Article mis à jour le 31 mars 2026 à 15:48
La maire nouvellement élue à Canohès avec l’étiquette du Rassemblement national s’est mise en scène dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux. Son coup d’éclat met en lumière l’ambivalence du parti sur la question de l’Europe. De nombreux projets communaux étant financés directement et indirectement par l’Union Européenne.
Tout sourire, elle tire sur la corde et fait descendre le drapeau européen jusqu’à l’arracher du mât sur lequel il flottait. Carla Muti, nouvelle maire de Canohès, accompagne sa vidéo du message explicite : « bye bye ! ». Les images sont devenues virales en quelques heures.
Ce coup de communication à peu de frais donne l’illusion de l’action et semble plaire à une partie de l’électorat au vu des commentaires qui accompagnent la vidéo. Avant Carla Muti, Louis Aliot avait lui aussi, à Perpignan, déjà retiré l’emblème de l’Europe lors de son premier mandat.
Des aides financières directes et concrètes
Pourtant, derrière la communication, une vraie question : comment feraient ces collectivités sans l’argent européen ? A l’échelle des Pyrénées-Orientales, ce sont 377 projets locaux qui ont été soutenus sur la période 2021-2027. A Canohès, l’Europe est un financeur clé et direct pour différents projets. L’UE contribue à trois réalisations concrètes à destination des Canouhards : la mise en place d’une chaufferie automatique au bois pour le groupe scolaire (coût de 348 100€, dont 139 300€ de fonds européens, soit 40,02% du projet) ; mise en place de même type de chaufferie sur des bâtiments communaux (276 984€ dont 95 429€ d’aides européennes, soit 34,45% ; financement des études préalables pour la régularisation et la sécurisation d’un barrage hydraulique (75 000€ dont 22 500€, soit 30%) ; ou encore 93 000€ d’aides à des agriculteurs installés sur la commune (en 2024).
A cela s’ajoutent les projets qui bénéficient à la communauté urbaine Perpignan Méditerranée Métropole (PMM), dont Canohès fait partie. « L’Europe apporte son soutien dans une multitude de secteurs : la rénovation énergétique des bâtiments, l’Education, avec les tablettes et ordinateurs fournis aux collégiens et lycéens ; l’agriculture ; le développement du numérique ; l’aide aux entreprises ou les infrastructures…. », explique Claire Sarda-Vergès, directrice de l’Agence de Développement Rural Europe et Territoires (ADRET). « On a souvent le réflexe de taper sur l’UE quand ça va mal. Mais quand ça va bien, on oublie de dire que c’est grâce à l’Europe. C’est un axe sur lequel nous travaillons : nous devons mieux communiquer sur l’impact de l’UE sur le territoire ».
L’argent des Français ou l’argent européen ?
Le RN affiche une rhétorique bien huilée. Lorsque des membres du parti sont interpellés sur les fonds européens nécessaires au financement des projets, la réponse fuse : l’argent de l’Europe serait l’argent des Français.
C’est d’ailleurs ce que répond Carla Muti sur Facebook à l’une de ses administrées qui l’interpelle. « Vous avez obtenu des aides financières de l’Europe, vous êtes dans la métropole. Toute seule vous ne serez rien, vous ne ferez rien », martèle l’habitante. Carla Muti rétorque : « c’est notre argent ces subventions, comme les impôts il n’est pas créé par magie ».
Contactée, Carla Muti explique avoir voulu, par ce geste, « marquer vraiment le changement ». Pour elle, il s’agit d’une question d’identité : « Je considère que nous sommes avant tout en France et que notre identité est française et catalane-roussillonnaise. L’identité européenne n’existe pas ». L’édile ne rejette toutefois pas tous les aspects de l’Europe, « en termes de coopération internationale, l’Union européenne est un fabuleux outil, notamment avec le programme Erasmus dont j’ai moi-même bénéficié » (dans le cadre d’une bourse d’études pour étudier un an à Malaga en Espagne). Mais Carla Muti fustige une « Union européenne, qui dans son état actuel, est très défavorable à la France d’un point de vue économique ».
Cette rhétorique du parti semble aujourd’hui à géométrie variable lorsque l’on analyse les faits concrets. Pour rappel, le parti – et plusieurs de ses dirigeants, dont Louis Aliot – sont en attente de jugement dans l’affaire des assistants parlementaires. Une affaire dans laquelle ils sont accusés d’avoir embauché des assistants, rémunérés par des fonds européens, qui auraient en réalité travaillé pour le parti en France. Plusieurs cadres du parti risquent une condamnation en appel (après avoir été condamnés en première instance), notamment pour détournement de fonds publics.
Les autres coups d’éclat du RN : après le retrait des drapeaux, la stigmatisation des plus pauvres
Au cours des dernières élections municipales, le RN et les listes revendiquant son soutien ont conquis 70 municipalités. Parmi elles, Carcassonne. Depuis son élection, le maire Christophe Barthès a, en plus d’avoir retiré lui aussi le drapeau européen, fièrement communiqué sur son premier arrêté municipal. Celui-ci prend pour cible… la mendicité.
A Nice, Eric Ciotti a quant à lui fait évacuer un campement sauvage dans un parc. « Tolérance zéro à Nice pour ceux qui occupent illégalement l’espace public ! », déclare-t-il pour justifier son action contre des personnes sans domicile fixe.
Ces différents « coups d’éclat » s’inscrivent dans une stratégie concertée. Au lendemain du second tour des élections municipales, le 24 mars dernier, Marine Le Pen et Jordan Bardella avaient reçu les 70 maires RN élus. « Ces maires patriotes incarnent une nouvelle génération d’élus, déterminés à agir concrètement pour la sécurité, le pouvoir d’achat et la défense de nos territoires », écrivait le parti sur ses réseaux sociaux. Avant de conclure son post par : « Le changement commence dès aujourd’hui dans nos communes ! ».
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