Rentrée scolaire et handicap – L’Unapei met en lumière les familles en galère

L’Unapei* et ses partenaires sont historiquement engagés pour le droit à l’éducation des enfants en situation de handicap. Pour cette rentrée scolaire 2019, ils affichent une ambition claire : révéler les situations des enfants en situation de handicap non pris en charge par l’école ordinaire ou par un établissement spécialisé. Pour ce faire, l’Unapei, accompagnée de partenaires associatifs, lance une mobilisation citoyenne #jaipasecole, avec un site internet dédié www.marentree.org. Objectif : “donner la parole aux parents d’enfants en situation de handicap et leur permettre de mettre en lumière la réalité du parcours scolaire de leur enfant. Parcours souvent source d’exclusion et de perte de chance d’améliorer ses compétences”.

♦ Témoigner des difficultés à trouver des solutions adaptées

Comme le dénonce l’association, cette année encore, pour la rentrée scolaire, des milliers d’enfants en situation de handicap seront exclus des bancs de l’école. De nombreux élèves n’auront pas de solution de scolarisation à la rentrée. Ou des solutions très partielles. Comme nous l’avons souvent constaté dans nos enquêtes dans le domaine social, les chiffres manquent. Combien d’enfants en situation de handicap n’ont pas accès à l’éducation ? Pourquoi ? Quelles difficultés rencontrent-ils au quotidien ? Depuis combien de temps ?

Alors, parce que les témoignages concrets de tous ceux qui subissent ces exclusions valent tous les discours, l’Unapei et ses partenaires donnent la possibilité à tous ceux qui sont confrontés à cette réalité de pouvoir exprimer leur situation grâce à la plateforme www.marentree.org 

“Chacun de ces témoignages permettra d’identifier le quotidien de ces enfants, leurs besoins individuels et ceux de leurs familles, ainsi que les manquements de notre pays. L’occasion aussi de rendre visibles ces élèves et leurs familles trop souvent isolés et cachés, du seul fait de leur handicap et de l’absence de solution adaptée à leurs besoins.”

♦ Le parcours du combattant des parents d’Owen 8 ans

“Nous nous sommes toujours “bagarré” pour qu’Owen soit scolarisé malgré son handicap”. Le témoignage des parents du petit Owen à Agonès dans l’Hérault est à l’image de dizaines d’autres sur le site. “La chronologie : petite section de maternelle avec accueil de 2h/j. Lorsque j’allais le chercher vers 11h, il était déjà avec une employée de ménage dans la salle de pause des instits avec une voiture ou un magazine de jouet. On me répondait que c’était trop difficile qu’il reste dans la classe avec les autres enfants. On m’a donc demandé de faire un dossier pour une AVS**”.

“Moyenne section: dossier AVS validé, l’AVS n’est pas là pour la rentrée. Elle arrivera en novembre, et en décembre, elle sera déjà partie. Il faudra attendre mars pour qu’il y en ait une nouvelle qui sera partie pendant les vacances de Pâques. Le directeur m’affirme qu’il sera compliqué d’avoir une nouvelle AVS d’ici la fin de l’année. Je me renseigne et je trouve les coordonnées de l’enseignant référent, qui après l’avoir contacté met une nouvelle AVS 48h plus tard”.

♦ Entre incertitude permanente et lenteur administrative

Et le calvaire des parents d’Owen continue… “Nous déménageons et changeons de région. Je l’inscris en privé et demande qu’il refasse sa moyenne section. L’AVS restera la même pendant 2 ans. Vient la réunion ESS*** avant l’entrée au CP. On m’affirme que mon fils ne suivra jamais un CP, qu’il y aura trop d’enfants dans la classe. Et qu’il me serait plus simple de demander une nouvelle notification pour une Ulis****. Donc, fin juin, je me dépêche de faire ma demande (changement d’école retour sur une école publique). Bien entendu, en septembre pas de réponse de la MDPH*****”.

“Donc Owen fera sa rentrée en CP seul dans une classe ordinaire. L’enseignant référent se débrouille (avec mon insistance) à lui mettre une AVS tous les matins. Nous recevons la notification début octobre, mais plus de place en Ulis. Donc Owen fera son CP dans une classe ordinaire. Cela se passe très bien, il progresse énormément et l’AVS est une perle. L’année s’achève dans un climat positif et une magnifique évolution est constatée. Rentrée en CE1 en Ulis, et là c’est une catastrophe. Prof pas formé, régression totale. Malgré les réunions, rien n’est adapté. Depuis Instruction En Famille…”

♦ Le “droit à l’école”, une loi optionnelle …

Des mesures ont été annoncées en juin dernier par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, et Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées. Mesures jugées comme des avancées par le mouvement militant. Avant d’ajouter qu’encore “trop de familles restent sans solution pour l’éducation de leur enfant en situation de handicap“.

Des enfants accueillis par défaut dans une structure qui ne leur convient pas ou plus. Des accueils partiels, insuffisants, inadaptés à leurs besoins… Et qui les empêchent de progresser et d’améliorer leurs compétences.

« Pouvons-nous continuer à passer sous silence le scandale de milliers d’élèves en situation de handicap qui sont sans solution adaptée à leurs besoins. Nos associations, les parents, les enfants, les professionnels restent confrontés tous les ans à la même problématique : nos enfants en situation de handicap vont-ils pouvoir cette année suivre un parcours scolaire ? Nos enfants vont-ils pouvoir partager des temps de socialisation avec les autres élèves de leur tranche d’âge ? » s’insurge Luc Gateau, président de l’Unapei.

♦ Nota bene

Dans les Pyrénées-Orientales, 1.654 élèves en situation de handicap sont inscrits dans des établissements classiques, 1027 en premier degré et 627 dans le second. 663 sont inscrits dans des classes ULIS (370, en 1er degré et 293 en second). Et 578 enfants sont scolarisés en établissements hospitaliers ou médico-sociaux, dont 513 en premier degré et 65 en second.

*L’Unapei est la première fédération française d’associations de représentation et de défense des intérêts des personnes handicapées mentales et de leurs familles.
**AVS : Auxiliaire de Vie Scolaire.
***ESS : Equipes de Suivi de la Scolarisation.
****ULIS : Les Unités localisées pour l’inclusion scolaire ou ULIS sont, en France, des dispositifs qui permettent la scolarisation d’élèves en situation de handicap au sein d’établissements scolaires ordinaires.
*****MDPH : Maison Départementale des Personnes Handicapées.

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