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Que nous apprennent les résultats des élections municipales dans les Pyrénées-Orientales ?

Le second tour du scrutin a été marqué par les conquêtes du Rassemblement national, la bascule d’Elne aux mains de la droite radicale ou encore par les défaites de plusieurs maires sortants… Décryptage. 

Les 226 communes du département connaissent leur nouveau maire. Si les élections municipales ont parfois connu des résultats contrastés et des disparités selon les localités, des éléments marquants se distinguent nettement. 

Le RN continue de tisser sa toile  

Les Pyrénées-Orientales (PO) souvent définies comme un territoire entre mer et montagne deviennent aussi, peu à peu, une vitrine du Rassemblement national. Le parti dirigé par Jordan Bardella a en effet multiplié les succès électoraux ces dernières années. Perpignan avait été conquise par Louis Aliot en 2020, ce qui en faisait la première ville française de plus de 100 000 habitants dirigée par le RN. Six ans plus tard, le maire sortant est réélu dès le premier tour et en passe de remporter également la présidence de la communauté urbaine Perpignan Méditerranée Métropole. 

En plus de Perpignan, le RN s’offre des succès importants à Canohès et Rivesaltes. A Canohès, Carla Muti, déjà conseillère départementale, devient (à 28 ans) l’édile de cette commune de 6600 habitants. A Rivesaltes, Julien Potel triomphe lui aussi nettement.

Lors des élections législatives de 2022, les quatre candidates RN avaient déjà remporté les quatre sièges de député des Pyrénées-Orientales. Elles avaient toutes les quatre été réélues en 2024, après la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par Emmanuel Macron au lendemain des élections européennes. Le Rassemblement national entend capitaliser sur ses succès. Et ses prochains défis sont connus : l’élection présidentielle de 2027, puis les élections départementales et régionales de 2028. 

Elne choisit l’ultra droite 

A Elne, le maire sortant Nicolas Garcia, aux manettes de la ville pendant 19 ans, avait décidé de passer la main. Son successeur désigné, André Trives, était opposé au second tour à Marie-Ange Izquierdo (divers centre) et Steve Fortel (extrême droite). Ce dernier, tête de liste de « Elne à coeur » l’a emporté avec 48,12% des voix au second tour. 

Le nouveau maire se distingue par des engagements classés à l’ultra droite. Il a en effet été membre du parti nationaliste français, ouvertement pétainiste. Les membres de ce parti avaient notamment procédé à des collages dans les PO en 2016 appelant à la révolution. Ils avaient aussi affiché des slogans homophobes et anti-migrants. Ces faits, communiqués et largement relayés (notamment via une enquête de Blast), n’ont pas empêché Steve Fortel de connaître une hausse sensible du nombre de suffrages en sa faveur entre le 1er et le 2e tour, passant de 1847 voix à 2464. 

Interrogé par Ici Roussillon en novembre dernier, il avait expliqué : « Il n’y a pas de secret sur mon passé, je n’ai pas honte de ça. J’ai aussi été président d’associations, et toutes les expériences que j’ai eues m’ont fait grandir ». Celui qui appelait dans une vidéo publiée il y a une dizaine d’années à « abattre la République », siègera désormais avec une écharpe tricolore. 

Prades : la sous-préfecture bascule à gauche 

C’était l’un des enjeux scrutés : la ville de Prades allait-elle choisir le successeur désigné de Jean Castex ou se choisir une autre couleur politique ? Aux mains de la droite depuis 2008 et l’élection de celui qui deviendra, en 2020, Premier ministre, la sous-préfecture a choisi d’élire Aude Vivès face à Julien Audier-Soria, successeur désigné de Jean Castex. 

Le scrutin a été particulièrement serré puisque seulement 123 voix séparent les deux candidats (1614 contre 1491). Aude Vivès devra unir une ville divisée. 

Du mouvement à prévoir dans les communautés de communes 

C’est l’autre enjeu de ces élections. En plus de voter pour leurs élus communaux, les électeurs se prononcent pour leurs élus communautaires. Dans le département, on compte 11 communautés de communes et une communauté urbaine. Le résultat des élections pourrait engendrer quelques mouvements importants. 

Tout d’abord, la présidence de Perpignan Méditerranée Métropole (PMM) semble promise à Louis Aliot en lieu et place de Robert Vila. Ensuite, plusieurs intercommunalités ont vu leur président battu ou se retirer lors des élections de 2026. C’est notamment le cas pour : Albères-Côte Vermeille-Illibéris, Conflent-Canigou, Aspres, Agly-Fenouillèdes et Pyrénées-Catalanes. 

Les communautés de communes ont un impact souvent méconnu mais pourtant très direct sur la vie des habitants. Elles regroupent en effet plusieurs communes pour gérer ensemble des services qu’une ville seule aurait du mal à assumer. Leur rôle est très concret : elles s’occupent par exemple du développement économique (zones d’activités, soutien aux entreprises), de la gestion des déchets, de la distribution de l’eau et du traitement des eaux usées… Leur objectif est de permettre la mutualisation des moyens de façon moins coûteuse. 

Femmes maires : une forte progression 

En 2020, 29 femmes maires avaient été élues sur les 226 communes du département. Soit 12,8 % seulement et le pire taux d’Occitanie, loin derrière la moyenne nationale. Après les élections de 2026, elles sont désormais 43 aux commandes d’une municipalité. Cela représente une hausse de 48 % du nombre de femmes maires. En proportion, leur part passe de 12,8 % à près de 19 % des communes. Une progression nette, donc. Mais à y regarder de plus près, le constat reste sans appel : plus de 8 maires sur 10 sont des hommes dans les Pyrénées-Orientales. Autrement dit, malgré l’augmentation du nombre d’édiles féminines, le pouvoir municipal demeure très largement masculin. 

Plusieurs sortants pénalisés 

En Occitanie, les maires sortants avaient 84% de chances d’être réélus, d’après le calcul des chercheurs Nicolas Lebourg, Dominique Sistach et David Giband. Pourtant certains ont perdu avec fracas. Au Boulou, François Comes (par ailleurs vice-président de la communauté de communes du Vallespir) était arrivé dernier du premier tour avant de se retirer à l’aube du second tour. A Millas, Jacques Garsau est également défait (au profit de Joseph Olive). Tout comme Antoine Parra, battu à Argelès-sur-mer par Julie Sanz. Ou encore à Saint Hippolyte où Guillaume Mora devance largement la maire sortante, Madeleine Garcia-Vidal. A noter également qu’à Saleilles, c’est Jordi Delclos qui l’emporte. En battant Fabrice Rallo, fils de l’ancien maire François Rallo (élu depuis 2008), le nouveau maire empêche la continuité de la dynastie Rallo.

L’enjeu méconnu : les élections sénatoriales 

En votant aux municipales, les citoyens influencent indirectement la composition du Sénat. En effet, les conseillers municipaux, ainsi que les maires et adjoints, deviennent en grande majorité des « grands électeurs ». Ces derniers sont chargés d’élire les sénateurs au suffrage universel indirect. Les communes jouent un rôle central puisque leurs représentants constituent environ 95 % des quelque 162 000 grands électeurs qui composent ce collège électoral. Le Sénat est renouvelé par moitié tous les trois ans, afin d’assurer une certaine stabilité. Dans les Pyrénées-Orientales, les sénateurs ont été élus pour la dernière fois en 2023 et leur mandat dure six ans. Les prochaines élections sénatoriales dans le département auront donc lieu en 2029. Alors que de nombreux candidats aux municipales ont fait campagne « sans étiquette », ils devront pourtant bien choisir une couleur politique à ce moment-là.

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Sébastien Leurquin