Article mis à jour le 1 janvier 2026 à 12:06
Du 25 au 27 décembre 2025, plus de 100 mm de pluie sont tombés sur la plaine du Roussillon. Il n’était pas tombé autant d’eau en si peu de temps depuis plusieurs années, marquées par la sécheresse. Dans un contexte de déficit et de crises à répétition, à quel point cette manne nous offre-t-elle un répit ?
« La réaction des nappes phréatiques a été assez rapide, et elle est encore en cours » se réjouit Hichem Tachrift, directeur du Syndicat des Nappes de la Plaine du Roussillon. « C’est un évènement salvateur. » Nous sommes loin d’avoir pris de l’avance, mais les volumes ont rattrapé notre retard. « C’est déjà très bien » assure le directeur. « Sans les nappes de la plaine du Roussillon, le territoire serait vraiment en danger, car les cours d’eau sont relativement petits. »
Une charge à retardement
Même les nappes profondes, celles dites du Pliocène, ont vu leurs niveaux remonter. C’est particulièrement le cas pour celles de la vallée de l’Agly, grâce à la pression du karst, les eaux souterraines des Corbières. Ce n’est pas que l’eau du karst descend nécessairement jusqu’à la nappe, mais elle appuie sur des terrains où l’eau était emprisonnée. « Le karst influence beaucoup le Pliocène. » Au point qu’on sort du niveau de crise sur la vallée et qu’on devrait en sortir dans les prochains jours côté Salanque. Sur le Vallespir, ce sont les nappes quaternaires, plus superficielles, qui sont remontées, et on attend une réaction prochaine des nappes profondes. La vallée de la Têt retrouve aussi des niveaux conformes aux années normales.
Le secteur qui reste en difficulté, car il souffrait des niveaux les plus bas jamais enregistrés, est celui des Aspres et du Réart. « C’est le plus problématique. Ce secteur met du temps à réagir, en général plusieurs semaines. Pour l’instant, on observe une réaction sur la partie amont, du côté de Terrats. C’est plutôt de bon augure. »
L’ensemble des conséquences des pluies au niveau souterrain devrait en effet s’étaler sur des semaines, voire des mois.
Selon Hichem Tachrift, le répit donné par ces pluies devrait courir jusqu’au mois de juin environ. L’été sera en revanche une période clé. « Si on a une année normale, ça se passera bien. Si par contre il ne pleut plus une goutte d’ici l’été, on aura du mal. »
Les nappes pourraient être nos mégabassines insoupçonnées
En attendant, le Syndicat des nappes continue des expérimentations. « Nous militons pour un stockage souterrain ». L’idée serait d’injecter volontairement de l’eau dans ces nappes pour mieux les recharger. « Cela nous paraît le plus pertinent dans la mesure où il n’y a pas besoin de foncier, il n’y a pas d’impact, pas d’entretien. » Certains territoires ont opté pour de vraies infrastructures, semblables à des puits d’injection, mais qu’il faut entretenir à cause du colmatage. Le procédé serait différent en Roussillon. Il s’agirait de repérer des points où l’eau s’infiltre plus rapidement de manière naturelle, et d’y diriger des lâchers. Des repérages ont ainsi été faits du côté de Saint-Génis-des-Fontaines et de Palau-del-Vidre pour la vallée du Tech, et du côté de Bouleternère pour la vallée de la Têt. « On mesure ce qu’on injecte et on fait un suivi de la nappe, pour définir un protocole. »
Pourquoi le barrage de Vinça reste vide après les pluies ?
Sur les réseaux sociaux, bien des commentaires ont circulé suite au constat d’un niveau très bas dans la retenue de Vinça, juste après l’épisode torrentiel. Beaucoup déploraient le fait qu’on ne conserve pas cette eau si précieuse. La situation est en réalité parfaitement normale, comme l’a expliqué l’association Energ’éthiques 66. Le barrage de Vinça a une fonction d’écrêtement des crues en automne. Il commence à se vider à la fin de l’été pour être au plus bas sur les trois derniers mois de l’année. Toute l’eau n’est pas perdue en réalité, puisqu’elle arrive en partie au lac de Villeneuve-de-la-Raho. Ce niveau bas permet d’absorber une éventuelle crue centennale, plus probable à cette période, et d’épargner alors les villages en aval. Si le barrage de Vinça était plein à ce moment, une montée des eaux provoquerait des inondations. À partir du 1er janvier, il sera rempli progressivement jusqu’à l’été, en comptant sur la fonte des neiges et les pluies de printemps. En été, ce stock d’eau servira à soutenir le débit de la rivière, comme le fait le barrage des Bouillouses pour la partie amont.
Comprendre ces histoires de millimètres de pluie
Un millimètre de pluie représente un litre d’eau sur un mètre carré. C’est comme si vous posiez une bouteille sur chaque grande dalle d’une terrasse. 100 millimètres, c’est donc 100 bouteilles par dalle, ça commence à compter ! S’il n’est pas mentionné que ce sont des millimètres par heure, il s’agit d’un volume moyen cumulé sur l’ensemble de l’épisode pluvieux. Mais il peut y avoir des pics horaires, par endroits, de plusieurs dizaines de millimètres.
- Nappes qui remontent, barrage vide : où est passée l’eau des dernières pluies dans les Pyrénées-Orientales ? - 1 janvier 2026
- Faut-il passer à la voiture électrique ? Le jeu des mille bornes dans les Pyrénées-Orientales - 28 décembre 2025
- Quelles sorties gratuites pour les fêtes ? Les plus beaux marchés et animations dans les Pyrénées-Orientales - 23 décembre 2025
