Et demain ? Contributions et réflexions sur le monde “après” le Coronavirus

Et demain - Coronavirus Covid-19

Alors que la Chine débute son “déconfinement”, les autorités constatent que les consommateurs ne se ruent pas sur les boutiques. Serait-ce une prise conscience ; ou juste une torpeur dont le remède sera le plan de relance déjà envisagé ? Est-ce “cela” que nous voulons pour demain ? Revenir au modèle économique de la surconsommation, de l’OverTourisme ? Sur ce dernier point, il est fort à parier que les touristes coincés dans leur minuscule cabine des paquebots abandonnés en mer réfléchiront à deux fois avant de repartir en croisière.

Suite à la tribune de Fabrice Lorente, nous compilons ci-dessous quelques contributions reçues. Nous vous proposons également quelques réflexions menées par les philosophes, sociologues, ou artistes ; tous désireux que cette parenthèse puisse être utilisée pour imaginer un demain meilleur que l’hier.

♦ Marc Tournaire, ancien rédacteur en chef et responsable de fabrication presse (Galimard, Albin Michel, Glénat…)

Marc Tournaire a été éleveur de chevaux dans les Albères, avant de se consacrer à la peinture et la sculpture.

“Oui, j’espère qu’il y aura un après différent ; mais cela se fera dans la douleur car les dinosaures arc boutés sur leurs idéaux et leur pouvoir ne le souhaitent pas. La Terre peut pourvoir à la nourriture de tous et, même si l’Homme doit avoir l’intelligence de se limiter dans la procréation, le partage des richesses de cette même Terre doit se faire différemment. Curieusement, cette pandémie s’attaque aux poumons comme un signe du “je ne peux plus respirer” envoyé par la Terre ; et puis aussi ce symbole du partage, car la seule chose que nous partageons tous sur la planète, c’est l’air. Le même pour tous, plus ou moins pollué mais le même tout de même.

Il faut penser la société différemment, nos investissements, nos priorités, notre regard sur les richesses naturelles encore présentes. On parle de 5G, pourquoi encore plus vite, encore plus, encore plus, mais de quoi ? L’informatique, le numérique ont apporté une rapidité dans l’exécution de beaucoup de nos tâches, mais au bénéfice de qui ? Je ne vois autour de moi que des gens pressés et stressés, qui pour la plupart ne connaissent même pas le nom des arbres qu’ils croisent tous les jours, complètement déconnectés de la nature. Ils ont oublié qu’ils en faisaient partie intégrante.

Nous devons, pour survivre, repenser totalement notre modèle de société et retrouver les vraies priorités.

Ça commence par l’agriculture de proximité qui doit être aidée dans un esprit qualitatif. La France est un des rares pays qui peut nourrir tous ses habitants, et cette chance nous la méprisons. L’an dernier, j’ai traversé des champs d’abricotiers dont on laissait les fruits à l’abandon sur l’arbre car les récolter revenait plus cher que la marge que le producteur pouvait en espérer en les vendant, OÙ va-t-on ? Et ceci est un tout petit exemple. Je n’aborde pas le problème (à résoudre) de l’industrie pharmaceutique qui est à elle seule un scandale. OUI, j’espère que nos responsables politiques auront le courage d’aborder ces grandes causes avant de repartir comme avant, car cet avant sinon sera de courte durée”.

♦ Ronan Boiste, artiste et mélomane a choisi de s’exprimer en vidéo – “Entre constat, doute et espoir”

♦ Boris Cyrulnik – Le neuropsychiatre sur le site “We demain

“Il va y avoir un conflit entre ceux qui voudront la continuité et ceux qui voudront changer de civilisation. Je pressens déjà que des économistes vont dire “on sait ce qu’il faut faire pour relancer l’activité” ; et sûrement vont-ils réactiver des processus qui ont mené à la catastrophe, c’est-à-dire la consommation excessive, le sprint culturel. Est-ce qu’on va les laisser faire ?

J’ai travaillé avec des Japonais, des Chinois, des Coréens et tous disaient “L’école est devenue une forme de maltraitance, faire sprinter nos enfants a un prix psychologique exorbitant, cela conduit à des suicides, des psychopathies, des garçons s’enferment avec des jeux vidéo”, alors que les pays du Nord – en suivant plutôt le rythme des enfants – obtiennent les mêmes résultats scolaires à 15 ans que les Japonais.

Dans ce débat passionnant, il faudra que les philosophes et les scientifiques, la démocratie, les journalistes, les romanciers, les fabricants de mots se mettent en chantier pour décider ensemble du futur souhaité.”

♦ Cynthia Fleury – La philosophe au micro de la RTBF et Libération

“Il faut conserver la responsabilité commune retrouvée pendant ce confinement, où nous vivons la solidarité à distance.

Comment va-t-on utiliser les leviers nationaux et internationaux pour gérer les prochaines crises ? Le seul pari viable pour réinventer le monde de demain, c’est de créer du nouveau plus juste pour que demain soit simplement plus vivable. Cela implique de mettre en place de nouvelles manières de travailler, d’enseigner, de protéger la santé et la recherche. En ce moment, il y a un levier pour enfin créer et aimer cette identité européenne forte, un levier pour aimer à nouveau la démocratie. On est en train de redécouvrir que les comportements collectifs nous protègent des vulnérabilités individuelles.

Nous sommes donc à un moment philosophique charnière pour l’avenir du monde tel qu’on le connaît. Il s’agit véritablement de redéfinir le sens que l’on veut donner à notre manière de vivre ensemble sur cette terre. Il va falloir faire monter au pouvoir une force d’action citoyenne et durable. Mais nos dirigeants ont une matrice intellectuelle qui n’est pas celle-ci. Et on va aussi devoir combattre ceux qui vont nous raconter demain qu’il va falloir continuer à faire comme avant.”

♦ Edgar Morin – Le sociologue dans les colonnes de Libération

Pour le sociologue presque centenaire le confinement est une occasion inespérée de régénérer la notion même d’humanisme ; mais aussi pour chacun d’opérer un tri entre l’imprimant et le frivole.

“L’humanisme a pris deux visages antinomiques en Europe. Le premier est celui de la quasi-divination de l’humain, voué à la maîtrise de la nature. L’autre humanisme a été formulé par Montaigne en une phrase : “Je reconnais en tout homme mon compatriote”. Il faut abandonner le premier et régénérer le second. La définition de l’humain ne peut le limiter à l’idée d’individu. L’humain se définit par trois termes inséparables l’un de l’autre que de ceux de la trinité : l’humain c’est à la fois l’individu, une partie, un moment de l’espèce humaine, et une partie, un moment d’une société. Il est à la fois individuel, biologique et social. L’humanisme ne saurait désormais ignorer notre lien ombilical à la vie et notre lien ombilical à l’univers. […]

Au sein de cette aventure inconnue chacun fait partie d’un grand être constitué de sept milliards d’humains, comme une cellule fait partie d’un corps parmi des centaines de milliards de cellules.”

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