La famille Visa pour l’Image pleure Yannis Behrakis – Le photojournaliste avait exposé son travail à Visa en 2016

C’est par un tweet en anglais que Jean-François Leroy a annoncé à la communauté de Visa pour l’Image la disparition du photographe Yannis Behrakis. Le fondateur du festival international de photojournalisme rend hommage à son talent. En 2016 à Perpignan, le photographe grec de l’agence Reuters avait marqué les esprits par son exposition “Les chemins de l’espoir et du désespoir”. Reportage réalisé au plus fort de la crise des réfugiés. Il déclarait à propos de ses images : En regardant mes photos et mes reportages, plus personne ne pourra dire : Je ne savais pas”. 

“Un père syrien portant sa fille marchant vers la frontière avec l’Ancienne République yougoslave de Macédoine” 

C’est cette image forte que le festival avait choisi comme affiche pour le VISA 2016. Yannis Behrakis déclarait à propos de ce photoreportage : «Lorsque j’ai vu les réfugiés entreprendre la traversée depuis les côtes turques vers les îles grecques, j’ai voulu me faire leur porte-voix. Au nom de mes valeurs humanitaires et en mémoire de ma grand-mère*”. Tout au long de l’année 2015, le photographe avait capté à travers son objectif la vie de ces personnes fuyant la guerre et la misère. Près d’un million de réfugiés tentant la traversée entre la Turquie et la Grèce à la recherche d’une vie décente.

En 2016, Visa pour l’image avait consacré une large place aux réfugiés avec trois expositions, dont celle de Yannis Behrakis.

♦ Photographe de l’année 2015 pour le quotidien britannique The Guardian

Celui qui était selon Reuters, “l’un des meilleurs photographes de sa génération”, s’est éteint des suites d’un cancer à l’âge de 58 ans. Yannis Behrakis a été lauréat du très prestigieux World Press Photo en 2000. En 2016, il avait également reçu le prix Bayeux-Calvados pour les correspondants de guerre.

En 2000, le World Press avait primé son reportage réalisé en janvier 1999 au Kosovo. Travail réalisé alors que la guerre avait repris après une trêve fragile. La guerre du Kosovo, entre juin 1998 et mars 1999 est née d’un conflit entre deux communautés qui se considéraient toutes deux légitimes à occuper un territoire. À la mi-janvier 1999, Yannis Behrakis capte une série de 12 clichés pris alors que 45 Albanais sont tués lors d’une offensive serbe sur le village de Racak. Plus tard dans le mois, à Rogovo à l’ouest de Pristina, 24 Albanais sont pris en embuscade et abattus.

♦ Fin de la crise des réfugiés ?

Alors que le dernier bastion de l’Etat Islamique à Baghouz en Syrie est sur le point de tomber et que la pression des réfugiés est retombée, les conséquences de ces drames humains sont désormais politiques et touchent toute l’Europe. À la veille d’élections européennes qui en France soulèvent peu d’enthousiasme, les partis eurosceptiques et populistes s’ancrent dans le paysage politique. Et leur part électorale croît proportionnellement du fait de l’absence de réponse apportée par l’Union des 27. En Italie, en Pologne, ou en Hongrie, les discours de fermeture et xénophobes gagnent du terrain. L’absence de consensus quand l’Aquarius est renvoyé de port en port avec à son bord des centaines de naufragés n’est que le symbole d’une Europe de nations qui se replient sur elles-mêmes. Des nations ne croyant plus en ce rêve d’union qui a construit l’Europe, ne voyant plus en Bruxelles que contraintes, politiques d’austérité et technocrates inutiles.

*La grand-mère de Yannis Behrakis née dans une famille grecque à Izmir (Smyrne à l’époque) avait dû s’enfuir en 1922 après le grand incendie qui avait ravagé la ville de la côte turque.

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