Article mis à jour le 7 octobre 2026 à 17:53
Les habitats partagés ou inclusifs sont encore trop rares. À Perpignan, l’association Nonie et Toit vient de décrocher une nouvelle subvention et s’efforce de répondre à un besoin d’autonomie et de vivre ensemble pour les personnes handicapées.
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Cette maison est un paradis miniature niché en plein Perpignan. Derrière un portail dans une ruelle discrète, un petit jardin ombragé et une pièce commune qui ressemblent à un cocon. C’est bien l’objectif de cet habitat au sein duquel valides et handicapés peuvent vivre dans une forme de colocation, sans la dépendance aux parents.
Tout commence par le long combat d’une mère, Nathalie Padilla. Sa fille Léonie est atteinte du syndrome de Dravet. Cette maladie génétique rare entraîne des crises d’épilepsie et des difficultés d’apprentissage. Placée dans différentes institutions, la jeune fille ne parvient à trouver cette vie plus autonome à laquelle elle aspire. « Il faut une présence en cas de crise d’épilepsie. Mais Léonie voulait moins voir sa maman. »
La liberté de rester dans sa chambre, de choisir ses repas…
Comme l’explique Anne-Lise L’Huillier, spécialiste en santé mentale et membre de l’association « on demande aux personnes qui vont vivre en institution de s’adapter à ce qui existe déjà. » Temps de repas et d’activités sont déterminés. « On n’a pas forcément la liberté de dire aujourd’hui je n’ai pas envie, je n’ai pas faim, ou je veux manger dans ma chambre… » Sans compter que les structures adaptées sont parfois à l’écart des villes. À Perpignan, Léonie peut sortir avec ses proches, s’offrir un repas à emporter quelque part, participer à la vie du quartier.

Nathalie Padilla découvre alors l’existence en France des habitats inclusifs, qui se formalisent depuis 2015 environ. Elle en visite plusieurs à travers le pays. Ces logements sont destinés à une poignée d’habitants aux pathologies diverses. Ce sont les professionnels qui s’adaptent aux besoins et non l’inverse. Nathalie crée alors l’association Nonie et toit et peu à peu transforme la maison familiale en habitat partagé. Au rez-de-chaussée, près de la cuisine commune, la chambre de Léonie. Plus loin, une chambre de veille ou des auxiliaires de vie peuvent passer la nuit afin de parer aux urgences. A l’étage, de quoi loger deux ou trois autres personnes. « L’idée est de pouvoir accueillir des jeunes porteurs d’une déficience intellectuelle, qui ont besoin d’être accompagnés. »
Quand la neuro-atypie donne une leçon de convivialité
Et les résultats sont au rendez-vous. En habitat partagé, les progrès de Léonie, qui a aujourd’hui 28 ans, sont remarquables. Au lieu d’une relation verticale avec ses parents ou le personnel médical, elle tisse des liens avec des pairs, manifeste un désir d’être plus autonome.
« Nous nous sommes aperçus que le temps de préparation pour s’habiller, pour faire un choix, se réduisait. Ils se sont mis à faire la cuisine et la vaisselle entre eux, demandaient aux familles d’être moins présentes, comme si c’était une évidence. »
Avec un jeune autiste, Léonie communique en langue des signes. Les relations au sein de l’habitat rappellent parfois aux valides une convivialité perdue, la facilité d’échange des camarades de classe ou des colocations étudiantes. Presque une leçon donnée par le handicap.
La sexualité, une vulnérabilité quand on est déficient intellectuel
Plusieurs colocataires viennent tester l’habitat. Loyers comme intervenants médicaux sont pris en charge par les différentes aides au logement et au handicap (PCH, AAH…). Plus difficile administrativement, mais qui permettrait tellement d’économiser, l’idée de mutualiser des intervenants. Ainsi une même auxiliaire pourrait faire la veille de nuit ou préparer le repas pour plusieurs bénéficiaires à la fois.
Nathalie Padilla souhaite aller plus loin que le médical et souhaite organiser des ateliers, notamment grâce à « l’aide à la vie partagée » que peut octroyer le Conseil départemental. Arts thérapie, bien-être… « J’aimerais aussi mettre en place un atelier d’éducation à la sexualité. Le handicap crée une vulnérabilité, c’est une forte inquiétude pour les parents. Il faut pouvoir expliquer que le corps nous appartient, parler du consentement, il y a un vocabulaire adapté. »
Des listes d’attente pour trouver une place en habitat inclusif
Après des aides de la mairie de Perpignan, de la Banque Populaire, après une course solidaire au bénéfice de l’association pour dégager quelques fonds, le Département vient à son tour d’accorder une subvention. Pour Nathalie Padilla, tout cela est salvateur au niveau matériel, mais aussi une forme de reconnaissance de son projet. Elle prévoit prochainement des week-ends montagne, ou camping, toujours dans cet objectif d’amener les personnes handicapées à vivre des expériences entre eux, au maximum de leur autonomie.
Mais derrière l’exemplarité de cet habitat inclusif, la rareté des places. Il n’existe qu’une douzaine d’habitats inclusifs sur les Pyrénées-Orientales, certains orientés sur le handicap, d’autres plutôt pour les personnes âgées comme les béguinages. Avec des taux d’occupation élevés, les listes d’attente s’allongent. Anne-Lise L’Huillier évoque ces familles à bout.
« Il y a des gens épuisés. Comme ce papa d’un garçon autiste, qui n’est plus tout jeune et qui se lève toutes les nuits pour faire marcher son enfant, pendant des kilomètres, afin de le calmer. Cela crée des problèmes de santé chez les aidants. »
Nonie et Toit vise un accueil de huit personnes à terme, et pourrait devenir inspiration pour d’autres maisons aménageables en habitat partagé. « L’idée est de montrer qu’on avance avec de la persévérance » commente Nathalie, déterminée.
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