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Amnésique après trois mois de coma : il découvre sa vie sur des vidéos de vacances

Tony Fossier vit aujourd’hui à Amélie-les-Bains, dans les Pyrénées-Orientales. Il a passé 19 ans ans à composer avec les séquelles terribles d’un coma qui a bouleversé son existence. Aujourd’hui, il publie un livre de pensées sur son expérience, marquée par des années de souffrance et une amnésie totale concernant tout ce qui précède son accident de moto. Sa famille, comme sa personnalité d’avant, sont des étrangers.

Séquelles physiques et psychologiques, solitude. L’ouvrage « L’Eveil et Rugissement » est un cri de rage face aux frustrations. Pour Tony Fossier, son témoignage s’adresse au grand public autant qu’aux autres autres victimes passées par le coma, qui pourraient y trouver une forme de compréhension. Made in Perpignan a rencontré un homme à la fois meurtri et résilient.

Le drame s’est noué lors de vacances à Lyon, le 12 août 2007. Tony Fossier a 17 ans et circule en moto 125. Pour une fois, celui qu’on décrivait comme casse-cou, ou même voyou, roule plutôt sage. Il est équipé, progresse à 50 km/h. Dans un virage, le véhicule dérape sur des gravillons. Tony perd le contrôle, il est éjecté. Sa tête vient heurter un muret. Sans le casque qu’il avait acheté la veille, il n’aurait pas survécu. « Pour une fois que je ne faisais pas l’andouille en conduisant… » ironise-t-il. Inconscient, Tony Fossier est transporté à l’hôpital par hélicoptère. « Mon premier tour en hélicoptère, parvient-il à plaisanter, mais je n’ai pas suivi le baptême… »

Trois mois après l’accident, un réveil improbable alors que les médecins songeaient à le débrancher

Il passera un mois dans un coma induit par le choc puis deux mois dans un coma artificiel, branché à des machines. « J’étais branché de partout, pour manger, respirer… Je n’avais pas d’espérance de vie. » Les médecins songent à le débrancher, parlent à ses parents du don de ses organes.

Et puis le réveil, brutal, dans la douleur des cathéters et sondes invasives. « Mon corps s’est réveillé avant mon esprit » écrit-il au début de son livre. Pour Tony, le réveil est une agression. Il a de vagues pensées, mais aucun langage pour l’exprimer, ni aucun souvenir. Son premier réflexe est d’arracher les tubes fichés dans son corps, avant de se montrer agressif avec le personnel médical. C’est le syndrome confusionnel de réanimation. « On a dû m’attacher. » Des années après, la réanimation occupera encore ses cauchemars.

Tony Fossier ne connaît ni son nom ni son passé. « Mes parents ont dû se présenter, m’expliquer qui ils étaient. » Ses pensées s’organisent, mais aucun mot ne parvient à franchir ses lèvres. « Pouvoir penser mais pas s’exprimer était le plus horrible. »

L’homme doit réapprendre à parler, jour après jour. « J’aurais dû en profiter pour apprendre une autre langue ! ». Tout est remis à zéro. Tony appelle cela le « reset » de son esprit. Le côté gauche paralysé, il ne sait plus marcher, a perdu les gestes basiques du quotidien comme se laver. Il restera hospitalisé cinq longues années, avec d’interminables séances de rééducation. La colère le quitte rarement, alimentée par ce sentiment d’être incomplet. Aujourd’hui encore, Tony Fossier n’a pas récupéré toutes ses capacités. Il marche difficilement, ne peut porter d’objet lourd sans trembler, coupe laborieusement sa nourriture, enchaîne les trous de mémoire. Les souvenirs de sa vie précédant l’accident ne sont jamais revenus.

Ce délinquant inconnu qui était lui : « j’ai vu ma vie en vidéo »

« J’ai parfois quelques flashs. On m’a raconté ma vie d’avant. » Il prend connaissance du journal de bord tenu par les soignants durant son coma, s’efforce de reconstituer les événements. Ses parents et amis lui montrent alors des photos et des vidéos de sa jeunesse, des séquences de vacances. Stupéfait, il se découvre à l’écran. « J’ai vu ma vie en vidéo. Je voyais que j’étais l’acteur principal. » Ses amis, sa famille sont devenus des inconnus. Même sa personnalité a radicalement changé. Ses proches lui révèlent quel genre d’adolescent il était.

« Je n’ai pas fait de jolies choses, paraît-il. J’étais un délinquant, j’ai commis des vols, beaucoup de bêtises, je ne respectais rien. Je préfère ce que je suis maintenant… »

Il ironise : « De toute façon je ne cours plus assez vite ! » Le Tony Fossier d’aujourd’hui prend du recul, considère son réveil comme une naissance.

Mais la reconstruction n’en est pas moins un parcours d’obstacles. Les terminaisons nerveuses sont endommagées. « J’ai des douleurs affreuses le soir, au dos surtout. Je n’ai plus de goût ni d’odorat. Après trois mois de coma, le cerveau zappe. Bizarrement le goût me revient parfois quand je suis malade, les médecins ne comprennent pas pourquoi. C’est la chimie du cerveau ! » Il a perdu le sentiment de satiété et ignore quand s’arrêter de manger. Malgré des opérations de rallongement des tendons, se mouvoir est délicat. Tony Fossier s’accroche et parvient à passer le permis et conduire une voiture automatique. Pris d’une envie de liberté, il fait alors un tour d’Europe et visite neuf pays. Il s’essaie à la peinture, puis à l’écriture avec un premier ouvrage poétique.

Une seconde vie à lutter contre douleur et solitude

Les freins demeurent. Tony Fossier gère mal les émotions et trouver un emploi est ardu. « J’ai travaillé trois ans dans un ESAT*. Plus tard on m’a proposé de travailler dans un fast-food, mais j’ai tenu une semaine, le poste n’était pas adapté au handicap. » La nuit, il rumine, ne trouve pas le sommeil. Aujourd’hui, vivant seul sur Amélie-les-Bains avec sa pension d’invalidité, il fait du bénévolat dans un refuge pour chats, tente de rompre la solitude.

« Il y a un manque affectif. Ne plus avoir d’amis, ne pas avoir de petite copine. Il y a ce regard des autres. Quand j’arrive à sortir avec du monde, je sens ce poids. Je sens qu’ils se disent ‘il ne marche pas vite.’ On est là, mais on se sent de trop. »

Pas question de baisser les bras. « Chaque pas en avant est une victoire volée au chaos » écrit-il dans son second livre, l’Eveil et le Rugissement, qui constitue une nouvelle évasion par la plume. Un moyen, aussi, d’expliquer à ses parents les crises de colère et les comportements inappropriés qu’ils comprennent mal. La maman d’un jeune homme qui a survécu à un coma similaire sur Marseille, lui aussi après un accident de moto, a contacté Tony suite à la publication. Elle y a trouvé des réponses aux réactions de son enfant. Tony Fossier entend poursuivre l’écriture et travaille désormais sur un thriller où la fiction se mêle à l’histoire de son coma.

*ESAT : Etablissement et service d’accompagnement par le travail

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