un cabinet d’avocats pour mettre en place un truc carré”.

Thomas Miralles se montre catégorique sur les critères de sélection des membres de l’assemblée citoyenne : “Il faudrait que ce soit par tirage au sort un peu comme les jurés d’assises, avec des mandats assez courts à parité entre hommes et femmes”. Mais, insiste-t-il aussi, l’assemblée devrait être représentative de “toutes les classes sociales et ses membres devraient avoir un casier judiciaire vierge, une assemblée renouvelée tous les 6 mois ou 1 an, où les gens seraient bénévoles“. Précisant la nécessité d’un anonymat.

Un discours qui colle aux reproches faits, de manière récurrente, à la représentation nationale tels que le cumul des mandats dans le temps, le manque de représentativité sociale, la méfiance dans la probité des personnels politiques ou le goût immodéré de certains politiques pour la mise en avant de leurs personnes.

♦ Et l’écologie dans tout ça ?

Interrogé sur l’écologie et la volonté politique de décarbonner la société, le jeune homme lance : “Comment on fait quand vous travaillez à Perpignan pour venir à Saleilles ? Il faut prendre 2 bus. Ma grand-mère qui habite en centre ville et qui vient des fois à Saleilles, met quasiment 2 heures pour venir”. S’il y avait une vraie solution de mobilité, comme à Bordeaux [NDLR, il y a fait ses études] ou Paris, d’accord ! Mais pour l’instant, il n’y a pas vraiment d’alternative à la voiture”. 

Pour ce qui est du principe de taxes en vue de financer la transition écologique, le jeune homme s’insurge : “si on augmentait les taxes et que la part aille vraiment à l’écologie se serait cohérent. Mais là non, ça va juste au budget de l’État et pas à la transition écologique. On ne peut pas vraiment savoir ou c’est utilisé. Cela pourrait même servir pour l’avion de monsieur Macron, et cela est totalement en désaccord avec l’écologie”. Taclant le côté “donneur de leçons” du président de la République qui avait en juin dernier créé la polémique en utilisant l’avion pour effectuer un trajet de 110 kilomètres en province.

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