La subvention européenne est validée. Après maints retards, le projet d’une école de ferronnerie se concrétise sur Arles-sur-Tech. Ce rêve entamé il y a plus de 30 ans pourrait enfin devenir réalité.
Il faut remonter à 1989, lors de la création de l’Association de ferronnerie catalane, pour retrouver l’idée d’une école dédiée à la profession sur la commune d’Arles-sur-Tech. « La ferronnerie est une branche de la profession de métallier » explique Bruno Vidal, président actuel de l’association. Il s’agit de la partie qui concerne la forge et vient ajouter une spécialisation à la menuiserie métallique classique. Le ferronnier pourra ajouter des formes là où le métallier ne fait que découper ou souler, dans des métiers permettant la création de portails, grilles et autres escaliers. Volutes, sculptures, objets déco ou même restauration du patrimoine sont ainsi des « savoir-fer » à préserver.
C’est en forgeant qu’on devient ferronnier
Sauf que la filière, un temps présente au CFA (Centre de Formation des Apprentis) du BTP de Perpignan, n’a pas tenu faute de professeur. Pour Bruno Vidal, une école dédiée, qui plus est dans un partenariat transfrontalier avec la Catalogne sud, permettrait de pérenniser un diplôme de CAP ferronnier d’art. Le site pourrait capter des élèves de toute la région et justifier l’ouverture de sections chaque année. Le CAP suivi à Arles-sur-Tech pourrait se faire sur un an seulement, s’il suit la formation initiale de métallier à Perpignan. Bruno Vidal imagine même un Brevet des Métiers d’Art sur trois ans, qui viendrait parfaire la formation. « Le matériel de forge a déjà été amené sur Arles, maintenant on attend que le projet aboutisse. »


Pour David Planas, le maire d’Arles-sur-Tech, c’est en bonne voie. Après de nombreux reports, dont certains dûs à la pandémie, il envisage une ouverture de l’école pour la rentrée 2028. Les bâtiments du carreau* seront restaurés à cet effet. Sur quelques 800 000 euros envisagés, au moins 65 % de la somme serait pris en charge par l’Europe à travers un financement transfrontalier Poctefa. Il s’agit du programme de coopération transfrontalière destiné à promouvoir le développement de territoires français, espagnols et andorrans.
Une main de fer dans un gant de Vallespir
« Nous allons lancer le marché public après les élections. L’idée est de mettre en valeur tout le site », confie le maire. « C’est l’histoire du village, les mines de fer ont été exploitées jusqu’en 1987. »
Après l’école de ferronnerie, David Planas songe à une « cristallisation » du site industriel à la manière de ce qui a été fait sur Valmanya par le Conseil départemental. Avec un revêtement qui empêche les installations de se dégrader, elles deviendraient accessibles aux touristes.

Le secteur devrait continuer d’accueillir des rencontres bisannuelles de la ferronnerie, et en plus du diplôme, l’école pourrait proposer des modules courts pour professionnels et particuliers, afin de s’initier à la forge.
L’aluminium, on en a acier
Selon Bruno Vidal, forger continue de séduire les nouvelles générations. L’association compte quelques 180 adhérents sur le département dont environ 25 artisans des Pyrénées-Orientales. Des championnats et rencontres en Europe maintiennent l’engouement. Plus inattendu, la ferronnerie apparaît comme une alternative plus durable et écologique à l’aluminium.
« L’aluminium est en train de s’effondrer. Avant, dans les lieux publics, on mettait des portes en alu qui avaient une espérance de vie de quelques années seulement. Une porte en acier sera toujours debout. »
Même s’il revient parfois plus cher une fois travaillé, l’acier serait bien mieux recyclable et donc compatible avec les évolutions environnementales. Un retour au lourd et solide qui pourrait favoriser les débouchés. « 99 % des apprentis sont dans des entreprises artisanales. » La plupart des métiers concernent le secteur du bâtiment, même si une petite partie parvient à se diriger vers l’art et la sculpture. Un projet à suivre de près sur les deux ans à venir. Pour une petite commune de moins de 3000 habitants, l’impact d’une école spécialisée n’est pas négligeable. « Il y aura des retombées économiques » assure le maire.
* Carreau : Il s’agit de l’installation industrielle associée aux mines de fer de la vallée, notamment celle de Batère.
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