Aller au contenu

Municipales à Prades : des élections dans l’ombre de Jean Castex

Article mis à jour le 22 janvier 2026 à 08:59

Pas moins de quatre listes sont en lice pour les élections municipales à Prades. Et qu’elles y tiennent ou non, le scrutin s’inscrit encore et toujours dans les échos de la figure nationale de Jean Castex, ancien maire de Prades et ancien premier ministre, aujourd’hui à la tête de la SNCF.

La ville sortira-t-elle ou non de cette paternité ? Peu après son élection en 2020, où il avait obtenu plus de 75 % des voix, Jean Castex avait adoubé en cours de mandat son successeur Yves Delcor. L’édile avait en effet quitté l’échelon local pour prendre la tête du gouvernement. Mais en 2026, Yves Delcor ne se représente pas, provoquant de fait un appel d’air. Jean Castex soutient désormais officiellement la deuxième génération de ses « enfants » en la personne de Julien Audier-Soria, jeune avocat de 34 ans et conseiller municipal à Villefranche-de-Conflent.

Jean Castex adoube un « héritier » de seconde génération

Ce dernier considère le soutien de Jean Castex comme important. « D’abord parce que les habitantes et les habitants de Prades sont encore extrêmement attachés à la personne du maire qu’il a été. C’est viscéral. » Il évoque également la stature nationale.

« Il avait une empreinte forte, j’ai toujours regardé ça d’un œil un peu admiratif. C’est un soutien qui m’honore. Le fait d’être adoubé, je prends ça comme un héritage. »

Julien Audier-Soria assure se présenter sans étiquette et non encarté. Il entend exister par lui-même. Sur ses axes forts, il met en avant la sécurité. Il reconnait que la délinquance n’est pas exacerbée mais déplore « une présence de populations en situation d’errance sur le centre-ville. » Il envisage de développer davantage la vidéo surveillance ou encore de bâtir un « conseil local de surveillance et de prévention de la délinquance (CLSPD). »

Comme ses concurrents, il mentionne un travail sur le centre-ville et évoque un espace dédié aux jeunes, ou encore la création d’une salle de spectacle. Enfin sur l’urbanisme, Julien Audier-Soria se positionne pour un agrandissement de la ville. « On doit opérer une campagne de libération du foncier », prône-t-il, évoquant le captage d’espaces par le droit de préemption et la mise à disposition de terrains pour des entreprises.

Deux listes proches de la gauche veulent se détacher de la figure nationale

Face à lui, deux autres listes, quoi que sans étiquette, sont plus marquées à gauche, mais elles n’ont pas trouvé pour le moment de chemin pour s’unir. Ainsi Aude Vivès, vice-présidente du Conseil départemental en charge du tourisme et habitante de Prades, se lance dans la course. Elle est déjà dans l’opposition, car elle figurait dans la liste de l’écologiste Nicolas Berjoan en 2020. Pour elle, la figure de Jean Castex commence à s’éloigner des enjeux locaux.

« Il est peut-être temps que ça s’arrête. Lui même a tourné la page, il est parti en 2020, il est aujourd’hui président de la SNCF. C’est très bien pour lui mais pour Prades, je crois que ça n’a strictement rien à voir, on est capables de regarder devant plutôt que derrière. Je ne crois pas qu’il y ait une espèce de transmission, d’héritage. »

Sur les projets, Aude Vivès évoque une construction citoyenne basé sur des rencontres avec les habitants. « Le principal axe c’est la revitalisation de Prades. » Elle parle d’un centre-ville à réinvestir, entre autres par des animations, et un lien fort avec la sécurité. « Le centre est en déclin, ça ne s’est pas arrangé. Je ne me résous pas à me dire que c’est la fatalité de tous les bourg-centres ruraux. » Pour elle, l’image de Prades est à valoriser. « Le Conflent ne se situe pas dans les montagnes, à 1000 mètres avec de la neige. C’est à une demi-heure de Perpignan. » Pour la candidate, il est nécessaire de créer du stationnement et de repenser la circulation.

De son côté, David Berrué, militant écologiste, se lance aussi dans la bataille. Ancien candidat aux législatives dans le cadre du Nouveau Front Populaire (NFP), il ne croit pas non plus à l’aura éternelle de l’ancien premier ministre d’Emmanuel Macron.

« La figure de Jean Castex est évoquée avec sympathie, parce que c’est toujours valorisant de savoir que quelqu’un qui vient de chez nous a eu de la notoriété. Néanmoins, je ne suis pas sûr que ce soit une adhésion à son action politique à Prades. »

David Berrué fustige ainsi un homme qui « a quand même bossé pour Nicolas Sarkozy, puis pour Emmanuel Macron ».

Le candidat entend porter l’image de l’union. « Nous assumons l’union de la gauche et des écologistes », plaide-t-il. Pour David Berrué, l’une des grandes difficultés de Prades réside dans une action qui a privilégié la zone d’activité de Gibraltar avec les grandes surfaces, au détriment du centre-ville.

En termes d’écologie, il rêve d’un plan vélo qui ne se contente pas d’une passerelle vers cette zone. Il insiste aussi sur une nécessaire végétalisation de la commune pour apporter de l’ombre. Tout comme il espère expérimenter et développer la piétonisation, autour d’une cartographie à développer. « On ne va pas arriver avec de grosses pattes d’écologistes qui veulent tout bannir. Ce qui est important c’est la méthode : arriver à un consensus pour telle ou telle rue. »

L’alliance impossible à deux mois du scrutin ?

Alors que le chrono tourne à l’approche du scrutin, une question demeure. Une union est-elle possible entre Aude Vivès et David Berrué ? Le militant écologiste affirme que dans son camp « nous sommes ouverts à la discussion pour faire cause commune. Il y a eu une rencontre avec Aude, très cordiale, qui pour l’instant n’a pas abouti. »

De son côté, Aude Vivès confirme l’impasse actuelle. « L’union ça ne se décrète pas » commente-t-elle, se disant néanmoins ouverte à la discussion sur le sujet. « Je ne ferme jamais rien. Mais je ne veux pas avoir d’injonction de qui que ce soit. On est suffisamment grands à Prades pour définir notre destin. »

L’extrême droite en embuscade à Prades

Enfin, le dernier candidat, Gabriel Manas, se réclame de l’union des droites mais se positionne sans étiquette. Il est pourtant actuellement soutenu par l’UDR et Eric Ciotti, avec lequel il pose en photo ; indique avoir demandé son adhésion au Rassemblement National ; et revendique vouloir réunir des « patriotes » de tous bords jusqu’à ceux issus du parti Reconquête d’Eric Zemmour.

« Il n’y a pas de soutien du RN de manière officielle. » explique-t-il. « Certains LR me soutiennent, même si la ligne politique des LR au département est plutôt pour soutenir la marionnette de Castex. »

En évoquant le nom de l’ancien premier ministre, il ne se montre pas tendre. D’après lui, Jean Castex a été « un très bon premier adjoint, mais pas du tout un bon maire ». Il pointe notamment « un manque d’autorité », une méthode « trop laxiste ».

Gabriel Manas entend lutter contre « l’état déclinant de la ville : on traite Prades de ville fantôme, ville morte », regrette-t-il. Il mentionne également « un problème de sécurité de plus en plus prononcé », avec une « présence qui gêne non seulement certaines Pradéennes et Pradéens mais également des touristes qui pourraient venir en nombre plus important ». Le candidat poursuit avec des propos ciblant une population, assumant vouloir « lutter contre ces personnes qui ont décidé d’occuper un espace public et de le privatiser. Si vous ne donnez pas une cigarette ou un euro, ils vous agressent ». Opposant les habitants, le candidat souhaite rendre l’espace public « aux personnes qui paient des impôts, qui sont honnêtes, qui travaillent ou qui ont une bonne retraite » (sic).

Ancien responsable d’une société de commercialisation de biens commerciaux, il assure avoir l’habitude du management. « Je n’ai pas de difficulté à pouvoir gérer un budget et une équipe municipale. »

L’intercommunalité, future prise de guerre du vainqueur ?

Depuis 2020, c’est le maire d’Olette Jean-Louis Jallat qui dirige la communauté de communes Conflent Canigó, le maire actuel de Prades n’ayant pas candidaté. Une situation qui pourrait basculer lors du scrutin, le mécanisme du nombre de voix permettant généralement au maire de la plus grande ville de l’emporter. Pour Aude Vivès, « c’est impératif que le ou la maire de Prades soit également président de la communauté de communes » afin construire un projet de territoire. Un enjeu discret de la campagne, mais essentiel en termes de conséquences.

Participez au choix des thèmes sur Made In Perpignan

Envie de lire d'autres articles de ce genre ?

Comme vous avez apprécié cet article ...

Partagez le avec vos connaissances