Article mis à jour le 13 octobre 2026 à 07:32
Après le site Visi’eau qui manquait de clarté, le syndicat des nappes de la plaine du Roussillon a lancé ce mois d’octobre 2026 la plateforme Odaqui, avec de nouveaux indicateurs. Ce site explicite l’évolution de notre eau potable par secteur. Sur certaines communes, jamais l’effondrement structurel de la ressource n’a été aussi limpide.
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On est parfois mieux servi par soi-même. Le syndicat des nappes met fin à la sous-traitance du site Visi’eau, qui faisait l’objet d’une convention sur trois ans à plus de 100 000 euros. Grégoire Nadal, hydrogéologue et informaticien à ses heures, a donc créé Odaqui en interne, plus efficace et bien moins cher. « Nous nous sommes rendu compte qu’à partir d’outils uniquement open source, donc gratuits, on pouvait bâtir quelque chose de plus performant » explique Hichem Tachrift, directeur du syndicat. Mieux encore, la carte est désormais étendue à tout le département, et plus seulement à la plaine. L’intelligence artificielle a été utilisée pour le codage de la plateforme.
D’un département d’eau à des crises structurelles
Les résultats sont saisissants. Niveau des nappes mis à jour mensuellement, niveau des barrages, des cours d’eau, restrictions en cours… Non seulement la carte pointe les situations de crise, mais aussi l’évolution du niveau depuis les années 1990, voire les années 1970 pour certains forages historiques. Il est toujours impressionnant de voir à quel point les Pyrénées-Orientales ont été un département riche en eau il y a quelques décennies. En 30 ans, le débit moyen des cours d’eau a chuté de près de 20 %. Un lent déclin mais une prise de conscience tardive. Des années pendant lesquelles l’étalement urbain n’a guère connu de frein. Payons-nous aujourd’hui le prix de l’inaction ?

Les nappes il y a un demi-siècle présentaient des volumes très supérieurs aux moyennes actuelles. Dans les Aspres, le niveau culminait loin au-dessus de tous les seuils d’alerte et de vigilance. Sur ce territoire, la ressource est tombée tellement bas sous le seuil de crise, le plus alarmant, que même avec les récentes pluies elle n’y revient pas. « Sur ce secteur on a des prélèvements trop importants par rapport à la recharge. Dans les Aspres, structurellement, on a un problème. Même si on a une année humide après une ou deux années sèches il reste ce déficit. »
La carte Odaqui présente aussi l’humidité des sols. Si l’on observe les données mises à jour le 10 octobre 2026, le département est littéralement coupé en deux. De la côte jusqu’à Thuir, toute la moitié Est est dans le bleu. En revanche le reste du département, dès qu’on prend de l’altitude, présente des sols trop secs par rapport à la normale, en particulier dans le Conflent.

Le tabou si politique des prélèvements
Ce qu’a mis en évidence la sécheresse de 2023, c’est à quel point nous ignorons tout de nos propres prélèvements. « C’est notre plus gros verrou actuellement » reconnaît Hichem Tachrift. « Si on estime ce qui rentre mais qu’on ne sait pas ce qui sort, c’est compliqué. » Cette connaissance a pourtant un impact évident sur l’urbanisme et tous les projets d’aménagement consommateurs d’eau. Elle se révèle également majeure pour gérer une crise.
Le volet prélèvement existe bien dans Odaqui, mais trop sensible pour être visible par le grand public. Sensible et surtout… incomplet. Selon nos informations, autour de 300 points de prélèvement alimentent les statistiques sur plus d’un millier dans les Pyrénées-Orientales. La plupart des collectivités et syndicats jouent le jeu, mais il reste encore à changer les données annuelles en statistiques mensuelles. Seuls quelques-uns « oublient » complètement de transmettre. Ce fut le cas du maire du Barcarès, Alain Ferrand, pourtant aujourd’hui responsable de l’eau pour la Communauté urbaine. Président du syndicat de production d’eau potable SMIPEP* en Salanque, il avait été mis en demeure par la préfecture car il ne transmettait pas les volumes pompés que centralise l’observatoire national SISPEA**.
Modéliser les eaux souterraines en comptant sur des volontaires
Le syndicat des nappes de la plaine du Roussillon travaille auprès des collectivités pour simplifier les échanges de données. « C’est sur la base du volontariat, on ne peut pas obliger les collectivités à transmettre. » Pour les campings, le syndicat a mis en place un système de QR Code afin d’aider les exploitants à envoyer les chiffres. Plus délicat encore, les forages particuliers et agricoles, qui pour beaucoup échappent à tout contrôle.
Hichem Tachrift souhaite mettre en place une participation citoyenne, en proposant des sondes à des propriétaires ayant un forage. L’idée, qu’il reste à financer, est de quadriller la carte du département toujours plus finement jusqu’à obtenir une modélisation globale des eaux souterraines, à la manière d’une surface topographique.
« Nous avons pour le moment près de 35 points de suivi, mais la plaine fait 900 km2 et il y a deux nappes superposées, donc c’est assez peu. »
A l’avenir, Odaqui devrait encore s’affiner et proposer des indicateurs toujours plus précis. Les études prédictives restent plutôt pessimistes sur la recharge en eau. La clé risque fort de résider dans la sobriété. Difficile sans comprendre au préalable ce que chacun consomme.
*SMIPEP : Syndicat Mixte de Production d’Eau Potable LEUCATE – LE BARCARÈS – SMNPR
**SISPEA : Système d’Information sur les Services Publics d’Eau et d’Assainissement
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