Article mis à jour le 20 janvier 2026 à 14:56
Les réseaux sociaux sont parfois la vitrine de notre méconnaissance des grands principes de l’énergie. Récemment encore on s’y écharpait sur le fonctionnement des barrages des Pyrénées-Orientales après les pluies. L’association Energ’éthiques 66 s’efforce de donner des clés de compréhension sur ces sujets de notre quotidien.
« Il y a une riche histoire de l’énergie dans le département », assure Romain Llapasset, animateur de l’association. Il évoque le four solaire de Sorède, premier de France, voire du monde, ou encore le Train Jaune, premier train électrique alimenté à 100 % par une énergie renouvelable.
Apprendre par la manipulation d’objets
Energ’éthiques 66 a été créée en 2015 par d’anciens étudiants du master énergie solaire de Perpignan.
« Il n’y avait pas de structure qui faisait d’éducation à l’énergie. Au départ on l’a créée pour des adultes mais souvent on nous demandait comment expliquer ça à des enfants. »
Les interventions pour adultes continuent, comme la visite du barrage de l’Agly avec le soutien du Conseil départemental, mais l’association œuvre désormais beaucoup auprès des scolaires et périscolaires. « Il y a énormément de demandes. » Modèle réduit de voiture solaire, molécules d’hydrogène en impression 3D… A l’aide de matériel, Romain Llapasset éduque par la pratique. « Le côté ludique et le côté expérimental marchent très bien. On fait tout reposer sur des maquettes. »
Avec les cuiseurs solaires, il démontre que les miroirs ne sont pas chauds, même si un bout de bois s’enflamme. « Les gens posent la main dessus, et constatent que c’est effectivement froid. Cela crée une dissonance. Il faut manipuler, il faut toucher. » Notre Géo Trouvetout se déplace aussi avec un « nuage en bouteille » pour éduquer aux états de l’eau.
La question de l’eau, sujet de controverse tendance dans les Pyrénées-Orientales
Nos barrages font l’objet de riches spéculations, que tente d’apaiser l’association. « En ce moment les débats sur l’eau sont à la mode. Beaucoup de gens sont convaincus que le barrage de Vinça fait de l’électricité. C’est dans l’imaginaire collectif. Un des rôles de l’association est de déconstruire ces idées reçues. » Romain Llapasset compte beaucoup sur les plus jeunes, qui selon lui ont intégré le fait de ne pas tout savoir. « A partir du lycée, c’est déjà plus compliqué. » La tempête Gloria de 2020 a fait passer pour la première fois l’eau du barrage de l’Agly par le grand déversoir. Nombre de vidéos ont alors tourné, où l’on assurait que la retenue débordait.
« On voyait une cascade apocalyptique et une série de fake news se sont mises en place. Le barrage est conçu pour que l’eau puisse se déverser comme ça et éviter les crues. Aujourd’hui encore, beaucoup considèrent qu’en 2020, le barrage a débordé. »
Enfin Energ’éthiques 66 s’attaque à la fameuse réutilisation des eaux usées, expliquant pourquoi elle n’est pas possible partout. « Si plus haut dans les terres, on ne renvoie pas cette eau dans la rivière, les barrages devront compenser et paradoxalement on aura besoin de plus d’eau. Cela ne répondra pas à la sécheresse. »
Avant Covid, les complots faisaient la part belle à l’énergie
Pour diffuser des connaissances, il faut parfois battre en brèche un conspirationnisme bien spécifique lié à l’énergie, et qui fleurissait surtout avant Covid. « Il y avait alors beaucoup de fausses nouvelles sur l’énergie. » Si cette désinformation est moins présente aujourd’hui, elle a laissé son empreinte dans les esprits. Demeurent ainsi les échos d’un certain moteur à eau, avec la rumeur de lobbies pétroliers voulant l’étouffer. « Cette hypothèse fonctionne bien dans les esprits parce que les vieux moteurs diesels envoyaient trop de carburant, et on les bridait en effet en injectant de l’eau pour une meilleure combustion. C’est le moteur Pantone. Aujourd’hui des cartes électroniques font le calcul d’injection, ça ne sert plus à rien. » Romain évoque comment casser des molécules d’eau va exiger une énergie supérieure à ce qui pourra être produit.
Selon l’animateur, dans toute croyance autour de l’énergie réside une part de vrai, comme avec la sortie du chanteur Gims sur les sommets de pyramides qui auraient servi à l’électricité, reposant sur de réels pyramidions en or. Il évoque aussi les panneaux solaires à base de CD que les internautes ont vu passer dans plusieurs vidéos.
« On explique pourquoi ça ne peut pas fonctionner, et je viens carrément avec la machine fabriquée pour leur montrer. »
Brancher une prise à elle-même ne permet pas d’allumer une ampoule…
Parmi les vieilles croyances, cette idée d’une énergie secrète illimitée, qui serait là encore cachée par les autorités, et qu’on pourrait obtenir avec divers dispositifs, dont le simple fait de brancher des multiprises à elles-mêmes. « Je ne dis jamais que c’est impossible. Je dis ‘on va essayer’. » Nombre de séquences douteuses ont ainsi glissé sur Youtube. « On essaie de comprendre la vidéo avec les enfants. On regarde attentivement et on s’aperçoit qu’on ne voit jamais la prise en entier, ou que des éléments ont bougé d’un plan à l’autre. »
Au-delà de ces débunkages, Romain Llapasset s’attaque aux idées reçues sur l’énergie renouvelable, entre autres pour les panneaux solaires. « Il y a vingt ans on disait que les panneaux n’étaient pas recyclables, mais aujourd’hui on est capable de recycler 95 % de leur poids. » Aucun tabou cependant. Pour l’animateur, le pétrole est la meilleure énergie en termes d’efficacité ou de stockage. « Le paradoxe, c’est qu’il faut quand même en sortir. » Romain s’interdit juste les interventions sur deux sujets. Le nucléaire et… le compteur Linky. Deux thèmes devenus si polarisants qu’ils ne font plus qu’opposer les pros et les anti.
Le champ de l’éducation reste néanmoins large. Romain Llapasset finalise la construction de 45 petits véhicules solaires qu’il emportera dans les écoles. Au fond, ce seront peut-êtres les enfants qui apprendront les secrets de l’énergie à leurs parents.
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