Article mis à jour le 22 janvier 2026 à 17:36
Lors de la rentrée solennelle du tribunal judiciaire, le procureur Jérôme Bourrier fait un point sur la délinquance locale, qui ne cesse d’augmenter.
« La délinquance est en augmentation constante, avec des chiffres contrastés » explique-t-il. En 2025, le parquet a reçu 44 000 procédures délictuelles et 385 procédures criminelles, dont environ 10 000 poursuivables. On note aussi 4000 affaires non enregistrées au bureau d’ordre pénal, ou encore 5 112 personnes placées en garde à vue au cours de l’année.
8 cambriolages par jour dans les Pyrénées-Orientales
Les atteintes à l’intégrité physique sur le seul secteur de Perpignan ont augmenté de 15,97 %, tandis qu’elles ont augmenté de 2,9% en secteur gendarmerie. « Les violences intrafamiliales demeurent à un niveau extrêmement élevé. » Jérôme Bourrier se réjouit cependant qu’aucun féminicide n’ait été à déplorer sur l’année dans les Pyrénées-Orientales.
S’agissant des atteintes aux biens, là encore Perpignan se distingue avec une hausse de 20,64 %, même si les chiffres sont à pondérer par la création de la plainte en ligne qui augmente mécaniquement le nombre de procédures. Cela n’explique cependant pas l’écart avec la zone gendarmerie où ces atteintes n’augmentent que de 2,2 %. Plus précisément, les cambriolages augmentent de 17 % côté Perpignan, alors qu’ils baissent légèrement en zone gendarmerie. « Au total 2871 cambriolages ont été perpétrés au cours de l’année, soit 8 par jour. (…) A cela il convient d’ajouter 516 vols avec violence, avec ou sans arme, commis sur le département. »
Un tacle aux affaires financières, qui minent la confiance publique
A l’heure où des procès financiers médiatiques se déroulent, comme celui des assistants parlementaires du RN, les mots du procureur sur les infractions économiques et financières ont une résonance particulière.
Pour lui, ces infractions « minent la confiance publique, corrodent le lien social, désagrègent ce désir de vivre ensemble. (…) La confiance que chaque citoyen fait à la société se nourrit aussi de la conviction que la loi est la même pour tous, qu’elle protège plus qu’elle n’inflige, et que l’engagement pour la collectivité ne va pas sans la vertu personnelle. »
Pour Jérôme Bourrier, la politique pénale du parquet doit s’inscrire en miroir des maux de notre société. « Elle ne peut afficher une répression aveugle, inopérante si elle n’appréhende pas les douleurs sociales ou ne touche qu’une catégorie de la population, sans s’attaquer aux malversations d’une certaine oligarchie de la richesse et des dividendes. Elle ne peut davantage céder à l’angélisme, confrontée aux violences de notre temps. »
Côté stupéfiants, c’est également l’escalade. 2 396 infractions sont relevées et 290 procédures de trafic sont conduites sous l’autorité du parquet. La hausse représente 30 % en zone police et 12, 1 % en zone gendarmerie. 14 tonnes de stupéfiants ont été appréhendées en 2025. Le cannabis est en baisse mais le volume de cocaïne saisie augmente très fortement. « Le trafic de stupéfiants irrigue l’essentiel de la délinquance, ici comme ailleurs. »
Le trafic de stupéfiant intègre le sacrifice comme une variable budgétaire
Le magistrat souligne, derrière les trafics de stupéfiants, la trame des enjeux financiers, la violence et la « mainmise sociale, sur les faibles notamment. (…) Dans ce milieu commercial, le sacrifice de certains protagonistes est intégré dans les coûts, comme des provisions dans les comptes d’une entreprise légale. (…) Un capitalisme sans foi ni loi. » Il cite ainsi un système de filiales, de gérances, de locations et d’achats groupés empruntant aux modèles économiques, avec ses recruteurs, ses vendeurs et ses banquiers.
« Plus que la pieuvre mafieuse, les services d’enquête et la justice sont confrontés à une hydre, cet animal fantastique dont les multiples têtes repoussent chaque fois qu’elles ont été coupées. »
Le procureur Jérôme Bourrier tient à souligner deux chiffres particulièrement édifiants. Il s’agit de 7 homicides volontaires ou coups mortels, et 34 tentatives de meurtres. « Chaque fois, les mêmes mécanismes sont à l’oeuvre » commente le magistrat. « La cause révélée est plus pauvre que la cause attendue. » Il évoque pour ces affaires qui font appel à l’émotionnel une pression sociale et parfois un contexte politique, qui déconnecte de la recherche du vrai. Il évoque « une contradiction entre un intérêt pour la vérité, savoir pour savoir, et un intérêt à la vérité, satisfaire la demande de justice et l’attente du châtiment. »
Le procureur rappelle enfin que la politique pénale du parquet de Perpignan s’appuie bien sur un recours massif au déferrement, s’agissant des faits les plus graves et les plus attentatoires à l’ordre public. Un choix qui a des « conséquences lourdes en termes d’escorte policière, d’engagement des greffiers et magistrats, de disponibilité des avocats de permanence. » Sur les autres faits, le procureur évoque un recours large aux alternatives au procès, comme la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, afin de maintenir des délais satisfaisants pour les affaires plus lourdes.
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