A 88 ans, le socialiste René Olive renonce à briguer un 7ème mandat à la mairie de Thuir. Son premier adjoint est candidat pour lui succéder. Face à lui, une liste sans étiquette et une autre portée par le Rassemblement national.
Bastion de gauche depuis près de 40 ans, Thuir se trouve à la croisée des chemins. Les indicateurs socio-économiques (Insee) sont plutôt bons et la commune s’en sort bien par rapport à l’ensemble du département des Pyrénées-Orientales. Thuir connaît une croissance démographique régulière, le revenu par habitant y est supérieur à la moyenne départementale et le taux de pauvreté comme le taux de chômage y sont nettement inférieurs. Dans une ville saluée pour son dynamisme, la position des candidats est donc délicate : capitaliser sur le bilan de René Olive tout en promettant du changement.
Le bilan de René Olive : héritage ou fardeau ?
Stéphane Mestres, actuel premier adjoint de René Olive, entend porter l’héritage tout en ouvrant de nouveaux horizons. Celui qui est aussi professeur de sciences économiques et sociales au lycée Arago de Perpignan, entend prendre le relais et s’inscrire dans le sillage du maire sortant.
« Quand on a des finances aussi saines que les nôtres et que l’on a des infrastructures aussi variées, aussi utiles aux Thuirinois, ça ne peut pas être une difficulté ».
Pour lui, l’héritage Olive n’est donc pas un poids politique mais plutôt un socle de continuité et un « atout ». Stéphane Mestres marque toutefois sa différence : « il n’est pas question d’imiter qui que ce soit », revendique-t-il. Le candidat affiche ainsi, en creux, une volonté de rupture dans la méthode de gouvernance. L’actuel premier adjoint prône davantage de collégialité dans la gestion municipale : « Il faut pouvoir adopter une forme de verticalité au moment de trancher. Mais pour élaborer les projets, il nous faut travailler de façon horizontale avec des dialogues permanents dans l’équipe ».
En coulisses, certains regrettent toutefois le rôle joué par le maire sortant. René Olive aurait parfois du mal à passer la main. « Le maire, qui ne se représente pas, a vraiment du mal à accepter d’être rattrapé par l’âge, explique-t-on au sein de la mairie. Il a l’habitude de décider de tout, tout seul et fait comme s’il avait encore dix ans devant lui».
Malgré quelques frictions, Stéphane Mestres a néanmoins pu constituer une liste « renouvelée pour moitié ». L’objectif affiché : « élaborer des projets pour projeter la commune à 10 ans, tout en se focalisant sur la vie quotidienne des habitants. Regarder devant ne peut se faire qu’avec des idées nouvelles. Une ville ne peut rester statique ».
Volonté de donner un « nouveau souffle »
En face, Alain Torreilles, assureur à Thuir, est à la tête de la liste sans étiquette « Cœur de Thuir ». Son slogan est clair et promet « un souffle nouveau ». Lors du débat organisé par nos confrères de L’Indépendant, il a déclaré qu’il « respecte profondément ce qui a été fait par le maire sortant ». « Thuir est une belle ville, attrayante et je ne suis pas là pour critiquer », a-t-il dit. Alain Torreilles estime en revanche qu’il est temps, après 37 ans de René Olive au pouvoir, de « donner une nouvelle image de la commune, avec de nouvelles personnalités, de nouvelles idées et un nouvel élan ».
Le RN en embuscade
Laura Chrétien, tête de liste « Thuir l’avenir en grand » et soutenue par le Rassemblement national, a tranché avec les éloges. « Il faut sortir de cette vision idyllique de la commune de Thuir et j’invite à regarder la réalité du terrain », a-t-elle déclaré lors du même débat. Avant de pointer « le manque d’écoute et de transparence » de l’équipe sortante.
Également suppléante de la députée RN, Michèle Martinez, Laura Chrétien s’appuie sur les résultats aux élections législatives pour affirmer que la ville affiche « un réel besoin de changement ». Lors des législatives de 2024, les Thuirinois avaient largement porté en tête Michèle Martinez avec 44% des suffrages au premier tour, puis 53% au second.
A Thuir, certains s’étonnent des méthodes du RN pour capitaliser sur les scores de 2024. Au lieu d’investir quelqu’un du cru, le parti a en effet « parachuté » la suppléante de Michèle Martinez. D’après les informations de Made in Perpignan, la candidate ne s’est installée sur la commune qu’à l’été 2025. Contactées, ni Laura Chrétien, ni Michèle Martinez n’ont souhaité répondre à nos questions, fidèles à la stratégie du RN dans les Pyrénées-Orientales, qui consiste à éviter les médias au profit des réseaux sociaux, où la contradiction est plus facile à esquiver.
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