Article mis à jour le 15 janvier 2026 à 11:06
Mis en examen dans l’affaire des assistants parlementaires du FN, le maire RN sortant de Perpignan, Louis Aliot, comparaît ce jeudi 15 janvier devant la cour d’appel de Paris. En première instance, il avait été reconnu coupable de détournement de fonds publics. Parallèlement à son procès, Louis Aliot mène une campagne bien particulière à Perpignan, tout en dirigeant localement son parti d’une main de fer.
Le terrain ? très peu pour lui. Alors que de nombreux maires sortants multiplient les vœux et les galettes des rois en ce mois de janvier, Louis Aliot avance, lui, plutôt en coulisses et sur les réseaux sociaux. Le maire sortant de Perpignan semble miser, à ce stade, sur une campagne minimaliste.
Dans le même temps, son nom est pourtant à la Une de l’actualité nationale. Cette semaine a démarré le procès en appel de l’affaire des assistants parlementaires du Front National FN), devenu Rassemblement National (RN). Celle-ci concerne des soupçons d’emplois fictifs au Parlement européen au profit du parti d’extrême droite. Selon l’enquête, plusieurs assistants rémunérés par le Parlement européen auraient en réalité travaillé pour le FN en France, et non pour les eurodéputés auxquels ils étaient officiellement rattachés. Ce système aurait permis de financer durablement le fonctionnement du parti, avec des fonds publics européens. Le préjudice est estimé à plus de quatre millions d’euros.
Emploi fictif, détournement de fonds publics et inéligibilité
Dans cette affaire, différents responsables du Front National de l’époque, parmi lesquels Marine Le Pen et Louis Aliot, ont été reconnus coupables et condamnés en première instance pour détournement de fonds publics. Pour le maire de Perpignan, la peine requise était de 18 mois de prison, dont 6 fermes sous bracelet électronique, et trois ans d’inéligibilité, assortis de 8 000 euros d’amende.
L’enquête avait en effet montré qu’au lendemain de son élection au Parlement européen, en juillet 2014, Louis Aliot avait embauché Laurent Salles comme assistant et ce jusqu’en février 2015. Or, sur toute cette période, les enquêteurs n’ont retrouvé que huit mails et un seul SMS échangés entre les deux hommes. Le tribunal a donc jugé que les 29 967 euros de rémunération provenant de l’enveloppe des fonds européens avaient permis de payer les salaires de Laurent Salles alors qu’il travaillait en réalité pour le Front national en France et non pour Louis Aliot au Parlement de Bruxelles.
Le maire de Perpignan doit comparaître ce jeudi matin. En début de semaine, son avocate, Me Aurélia Grignon, avait demandé la disjonction du cas de Louis Aliot du reste de la procédure et le renvoi de son procès en appel après les élections municipales. Une demande infondée, selon la partie civile et les avocats généraux. La candidature du prévenu est « un choix libre, effectué en pleine connaissance de cause du calendrier judiciaire », a déclaré l’avocat général, Me Thierry Ramonatxo.
Malgré les succès aux dernières élections, le RN se réfugie dans le silence
En parallèle, une deuxième affaire vient de rattraper l’édile, comme le révélait Made in Perpignan en début de semaine. Louis Aliot est en effet appelé à comparaître, le 9 février prochain, en qualité de complice de diffamation publique à l’encontre de l’avocat du rappeur Nasdas, Ilyacine Maalaoui. Ce dernier avait été assimilé à « un défenseur de Daesh » dans un communiqué de la ville de Perpignan.
Dans ce contexte, le vice-président du RN se fait discret. S’il a réuni quelques fidèles pour manger une part de galette, le 7 janvier, les apparitions du maire sont rares et il ne multiplie pas les prises de parole ni les rendez-vous publics. Ses interventions médiatiques sont également éparses. Tout juste a-t-il répondu au micro d’Ici Roussillon, le 5 janvier dernier. Au cours de l’interview, il a minimisé son rôle dans l’affaire des assistants parlementaires, expliqué qu’il ne serait à Paris qu’une demi-journée et qu’il ferait bien campagne depuis Perpignan.
Mais quelle campagne ? Et avec qui ? A part lui même, personne ne semble pouvoir répondre aux questions. Les cadres locaux du RN semblent portés disparus. Pour cet article, Made in Perpignan a contacté pas moins d’une dizaine d’élus ou de responsables du parti, aucun n’a souhaité répondre. Même la direction nationale a renvoyé vers Louis Aliot pour évoquer le contexte local. Un silence absolu qui interpelle.
Le RN est pourtant sorti grand gagnant des dernières échéances électorales. D’abord lors des élections européennes. Ensuite aux législatives qui ont suivi, puisque le parti a remporté les quatre circonscriptions du département avec les députées Sophie Blanc, Anaïs Sabatini, Sandrine Dogor-Such et Michèle Martinez. Aucune n’a répondu à nos sollicitations. Alors même que certains de leurs proches sont pourtant candidats : Laura Chretien, la suppléante de Michèle Martinez se présente à Thuir ; Julien Potel, assistant parlementaire d’Anaïs Sabatini, à Rivesaltes ; tandis que Paul Miffre, le mari d’Elisabeth Miffre, l’assistante parlementaire de Sandrine Dogor-Such, est lui candidat au Soler.
Entre prudence et méfiance
Seul un ex-proche de Louis Aliot a accepté de s’exprimer sous couvert d’anonymat. Pour lui, ce silence n’est pas surprenant.
« Autour de Louis Aliot, on considère que les journalistes sont tous des gauchistes. Donc ils se méfient. Après, c’est surtout un problème de compétence : au RN, il y a beaucoup de votants mais très peu de cadres ».
Une analyse prolongée par le politologue et sociologue Dominique Sistach, maître de conférences à l’université Via Domitia de Perpignan. « Au Rassemblement national, l’expression est très encadrée. Le parti fonctionne sur une discipline forte, avec une parole tutélaire portée par les leaders nationaux comme Marine Le Pen et Jordan Bardella. Et, localement, par Louis Aliot. Cette verticalité est assumée, mais elle tient aussi à une méfiance acquise avec le temps : le RN a souvent été confronté à des dérapages de candidats ou d’élus, ce qui impose une grande prudence dans la communication ».
Souvent en effet, le RN se voit rattrapé par des candidats épinglés pour leurs propos, relations ou actes sulfureux. C’est d’ailleurs déjà le cas à Cabestany, où le parti a retiré son investiture à Jean-Pierre Brazes en raison de divers manquements. Lors d’une conférence de presse, le RN a invoqué des irrégularités graves, des colistiers ouvertement encartés auprès de Reconquête, mais aussi une rencontre devant témoins de Jean-Pierre Brazes avec Yvan Benedetti, militant d’ultradroite connu et installé depuis plusieurs années dans les Pyrénées-Orientales. « Quand Louis Aliot l’a su, il a fait un bond de deux ou trois mètres », relate Frédéric Gourier, le responsable départemental du parti. Preuve que, même en dehors de Perpignan, Louis Aliot veille comme l’œil de Sauron.
Le flou, en attendant une nationalisation du scrutin
Ailleurs, la stratégie du parti n’est pas toujours très claire. A ce stade, le RN présentera des candidats étiquetés ou soutenus dans dix communes (sur les 226 que compte le département) : Perpignan, Cabestany, Thuir, le Barcarès, Rivesaltes, Saint-Hippolyte, Alenya, Canohès, Espira-de-l’Agly et Le Soler. Des interrogations demeurent dans certaines autres localités, comme à Ille-sur-Têt.
Un flou que Dominique Sistach perçoit comme « quelque chose de curieux, d’étrange, qui peut être perçu par les militants comme presque un vide total, sans direction, sans sens ». Néanmoins, le politologue estime que ce flou se dissipera plus tard. « Une élection locale ne s’attaque qu’entre 45 et 50 jours avant le premier tour. Avant ça, on lance peu de choses pour éviter de mettre des coups d’épée dans l’eau et créer des remous positifs (ou négatifs, d’ailleurs) mais qui n’auraient pas beaucoup d’incidence sur le scrutin ».
Selon lui, le RN va donc émerger plus tardivement et avec l’ambition de « nationaliser le scrutin », en l’amenant sur des « thématiques nationales et nationalistes, comme la sécurité, le narcotrafic et l’immigration ».
Louis Aliot durcit le ton
En attendant, Louis Aliot évite de répondre aux médias, même s’il semble tout lire. Le maire de Perpignan rappelle régulièrement via ses réseaux sociaux qu’il n’aime pas beaucoup ceux qui interrogent sa politique, questionnent ses manoeuvres ou pointent ses défauts.
En témoignent ses diatribes régulières contre la presse, trop critique à son goût. Dans sa newsletter de mars 2024, consacrée à la liberté d’expression, Louis Aliot fustigeait déjà « la caste des journalistes français », « un lieu uniforme, où l’idéologie gauchiste règne en tyran ».
L’Indépendant est ainsi régulièrement qualifié de « journal socialiste ». Et dans un post facebook illustré par intelligence artificielle, toujours en ligne, un journaliste est traité de « sac à vin », « mytho » et « affabulateur ». Louis Aliot semble en revanche apprécier d’autres sites et blogs, qu’il qualifie dans une autre publication de « très prisé(s) ».
La campagne démarre à peine mais les rouages habituels du RN sont déjà tous sur la table.
