Article mis à jour le 28 janvier 2026 à 09:23
Alors que les derniers fonciers disponibles sont en passe d’être urbanisés, jusqu’où faut-il poursuivre le développement économique et touristique de nos villes côtières ? À Canet-en-Roussillon, plus grande ville des Pyrénées-Orientales après Perpignan, un duel se prépare sur ces enjeux, et ne semble guère augurer de surprise.
Le maire sortant Stéphane Loda, cadre local Les Républicains, est héritier des précédents maires également encartés à droite Arlette Franco et Bernard Dupont. Après avoir remporté le scrutin de 2020 avec plus de 67 % des voix, il brigue un second mandat. Cette année, les forces en présence sont sensiblement différentes avec une seule liste face à lui, contre trois au précédent scrutin.
Le RN n’a pas trouvé le chemin de Canet
Sébastien Régnier, ancien responsable de la liste sans étiquette « Mieux vivre à Canet 2020 » qui réunissait beaucoup de commerçants de la ville, ne se représente pas cette année malgré, selon ses dires, des tractations avec le Rassemblement national. « Ils se sont rapprochés de nous, c’était faisable » commente-t-il. Les discussions n’ont pas abouti faute de tête de liste. Jean-Marie Palma, candidat proche de l’extrême droite en 2020, n’a pas non plus souhaité incarner cette position cette année.
D’après Sébastien Régnier, sa décision de ne pas retenter l’aventure repose sur un climat conflictuel. « Les commerçants qui étaient sur ma liste ont reçu des menaces de mort. On a rayé ma voiture. Je ne me représente pas, ça c’est sûr. »
Nadine Pons, militante communiste, y retourne en revanche après deux précédentes tentatives. « Les listes apolitiques c’est la grande mode. Nous sommes à contre-courant. On tient à dire que c’est une liste de gauche. » Nadine Pons s’oppose notamment à des discours côté majorité qu’elle considère de plus en plus empruntés à l’extrême droite, sur la sécurité notamment. « Nous constatons une sémantique propre au RN. » La candidate reste cependant lucide sur ses chances et ne cache pas qu’elle souhaite a minima obtenir un meilleur poids dans l’opposition.
Stéphane Loda : « Le seul cercle vertueux qui existe sur la planète, c’est quand il y a des entreprises qui produisent quelque chose »
C’est donc dans le cadre d’un duel favorable au maire sortant, si l’on observe les résultats des précédents scrutins, que va se jouer le développement futur de Canet-en-Roussillon.
Nadine Pons pointe un manque de logements sociaux, notamment en faveur des jeunes ménages, et souhaite amplifier les préemptions pour récupérer des logements vacants à cet effet.
« Aujourd’hui, nos écoles se vident, on a une population de retraités, des personnes isolées. »
Elle déplore aussi la disparition, des années plus tôt, de campings sociaux du CCAS, et regrette une stratégie trop centrée sur l’économique et le touristique. « On essaye de défendre le tourisme social sur la commune. »
Stéphane Loda assume quant à lui le développement économique dans la ligne directrice des précédents maires. « Le seul cercle vertueux qui existe sur la planète, c’est quand il y a des entreprises qui produisent quelque chose. On peut faire le choix de ne pas évoluer, mais ce n’était pas mon option. On est en train de travailler sur l’accueil de résidences de tourisme, de nouveaux hôtels, plutôt 4 étoiles. » Il évoque aussi l’extension du port, promettant l’arrivée de nouveaux constructeurs de navires, en plus de l’agrandissement de Catana. L’entreprise Beneteau pourrait notamment s’installer pour une étape de fabrication locale.
Canet en chantier : construire sur un foncier déjà chargé
Concernant les constructions engagées sur la totalité du foncier approuvé par le plan local d’urbanisme de 2008, cela répond selon Stéphane Loda à l’attractivité et au desserrement des ménages.
« Sur 30 personnes que je reçois, il y en a 20 qui me parlent de logement. Je veux bien qu’on nous dise qu’on n’a pas besoin de construire, mais il y a des Canétois qui ont besoin de changer de logement. D’autres viennent s’installer, car aujourd’hui il y a 1000 emplois salariés qui n’existaient pas il y a 10 ans. »
Stéphane Loda assure avoir mis en place un parcours résidentiel avec un dispositif de « logements locatifs intermédiaire » plus accessibles. Une fois ces derniers espaces aménagés, il s’agira selon le maire sortant de « reconstruire la ville sur la ville. » Il entend, avec l’aide de la communauté urbaine, inciter à réhabiliter les bâtiments qui se délabrent. Il envisage aussi des démolitions pour reconstruction. « On a acheté des bâtiments pour engager sur le mandat prochain des travaux qui vont changer le cœur de Canet. » La piétonnisation sur le front de mer va se poursuivre jusqu’à la place Méditerranée. Le maire sortant mentionne aussi la construction du futur centre de santé, avec des médecins salariés.
Stéphane Loda souhaite enfin orienter la ville vers le tourisme culinaire avec une mise en avant de la gastronomie et la construction de halles autour de produits locaux.
Une ville côtière face au changement climatique
L’environnement est une question prégnante des années à venir sur ces communes littorales. Pour la candidate Nadine Pons « Il faut vraiment faire un effort sur la plantation des arbres, et par rapport à l’eau. Cela fait des années qu’il aurait fallu végétaliser les cours d’école. » Nadine Pons mentionne des touristes toujours plus sensibles à l’environnement. « Ce qui ressort toujours c’est cette histoire de bétonnage de Canet. »
Du côté du maire sortant, le verdissement ne se fera pas au cœur de la commune, mais autour.
« Il ne faut pas avoir cette idée de dire qu’on va faire un grand parc central au milieu de la ville, ça n’existera pas. On a choisi l’option de faire une ceinture verte. »
Il s’agira entre autres d’une liaison paysagère entre Canet-en-Roussillon et Torreilles. Stéphane Loda souligne aussi des économies d’eau malgré les nouveaux logements, avec de la pédagogie et de la réutilisation, ainsi qu’une petite unité de dessalinisation en secours. Il envisage enfin de tirer un tuyau pour irriguer le plateau viticole, voire alimenter l’étang.
Enfin, s’agissant de l’érosion des plages, Stéphane Loda assure que la recharge naturelle en sable a repris depuis la tempête Gloria, qui a changé la configuration des lieux. Les inquiétudes sur le trait de côte ou la montée des eaux ne joueraient pas sur l’attractivité. « Quand les gens ont envie d’habiter quelque part, ils y habiteront. Limiter la migration vers le littoral et inciter à aller vers le rural, je n’y crois pas du tout. Le phénomène de vouloir habiter au bord de la mer est mondial. »
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