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Mobil Sport 66 désenclave le rural : Vous n’allez pas au sport ? Le gymnase vient à vous

C’est un projet un peu fou qui, tout en étant très positif, signale en creux les inégalités de territoire. Le sport, et en particulier l’accès pour les enfants et les séniors, déserte les communes reculées. Les deux camions de Mobil Sport empruntent les petites routes rurales des Pyrénées-Orientales pour ramener des activités essentielles au lien social et à la santé. En 2026, la barre des 1000 ateliers annuels devrait être franchie.

Ce mardi de mars 2026, un camion coloré de Mobil Sport 66 s’est installé à Fourques, après être passé à Tresserre et Llauro, et avant de repartir à Terrats. Dans la salle proche du parking, le coach Romain Parmentier dénombre les squats, gainages et autres étirements restants. « On met l’élastique à son maximum. On tient. Attention on ne rentre pas les mains. Encore. On relâche ! » Il est investi, passionné. Les participants à cette séance hebdomadaire de gymnastique douce ont tous plus de soixante ans.

Des rires éclatent, des regards complices sont échangés. Pour la plupart, l’opportunité de pratiquer une activité physique et de se retrouver était impensable avant ce dispositif. Pendant ce temps, le deuxième camion navigue entre Prats-de-Mollo, Montbolo et Serralongue. D’autres jours seront consacrés à d’autres villages.

Mobil Sport avait commencé par une petite tournée et un seul véhicule avant d’être victime de son succès

Karine, 67 ans, a intégré le groupe de Fourques à la rentrée de septembre. « Comme c’est destiné aux plus de soixante ans, j’avais peur que ce soit un peu trop mou, mais c’est très dynamique. » L’offre locale ne répondait pas à ses besoins. « Il y a eu, à un moment donné, de la gym à Fourques, mais tous âges, avec du step et des choses comme ça. Ce n’était pas adapté pour nos petites articulations ! »

L’histoire de ces gymnases mobiles est née en 2015 en Drôme et en Ardèche avant d’être adopté par la Fédération de sport en milieu rural. « Très vite ça a bien pris, notre fédération a voulu protéger ce dispositif » explique Arnaud Beinse, responsable de Mobil Sport 66. Dans les Pyrénées-Orientales, un premier camion sillonne la campagne en 2018, rejoint par un autre en 2023. Trois postes d’éducateurs sportifs sont créés. Jusqu’à quatre séances par jour sont proposées.

« En milieu rural, on se rend compte de plus en plus qu’il y a une fracture, que le milieu associatif baisse. »

Chaque semaine, une vingtaine d’ateliers sont déployés pour les séniors. La première année est gratuite. Ensuite Mobil Sport peut passer la main à des éducateurs locaux qui souhaitent poursuivre l’activité, ou parfois se maintenir et l’activité coûte alors une centaine d’euros par an aux adhérents. Souvent, malheureusement, il n’y a personne à qui passer la main. « On devait être un tremplin, mais on se rend compte que c’est une gestion trop difficile pour de petites associations. » A Maureillas ou Banyuls-dels-Aspres, l’activité a dû être abandonnée quand Mobil Sport a modifié ses tournées.

Plus de boulangerie ni d’épicerie, mais de jeunes retraités qui veulent encore bouger

Françoise Bouffil est élue à Terrats, commune qui accueille une séance de gym dans la salle des fêtes. « On veut continuer avec Mobil Sport, et fortifier ce qu’on peut faire avec le 3e âge. Il n’y a plus de boulangerie, plus d’épicerie. Il n’y a pas de café ni de médecin, tout se concentre sur Thuir et nous avons peu de bus pour y descendre. C’est triste, alors qu’on a de jeunes retraités qui veulent encore bouger. »

Pratiquante à Terrats, Micheline, 74 ans, confirme l’importance de ce rendez-vous qui a réuni 35 inscrits. « On se stimule les uns et les autres, ça marche très bien. Tout le monde est du village mais ce sont des gens qu’on ne croiserait pas forcément en dehors. Certains qui viennent de s’inscrire n’avaient jamais fait de sport de toute leur vie. »

Mobil Sport est très demandé. Chaque année, quatre nouvelles communes accueillent le camion, et il s’agit d’irriguer aussi celles qui souhaitent le garder. Un troisième véhicule pourrait prochainement être déployé. Le bénéfice est indéniable.

Avant même la santé, le lien social

Comme l’explique l’éducateur Romain Parmentier, le besoin portait avant tout sur le lien social. A Terrats, ce sont d’abord les dames qui ont essayé, puis les maris moins téméraires. « Peut-être qu’ils n’osaient pas justement parce qu’il y avait trop de femmes » plaisante Micheline. Deux adhérents de Terrats ont d’ailleurs décidé de se voir en dehors des cours pour marcher ensemble. Romain Parmentier a vu l’évolution de groupes qui s’éparpillaient en fin de séance vers ceux qui restent et partagent des gâteaux.

« Des gens, qui habitaient dans le même village depuis vingt ans, ne se connaissaient pas. »

Pour Arnaud Beinse, « aller vers les gens n’est pas juste leur proposer une activité, c’est aussi s’intéresser à eux. » L’aspect santé est clairement le deuxième intérêt. Un seul pratiquant bénéficie à ce jour d’un remboursement des séances par la Sécurité sociale, mais le sport vient apporter du mieux à de nombreuses pathologies, des problèmes cardiaques au diabète en passant par arthrose ou hernies. « L’espérance de vie est corrélée à la masse musculaire » explique l’éducateur.

La sédentarité menace les adultes, mais aussi les enfants

Romain Parmentier est très inquiet pour les générations suivantes bien plus sédentaires. « On a des trentenaires et des quadragénaires qui ont de pathologies de personnes de soixante ans. » Des dispositifs comme Mobil Sport pourraient bientôt être sous-dimensionnés par rapport à la vague de nouveaux besoins.

A l’autre bout de la pyramide des âges, Mobil Sport 66 s’occupe aussi des enfants, le plus souvent dans les accueils de loisirs. Initiation aux jeux traditionnels comme les quilles catalanes, des sports originaux comme le « disque golf », des parcours avec modules de mousse… Les parcours de slackline, ces cordes où l’on doit progresser en équilibre, sont parmi les plus appréciés par les petits.

Là encore, les besoins sont prégnants face à la sédentarité. Arnaud Beinse évoque ces chiffres récents montrant qu’un enfant sur deux ne parvient plus à courir plus de quelques minutes. Là encore, le nerf de la guerre sera le financement. L’Education nationale comme le périscolaire courent après les moyens.

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Philippe Becker