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Quel avenir après l’Aide sociale à l’enfance ? Une association accompagne les jeunes vers leur premier logement

Quel avenir après l’Aide sociale à l’enfance ? Une association accompagne les jeunes vers leur premier logement

Une route vers l’autonomie par le biais du logement. Avec le dispositif “Une clef pour toi”, l’association Habiter en terre catalane accompagne des jeunes sortant de l’Aide sociale à l’enfance au moment de leur majorité. Durant plusieurs mois, à travers l’apprentissage de la gestion du budget, ils avancent progressivement vers l’indépendance. Photo © Antoine Boureau / Hans Lucas.

Des années en foyer ou en famille d’accueil, une légère transition pour ceux qui ont accès au contrat jeunes majeurs jusqu’à 21 ans, et puis… le grand saut, sans filet de sécurité. Les jeunes issus de l’aide sociale à l’enfance sont souvent lâchés en plein vol à la fin de leur suivi. Pour accompagner cette transition, l’association Habiter en terre catalane a mis en place le dispositif “Une clef pour toi.” Il vise à faire la jonction entre l’Aide sociale à l’enfance (ASE) et l’accès à l’indépendance par le biais du logement.

Un sas de sécurité à la sortie de l’aide sociale à l’enfance

« L’objectif est d’éviter les ruptures sèches », explique Cécile Corominas, à l’initiative du projet lancé d’abord comme expérimentation en 2020 puis maintenu par le Département. En tant qu’agence immobilière à caractère social, l’association dispose de plusieurs centaines de logements confiés par des propriétaires. L’équipe cherche une adéquation entre les ressources et le profil du jeune, et lui propose d’emménager. L’association joue un rôle d’intermédiaire et permet un sas de sécurité en cas d’impayé.

Mais l’installation dans un logement n’advient qu’au terme d’un accompagnement de plusieurs mois durant lesquels toute une série de problématiques sont mises sur la table. Celui-ci commence en amont de la sortie de l’ASE. « Contrairement au suivi d’un locataire classique, on va accompagner tous les aspects de la vie, mais sans aucune obligation. » La porte d’entrée : le budget, détaille Chloé Olivares, conseillère en économie sociale et familiale.

« Un premier logement, ça déséquilibre tout. Certains étaient nourris, logés, blanchis et dépensaient pour le plaisir. Il faut apprendre qu’on ne peut plus s’acheter tel ou tel produit avant d’avoir payé son loyer. On est là pour sécuriser ça. »

« Un compte en banque, c’est intime »

Pari sportif, consommation de drogue, commandes à la chaîne, les membres de l’équipe tentent d’éplucher l’intégralité du budget sans jugement. « Rentrer dans le compte en banque de quelqu’un, c’est intime. En fonction de nos éducations, on a un rapport à l’argent très différent. » L’accompagnement passe avant tout par une approche pragmatique : « Lorsqu’ils arrivent, on fait page blanche, rappelle Cécile Corominas. Ils ne sont pas étiquetés ASE et ont le droit à l’oubli. On ne cherche pas à connaître leur histoire mais ça peut arriver par bribes au cours de l’accompagnement. »

Les travailleuses sociales distinguent deux profils. D’un côté, les jeunes confiés à l’aide sociale à l’enfance en majorité pour des raisons familiales, de l’autre les mineurs non accompagnés (MNA). Il s’agit de jeunes arrivés en situation irrégulière sur le département qui sont confiés à l’aide sociale à l’enfance jusqu’à leur majorité. « Ils doivent être très vite autonomes, constate Cécile Corominas. On voit quand même qu’il y a une pression à les faire sortir rapidement de l’ASE. » Dans leurs cas, l’accompagnement se tourne davantage vers l’administratif, le lien avec les employeurs ou encore les déclarations d’impôts.

Voir le premier logement comme un « tremplin » vers l’autonomie

Pour tous, les trajectoires sont tout sauf linéaires. Un premier logement qui échoue, un jeune qui repart temporairement chez ses parents… par étapes, les bénéficiaires sont suivis à partir de leur propre choix. « L’enjeu, c’est de ne pas avoir une position trop descendante même si elle existe par définition. Sinon, on va les perdre. Toute leur vie, on a choisi pour eux, ou en tout cas ils en ont eu la sensation. »

Selon les travailleuses sociales, les studios que proposent Habiter en terre catalane ne sont parfois pas à l’image de ce qu’idéalisent les jeunes accompagnés. « Ils ne se rendent pas forcément compte de ce qu’on peut avoir avec 500 euros par mois. L’idée, c’est de leur montrer ce logement comme un tremplin. » Il arrive aussi que les parcours personnels de ces jeunes complexifient la recherche d’appartement. Un proche dont on souhaiterait s’éloigner, des quartiers que l’on voudrait quitter… « On ne met pas un consommateur de drogue dans un appartement au-dessus de son dealer », résume Cécile Coronas.

Dans un système de protection de l’enfance débordé, des prises en charge précipitées

Elle regrette des orientations vers « Une clef pour toi » dans l’urgence, quelques mois à peine avant que le jeune concerné ne soit laissé en autonomie. « L’ASE est prise dans ses problématiques quotidiennes. Toujours au plus urgent. Un jeune qui va relativement bien, on va le laisser se débrouiller tout seul, jusqu’à la sortie, où on se rend compte qu’il n’a pas de solution de logement. On constate une vraie impréparation sur ce point. »

Le dispositif revendique ne pas avoir d’étiquette ASE. Une façon aussi de signifier aux jeunes suivis, que, même une fois le contrat jeune majeur terminé, ils peuvent y rester. « Il ne faut pas non plus qu’ils s’y sentent enfermés. On encourage le fait qu’ils fassent leurs propres démarches en parallèle. »

Une fois relogés, les jeunes restent en lien avec l’association. Dans un premier temps, pour s’assurer que le budget suit et que la situation se stabilise. Ensuite, le regard qu’a Habiter en Terre Catalane sur le paiement des loyers permet de maintenir un lien. Au-delà du financier, c’est aussi l’occasion de les préparer aux conséquences d’un nouveau logement.

« Souvent, ce qui frappe, c’est la solitude. Pour beaucoup qui n’ont aucune famille et aucun entourage, c’est l’isolement total. Il n’y a plus d’équipe éducative qui passe tous les jours », raconte Chloé Olivares.

« Une clef pour toi » se pose comme un maillon supplémentaire pour maintenir un lien avec les jeunes issus de l’aide sociale à l’enfance aux parcours souvent sinueux.

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