Visa pour l’Image 2019 – Yémen, Gilets Jaunes, IVG, écologie ou condition animalière, symptômes d’un monde qui convulse

Lors de la traditionnelle conférence de presse en terre catalane, le nouveau président Renaud Donnedieu de Vabres, les partenaires, et Jean-François Leroy, directeur et fondateur de Visa pour l’Image, ont présenté une partie du programme de cette 31ème édition du festival international de photojournalisme.

“À Perpignan, nous continuons à montrer l’information du monde. Parce que nous y croyons toujours. Plus que jamais”

C’est par ces mots que le directeur de Visa pour l’image concluait l’édito version 2019. Un édito qui, cette année, se penche sur la liberté de la presse, et qui met notamment la France et ses politiques au même niveau que des pays tristement connus pour “leurs atteintes diverses à la liberté de la presse”. Jean-François Leroy, soutenu en ce point par l’ancien ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres, prône une harmonisation des réglementations de la carte de presse. “Se battre pour conserver la protection des sources. Il faudra, un jour ou l’autre, que l’Union européenne, et même les Nations unies se mettent enfin d’accord pour définir qui est journaliste ou non”.

Outre cette nécessaire mise au point, Jean-François évoque les reculs, y compris dans les plus grandes démocraties, des conditions de travail. Il insiste sur le fait que “l’information, le droit d’enquêter en toute liberté et en toute honnêteté, reste l’un des piliers de la démocratie”. À l’heure où le public fait de moins en moins confiance aux médias, où les rédactions se paupérisent, où le pouvoir politique, sous couvert de secret défense, convoque des journalistes pour connaître leurs sources, le métier de journaliste, reporter, photojournaliste n’a jamais autant été menacé. Et pourtant, la passion de l’information continue d’attirer les jeunes ou moins jeunes.

♦ Au programme : Des sujets tristement récurrents comme le Yémen, la crise écologique, mais aussi les Gilets Jaunes

Parmi les sujets qui ont bousculé le paysage social français et surpris jusqu’aux plus grands analystes, Visa pour l’Image ne pouvait passer à côté des Gilets Jaunes. Jean-François Leroy et son équipe ont choisi deux photoreportages. Celui d’Oliver Coret de l’agence Divergence pour le Figaro Magazine et celui d’Eric Hadj pour Paris Match.

Eric Hadj a suivi le mouvement depuis le début et sous l’angle des manifestants, de la police ou du ministère de l’Intérieur. Il  a intitulé son reportage : “LUNDI, MARDI, MERCREDI, JEUDI, VENDREDI, GILETS JAUNES, DIMANCHE”.

« On est fatigués de travailler pour rien », disent-ils. Alors, chaque samedi depuis le 17 novembre 2018, ils battent le pavé. À Paris, Bourges ou Senlis, les Gilets Jaunes de la première heure connaissent désormais la règle numéro 1 des cortèges : faire en sorte de ne pas être pris au piège, là où pleuvent les «lacrymos» des CRS et les pavés des casseurs. Munis de lunettes et casques de protection, ils parlent hausse du diesel, salaires, justice fiscale, et même pacte de Marrakech.”

Un choix facile à faire selon Jean-François Leroy. “J’ai choisi deux photographes qui ont en  commun d’avoir travaillé depuis le 17 novembre aussi bien en province qu’à Paris”. À la question de savoir s’il y aurait des Gilets Jaunes de Perpignan, Jean-François Leroy répond : “Pour moi, les Gilets Jaunes sont un phénomène national. Sur les ronds-points de Nantes, Toulouse ou Perpignan, ce sont les mêmes engagements”. Compte tenu de l’ampleur de la couverture médiatique, Visa pour l’Image a aussi choisi de faire une projection dédiée avec les images les plus emblématiques du mouvement.

♦ La faune sauvage peut-elle survivre au tourisme ?

Alors que l’une des surprises du dernier scrutin européen en France est l’émergence de la liste qui met en avant la condition animale, Visa sur l’image met en lumière l’exploitation touristique des animaux sauvages.

Kristen Luce pour National Geographic dévoile son reportage intitulé “La face cachée du tourisme de la faune” :

“À l’ère du numérique, les touristes qui vont à la rencontre d’animaux sauvages tiennent à en garder un souvenir à partager en temps réel via leurs comptes sur les réseaux sociaux. Mais en coulisses, cachée à la vue des voyageurs, il y a la souffrance de ces animaux en captivité. Ces images d’animaux exploités pour le simple divertissement des touristes viennent de plusieurs régions : Amazonie, Thaïlande, Russie… Ce reportage veut sensibiliser le public à cette maltraitance, incitant les touristes à réfléchir avant de participer à de telles activités ou de poster des images susceptibles d’encourager ces contacts aberrants avec des animaux sauvages.”

♦ La servante écarlate – Un nouveau modèle de société ?

Le costume rouge écarlate vue dans la série canadienne à succès, “The handmaid’s tale” est devenue un des symboles de l’oppression des femmes. À l’heure où en Alabama, en Géorgie et bientôt en Louisiane la réglementation sur l’Interruption Volontaire de Grossesse devient l’une des plus restrictives au monde, la lauréate du prix Camille Lepage 2018 a réalisé un reportage qui montre le “Prix du choix”.

“L’intégrité physique, considérée comme une autonomie personnelle et l’autodétermination de l’être humain sur son propre corps, est un droit fondamental. Pourtant, à travers le monde, des femmes se voient refuser ce droit en raison d’un manque d’accès à la contraception et à l’avortement médicalisé. En 2017, l’IVG était toujours interdite ou extrêmement restreinte dans 139 pays. Selon l’OMS, chaque année, plus de 25 millions d’avortements, soit la moitié de toutes les procédures recensées dans le monde, sont considérés comme dangereux, et environ 160 femmes meurent chaque jour des suites d’avortements à risque“.

“La situation humanitaire au Yémen est la pire au monde”

Malgré ces mots forts des Nations unies, après 4 ans de conflit, plus de 50.000 morts et plus de 3,3 millions de personnes déplacées, Lorenzo Tugnoli nous dévoile dans ce reportage sélectionné, “la détresse des 28 millions de Yéménites”. Ils sont pris dans le conflit entre la coalition pro-gouvernementale menée par l’Arabie Saoudite et soutenue par les États-Unis d’une part, et les rebelles houthis d’autre part. Un photoreportage qui montre comment les deux-tiers de la population souffrent de la famine et sont en état de malnutrition ou de sous-alimentation chronique.

L’an passé déjà, c’est le reportage, “Yémen, la guerre qu’on nous cache”, particulièrement marquant de Véronique de Viguerie qui avait remporté le visa d’or. En 2019, la situation sur le terrain semble au point mort et les civils toujours en danger. Malgré une trêve militaire, signée en 2018, les combats se poursuivent. En mars 2019, la Haut-Commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Michelle Bachelet, a dénoncé le lourd tribut payé chaque jour par les enfants. “Depuis l’accord de Stockholm du 13 décembre, on estime que huit enfants sont tués ou blessés quotidiennement au Yémen“. 80% de la population, soit 24 millions de personnes, ont besoin d’assistance d’après l’ONU. Les 2/3 des régions du pays sont en situation de pré-famine.

♦ Visa pour l’Image – 25 expositions, 6 soirées de projection et Perpignan devient le centre du monde du Photojournalisme

Perpignan est devenu au fil de ces trois décennies de festival, LA ville du photojournalisme. Durant la première semaine de septembre de chaque année, tout le monde de la photographie d’information se presse sous le soleil catalan.

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