Aller au contenu

Cette start-up des Pyrénées-Orientales s’équipe pour mieux révéler les microplastiques : des centaines de particules par litre d’eau potable

06/05/2021, Banyuls-sur-Mer, France, ministre Annick Girardin visite Biodiversarium Plastic Sea © Arnaud Le Vu / MiP

Créée en 2018 et issue de l’Observatoire Océanologique de Banyuls-sur-Mer, la start-up Plastic At Sea s’efforce de quantifier et mesurer la toxicité des plastiques dans l’eau. Il y a quelques mois, elle s’est équipée d’un appareil rare coûtant 300 000 euros, permettant de mieux détecter les particules. Les résultats confirment les craintes. Nous nageons dans le plastique, nous buvons du plastique…

Plastic At Sea propose ses services aux collectivités et entreprises. Elles font appel au laboratoire pour évaluer la toxicité pour l’environnement des microplastiques qu’elles rejettent dans l’eau, et ainsi changer leurs méthodes ou obtenir un label. La toxicité ne vient pas du composé de base du plastique mais des additifs qui donnent couleur, résistance au feu ou encore souplesse.

« Le vert est un des colorants les plus toxiques » remarque Edouard Lavergne, ingénieur de recherche pour la start-up. « Alors que, dans le marketing, dès qu’on veut montrer que quelque chose est écologique on met du vert… »

Le problème reste surtout que la composition est maintenue secrète. Aucune loi n’impose à une entreprise de dévoiler la nature chimique des objets développés. « C’est secret. Il y a des milliers de combinaisons possibles. Souvent, même l’entreprise qui fabrique ne connaît pas la composition chimique globale du plastique acheté pour fabriquer son produit. »

Des microplastiques dans le sang, le lait maternel, le cerveau…

Le laboratoire doit alors faire des tests d’analyse chimique à l’aveugle. Au mieux, il peut tenter de trouver un produit en particulier sur les plus de 5000 additifs existants. Seuls les effets sur des organismes, comme des invertébrés ou des algues, permettent de déduire une toxicité. Pour les effets sur l’homme, les liens avec des maladies ne sont à ce jour que des corrélations sans causalité établie, et les recherches en sont à leurs prémices. Mais il est avéré qu’on trouve des microplastiques dans le sang, le lait maternel, le cerveau, et qu’ils passent la barrière placentaire.

Au-delà de la toxicité, Plastic At Sea s’est équipé de nouvelles méthodes de détection pour quantifier ces plastiques, et semble être aujourd’hui la seule entreprise privée au monde à travailler de la sorte. « Nous avons acheté un appareil appelé un MDIF, qui utilise de la spectroscopie vibrationnelle avec un laser infrarouge à cascade quantique. » Sous ce nom barbare se cache une machine de la taille d’une imprimante et coûtant près de 300 000 euros. Un laser va venir exciter les particules et produire une image infrarouge.

« Tout ce qui apparaît en blanc est du plastique, cela produit une constellation d’étoiles sur l’image. » En fonction de la longueur d’onde, l’appareil peut mesurer la taille et déterminer le type de plastique rencontré. « C’est une technologie récente qui a été fabriquée à la base pour analyser des médicaments. »

Le dispositif a été en partie financé dans le cadre du projet européen « Trap ». C’est un projet « Poctefa* » en lien avec l’université de Barcelone. Jusqu’à 2027, des échantillons seront analysés de la plage de Canet-en-Roussillon jusqu’à Tarragone pour mieux comprendre ces pollutions. La population est invitée à participer à l’expérience et aux ramassages de déchets.

Jusqu’à 400 particules par litre d’eau potable

Mais Plastic At Sea travaille aussi, en France comme l’international, sur les rejets de grands sites, comme l’industrie ou les parcs d’attractions, ou encore sur les fleuves en ayant remonté le Rhône jusqu’au lac Léman. Et bien sûr, sur l’eau potable. Les résultats sont inquiétants. « Il y a des zones de France où l’on retrouve jusqu’à 400 particules de plastique par litre, d’autres une vingtaine seulement. »

L’homme boit littéralement des microplastiques en permanence. Les systèmes de filtration, parfois dédiés au tartre ou à d’autres types de substances, notamment à base de charbon actif, s’avèrent assez efficaces pour retenir ces microplastiques. « Tout ce qui existe sur le marché pour retenir des molécules comme du calcaire fonctionne aussi sur le plastique. »

Pour autant, la progression du plastique inquiète les scientifiques de la start-up. « L’industrie va doubler la production de plastique d’ici 2050 ou 2060. C’est ce qui nous fait peur. On est tous biologistes marins, on est là pour protéger l’environnement. »

Edouard Lavergne évoque notamment les mégots de cigarette, avec des filtres contenant des polymères et qu’on retrouve en grande quantité dans l’environnement, et de leurs effets délétères sur la faune et la flore marine. L’ingénieur mentionne encore les décharges sauvages mais aussi, tout simplement, les fameuses poubelles jaunes qui battent au vent et que personne n’a encore muni d’un simple fermoir pour éviter qu’elles répandent leur contenu sous la tramontane…

Les prestations de Plastic At Sea pour les communes permettent, après les analyses de l’eau, de réorganiser l’emplacement des cendriers et conteneurs publics. « On essaie d’identifier des zones avec les mairies, pour mettre en place des mesures préventives, déplacer des poubelles dans des endroits stratégiques… » La bataille contre les micropollutions ne fait que commencer.

* Poctefa : programme européen de coopération transfrontalière créé pour promouvoir le développement durable du territoire frontalier de l’Espagne, de la France et de l’Andorre.

Participez au choix des thèmes sur Made In Perpignan

Envie de lire d'autres articles de ce genre ?

Comme vous avez apprécié cet article ...

Partagez le avec vos connaissances