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Nappes phréatiques après les pluies : pourquoi les Aspres ne sortent pas de la crise

Article mis à jour le 18 mars 2026 à 09:06

Ce jeudi 12 mars 2026, le syndicat des nappes de la plaine du Roussillon a publié son dernier bulletin de situation. Après les dernières pluies, la quasi-totalité des niveaux sont revenus à des niveaux normaux ou de simple vigilance. Mais quelques bassins de vie ne parviennent pas à retrouver un volume d’eau convenable. Le secteur des Aspres reste dans une crise grave.

La carte est éloquente. Les trois vallées sont sorties d’affaire avec des niveaux à la normale, de même que la bordure côtière sud. La côte bordure nord, entre Claira et Le Barcarès, est remontée à la simple vigilance à l’exception de deux forages qui ne sont pas les plus significatifs.

Cinq secteurs sur six ont vu les nappes souterraines largement rechargées

« Entre fin décembre et fin janvier, plus de 500 mm de pluie sont tombés sur la plaine » rappelle Hichem Tachrift, directeur du Syndicat des nappes de la plaine du Roussillon.

« C’est quasiment une année moyenne de pluie. Et début mars, entre 50 et 100 mm sont tombés. Les sols sont gorgés d’eau, le transfert vers les nappes se fait vite. » De quoi envisager un été relativement serein et sans distribution de packs d’eau sur des communes.

Reste la question des Aspres. Malgré de faibles signes de recharge, les courbes montrent un niveau des nappes bien plus bas que la ligne de crise. Rien de conjoncturel sur cette zone de collines et de plateaux entre deux vallées. « C’est un secteur structurellement déficitaire. » Il n’y existe pas de nappes superficielles, seulement des réserves profondes.

Carte de situation au 12 mars 2026 © Syndicat des nappes de la plaine du Roussillon

Pour sortir de la crise, il faudrait au moins l’équivalent en pluie de deux ou trois tempêtes Gloria. Depuis les années 1990, les niveaux du secteur de Terrats ont perdu plus de 10 mètres. Selon Hichem Tachrift, il n’y a une cause principale. « Depuis trente ans, il y a trop de prélèvements par rapport à la recharge. »

L’époque où l’on se baignait dans le Réart et la Canterrane

Difficile en effet d’imaginer un passé bien plus humide sur cette zone toujours plus aride. « Nous avons des témoignages de gens qui, jusqu’au milieu des années 1990, se baignaient en été dans le Réart et la Canterrane ». Un ruisseau venu du karst de Saint-Colombe-de-la-Commanderie appartient lui aussi aux souvenirs des anciens. Des cours d’eau actuellement en charge après les pluies, mais le plus souvent tellement à sec qu’on y randonne.

Avec la sharka des années 2000 (maladie dévastatrice sur les prunus), les vergers abattus ailleurs ont été replantés dans les Aspres, qui jusque-là ne connaissaient que de la vigne moins exigeante en eau.

« Un pêcher consomme beaucoup plus que la vigne. Et c’est un secteur où les forages ne sont pas encore régularisés. »

En effet, la campagne de régularisation qui permettra de mieux calculer les volumes prélevables a commencé dans des secteurs plus « faciles » comme le Tech, et n’interviendra qu’à partir de 2027 dans les Aspres.

Quelles solutions face à la crise ? Il y a bien le projet de retenue des Aspres qui se peaufine, mais selon le président du syndicat, il s’agirait surtout d’irriguer ce qui ne l’était pas. Par conséquent, cela ne diminuerait pas beaucoup les prélèvements. Une autre idée serait de tirer un tuyau depuis la retenue Villeneuve-de-la-Raho, directement dédié à l’irrigation. On peut aussi imaginer un décrochage du projet de conduite qui reliera le barrage de Vinça à Villeneuve-de-la-Raho. Rien de déterminé à ce jour.

La quasi-disparition des forages artésiens, devenus des pompes

De manière générale, malgré une situation plus favorable qu’il y a deux ans, notre plaine reste sous le signe d’une raréfaction de ressource. L’un des symptômes les plus évidents est la fin des puits artésiens. Il s’agit des nombreux forages côtiers dont l’eau jaillissait toute seule car la nappe était si chargée qu’elle en était sous pression. Ce sont eux qui imprimaient dans l’inconscient collectif l’idée que notre territoire ne manquerait jamais d’eau. Il ne reste qu’une poignée de ces puits. « Il y a une tendance à la disparition de l’artésianisme. »

A la place, des forages plus profonds et surtout assortis de pompes, pour siroter ce qu’on peut de réserves bien plus fragiles. Une question toujours délicate malgré les campagnes de régularisation qui tentent d’y mettre de l’ordre et des compteurs de volume.

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