Article mis à jour le 22 janvier 2026 à 08:48
Le Parti communiste (PCF) joue son ancrage local les 15 et 22 mars prochain. Les élections municipales rebattent les cartes dans des communes parfois acquises depuis des décennies. À Cabestany et Alénya, les affrontements se dessinent déjà face à des listes poussées par la droite et l’extrême droite. À Elne, les positions réactionnaires investissent des listes sans étiquette.
Dans les locaux du PCF, si on assure que les bastions communistes sont solides sur leurs appuis, on craint l’effet domino en cas de défaite aux municipales. « La perte de mairies communistes aura un incident », reconnaît Michel Coronas, chargé de la campagne pour l’élection dans les Pyrénées-Orientales. Par ricochet, on craint aussi de perdre les places au sein des intercommunalités et des instances, notamment départementales. « Dès lors où vous confortez des positions dans des collectivités locales, bien évidemment que vous êtes en meilleure position pour les autres scrutins. » Pour assurer ses sièges, le PCF des Pyrénées-Orientales mise sur trois bastions locaux : Cabestany, ville communiste depuis 1977, aujourd’hui administrée par Edith Pugnet, Elne et son maire actuel Nicolas Garcia, et enfin Alénya, avec à sa tête Jean-André Magdalou.
Cabestany : une droite divisée et un faux départ pour le RN
À chaque commune sa stratégie; le Rassemblement national a rapidement investi la campagne à Cabestany, érigée en « priorité absolue » selon le porte-parole du parti. « C’est une ville de la communauté d’agglomération de Perpignan Méditerranée Métropole (PMM), tenue par la majorité socialo-communiste et communo-socialiste qui gère le Département et la Région », détaille Frédéric Gourier, responsable départementale du RN, en conférence de presse. Pour rappel, sur les 88 conseillers communautaires de PMM, 3 sont élus à Cabestany. Un point stratégique pour le parti d’extrême droite qui brigue la présidence.
Dès 2024, c’est donc Jean-Pierre Brazes qui a été investi par le Rassemblement national et l’UDR, parti d’Eric Ciotti, pour faire face à la maire sortante Edith Pugnet. Mais, retournement de situation, les partis se sont désolidarisés au début du mois de janvier. Jean-Pierre Brazes est accusé d’irrégularités administratives et de connivence avec des positions « radicales ». Outre des personnes ouvertement encartées au sein du parti Reconquête, la venue d’Yvan Benedetti, militant d’ultradroite à la tête des Nationalistes, à la dépendance électorale de Jean-Pierre Brazes, a acté la rupture. Ce dernier, ainsi qu’Yvan Benedetti, nient cette rencontre.
Le RN fait le ménage pour afficher probité et transparence face à Edith Pugnet
Le RN a toutefois décidé d’engager en urgence sa propre liste à deux mois du scrutin. Olivier Mas-Boubay, ancien fonctionnaire territorial, en a pris la tête, mettant en avant sa volonté de probité et de transparence. Une droite divisée donc face à la maire communiste sortante. Dans un communiqué, Jean-Pierre Brazes condamne la stratégie :
« Le RN et l’UDR porteront la responsabilité de l’échec de la droite à Cabestany si Edith Pugnet remporte l’élection. »
Dans la foulée de l’ancien maire Jean Vila, la liste communiste « La passion de Cabestany » compte quant à elle mettre en avant son bilan. « À Cabestany, on ne fait pas campagne contre, on fait campagne pour une gestion dans la continuité des dernières années », explique Michel Coronas. Avec une difficulté peut-être : le Parti communiste a remporté les dernières municipales derrière le nom de Jean Vila. Le transfert de mandat s’est fait a posteriori vers Edith Pugnet. Mais pour Michel Coronas, « il n’y a pas de problème de légitimité. Édith Pugnet est élue. C’est prévu par la loi et tout à fait légitime. »
Le RN place ses candidats dans les mairies communistes
Autre théâtre d’affrontement entre communistes et partis de droite et d’extrême droite : Alénya. Face au maire sortant Jean-André Magdalou et sa liste « Avec vous Alénya 2026 » : Guillaume Richer, investi par le Rassemblement national et l’UDR. Avec une campagne centrée sur la lutte contre la délinquance et la mise en place de vidéosurveillance, il semble avoir déjà fait des thèmes du parti d’extrême droite une priorité.
Le « sans étiquette » en vogue à Elne : face au PCF, Steve Fortel veut faire oublier ses positions radicales
À Elne, en revanche, la manœuvre est différente. Les piliers communistes paraissent plus ébranlés. « C’est une réalité sociale différente avec plus de conservatisme. La population est également plus touchée par la précarité », reconnaît Michel Coronas. Si le Rassemblement national ne s’est pour le moment pas positionné, la liste du maire sortant Nicolas Garcia fait face à plusieurs listes aux tendances réactionnaires. Parmi elles, « Elne au cœur », menée par Steve Fortel. À noter que des proches du maire Rassemblement national de Perpignan, Louis Aliot, étaient présents à l’inauguration de sa dépendance de campagne. Si le candidat met en avant une liste « sans étiquette politique », il est lui-même ancien membre du Parti nationaliste français. Le média Blast révélait il y a quelques mois son parcours au sein de l’ultradroite française et sa proximité avec Yvan Benedetti, dont le nom se glisse à nouveau dans une campagne locale.
Aujourd’hui, Steve Fortel met en avant une position « apolitique » et une équipe « fondée sur le rassemblement de femmes et d’hommes aux parcours et sensibilités diverses, unis uniquement par leur attachement à Elne et leur volonté d’agir concrètement pour la commune ». Pour Michel Coronas, cette stratégie de liste apartisane est de plus en plus fréquente.
« On observe une multiplication de listes ‘apolitiques’. Cela escamote le débat citoyen. Comment peut-on être apolitique et porter un certain nombre de projets ? En outre, les maires élisent les sénateurs. Quand on analyse, on voit que ces listes sont menées par des proches des partis de droite traditionnelle. »
Autre candidature face à Nicolas Garcia : Marie-Ange Izquierdo à la tête de la liste « Elne Autrement », elle aussi sans étiquette. Dernière actualité en date, une publication marquant une volonté de « briser le tabou » autour du Bocal-du-Tech. La plage, connue comme lieu de rencontre gay, est qualifiée de site de « libertinage à ciel ouvert ». La candidate distingue une « homosexualité respectable » d’une « minorité dévalorisante, qui ‘drague’ ouvertement, qui pratique l’exhibitionnisme et la prostitution ». Nicolas Garcia condamne des propos « homophobes », Steve Fortel un texte « manifestement maladroit, mal formulé et objectivement problématique ». Enfin, quatrième candidate à Elne, Christelle Jimenez, ancienne élue de la majorité, mènera la liste « Elne pour tous ».
Pour le Parti communiste, la bataille idéologique se gagnera par un engagement social
Alors, quelle politique communiste face à ces candidats qui émergent ? Et que faire des résultats aux législatives de 2024 où le Rassemblement national arrive en tête dès le premier tour à Cabestany comme à Elne et Alénya ? « Il n’y a pas forcément de superpositions d’une élection à l’autre, explique Michel Coronas. À l’échelle locale, on reconnaît l’efficacité d’un bilan communiste. » Le parti veut miser sur une gestion sociale qui priorise sur l’accès aux services publics pour tous. « Il y a des maires communistes plutôt que des mairies communistes. Les équipes sont souvent plus larges et réunies par des idées progressistes. » Une bataille idéologique déjà bien entamée dans les bastions communistes des Pyrénées-Orientales, où les étiquettes, bien que discrètes, ressurgissent à la première polémique.
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