Article mis à jour le 10 mars 2026 à 09:26
Lotissements contestés, choix de réhabilitation et lutte contre l’habitat secondaire, à Collioure, Banyuls-sur-Mer et Port-Vendres, la question du logement revient sans cesse dans les programmes des candidats aux Municipales. Dans un territoire marqué par le tourisme saisonnier, où la population à l’année continue de baisser, chaque projet de construction est un sujet de campagne.
« On ne va pas pouvoir construire grand-chose »
Quel visage pour la Côte Vermeille en 2032 ? À l’approche des municipales des 15 et 22 mars prochains, le logement est au cœur des campagnes des candidats aux mairies de Collioure, Port-Vendres et Banyuls-sur-Mer. Dans les trois villes touristiques, les Airbnb et maisons secondaires fleurissent dans le centre-ville. Face au constat d’une côte à deux vitesses, entre population vieillissante et dynamisme touristique, les candidats font du logement un axe majeur.
Parler de logement, c’est d’abord parler de construction. Et sur ce point Luc Vitou, candidat à Collioure, résume la situation : « On ne va pas pouvoir construire grand-chose. L’étalement urbain, c’est terminé. » Une contrainte qui s’impose dans le cadre de l’objectif Zéro artificialisation nette (ZAN). La loi réglemente les terres artificialisables avant un arrêt total d’ici 2050. Il faut donc faire des choix.
À Banyuls-sur-Mer, un lotissement au centre des controverses
160 logements, soit six hectares sur les sept encore disponibles dans la commune. À Banyuls-sur-Mer, c’est un plan de lotissement privé, porté par la mairie, qui concentre les désaccords. « Si le projet de la Réthorie se concrétise, il va consommer la totalité de nos droits à construire », explique Aurélie Maillols, candidate de la liste « Banyuls, un village en commun » et présidente de l’Agence régionale d’aménagement et de construction. Dans une vidéo en ligne, le maire sortant Jean-Michel Solé défend un projet « indispensable » pour éviter une baisse de la démographie. En effet, sur la commune, un habitant sur deux est à la retraite.
« C’est un lotissement destiné en grande majorité à un public aisé, regrette Aurélie Maillols. Ça ne correspond pas aux besoins des habitants qui font vivre Banyuls à l’année. » Pour elle, c’est un projet qui n’attirera pas de jeunes actifs. Son alternative avec le portefeuille ZAN ? Des petites zones de lotissements communaux. « Grâce à la loi dite ‘anti-Airbnb’, on peut décider qu’ils seront destinés à de l’habitat permanent. L’idée, c’est de maîtriser ce foncier-là. » Autre levier envisagé : inciter à la location à l’année via un avantage fiscal.
Aurélie Maillols a fait du logement à Banyuls-sur-Mer un axe majeur de sa campagne face à la mairie sortante. Troisième candidate sur la commune, Marie-Françoise Sanchez, actuelle élue de l’opposition, le mentionne également dans le communiqué qui annonce sa candidature avec la liste « La gauche rassemblée ». Elle soutient le projet de lotissement de la mairie en proposant l’intégration de logements destinés à des personnes sans-abri ou à des femmes seules victimes de violences.
Des communes en perte de vitesse démographique
Mais une fois construit, l’enjeu est également de rendre disponible ce foncier. À Collioure, le maire sortant Guy Llobet propose de construire, avec l’Office public de l’habitat, des logements sociaux et destinés aux primo-accédants pour 23 familles. Du côté de Port-Vendres, le maire sortant Grégory Marty, par ailleurs mis en examen pour agressions sexuelles, mentionne par bribes le logement dans son programme. Il met surtout l’accent sur le dynamisme économique et la création de commerces, ainsi que sur la restructuration du centre. Celle-ci passerait par de nouveaux parkings, la création d’une place et par la réfection du pourtour du port.
À travers le logement se pose en effet la question du dynamisme d’une ville à l’année. En dehors de Collioure, les villes de la côte rocheuse enregistrent parmi les plus fortes baisses de population ces dernières années. – 0,5% à Port-Vendres, – 0,9 % à Banyuls et près de – 2 % à Cerbère entre 2017 et 2023. À Port-Vendres, Grégory Marty, divers droite, se vante d’un indicateur démographique positif en 2025. Son adversaire Eric Paget Blanc regrette des fermetures de commerces dans le centre-ville. « Port-Vendres, ce n’est pas une ville qui attire les gens. » Déclaré sans-étiquette, il est présenté Rassemblement national par la préfecture et conteste ce classement avec son équipe.
Sa proposition clé : des logements intermédiaires et l’usage du crédit-bail immobilier. « Les arrivants paieront un loyer, et au bout d’un moment ils auront une option d’achat, sans perdre l’argent investi dans le loyer jusqu’ici. Ils seront obligés de rester au moins 10 ans pour pouvoir acheter. L’objectif est de limiter la spéculation. »
Derrière le logement, l’enjeu discret du tourisme
Entre un littoral presque plus constructible et un arrière-pays à protéger, les projets de construction sont limités. « On n’a quasiment pas la place de construire des bâtiments pour loger les saisonniers », note Luc Vitou à Collioure. Dans les programmes, on se penche du côté de la réhabilitation du foncier existant. À Banyuls, Aurélie Maillols propose par exemple une réhabilitation d’une résidence pour créer des logements destinés aux étudiants et salariés.
Tous se posent la question du tourisme à travers le logement. Comment faire en sorte que la côte soit habitée à l’année ? Sur ce point, Luc Vitou cherche un équilibre.
« Il y a des Colliourencs qui vivent du tourisme et de ces logements, on ne peut pas les interdire. Ce serait contre-productif. » Il veut cibler son action vers de gros promoteurs qui achèteraient en masse pour louer. « Actuellement, les promoteurs règnent en maître à Collioure, dénonce-t-il. On veut réguler notre tourisme pour que nos enfants puissent s’installer à Collioure. »
Le tourisme, qui, bien qu’on le souhaite « régulé », « choisi » ou « contrôlé », reste au cœur de la bataille municipale. Une dynamique incontournable à laquelle le logement doit s’adapter.
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