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Racisme, xénophobie, appels à la haine : À Cabestany, des brebis galeuses sur la liste ex-RN de Jean-Pierre Brazes

Deux colistiers de Jean-Pierre Brazes, candidat à la mairie de Cabestany, multiplient les publications xénophobes sur les réseaux sociaux. Malgré des posts toujours en ligne, la tête de liste nie tout racisme.

Le Rassemblement national a-t-il quitté le navire à temps ? Alors que la liste « Un cap pour Cabestany », menée par Jean-Pierre Brazes, a été désinvestie en janvier dernier par le parti d’extrême droite pour sa proximité avec Reconquête, plusieurs de ses membres sont aujourd’hui épinglés pour leurs propos xénophobes. Made In Perpignan a retrouvé dans les pages Facebook d’Elisabeth Crizaniac et Patrick Delhaye, une série de posts stigmatisants. La cible de prédilection des 18ème et 23ème colistiers de Jean-Pierre Brazès : les personnes musulmanes et immigrées. Elles sont d’ailleurs régulièrement assimilées les unes aux autres dans les publications qu’ils diffusent.

Une dizaine de posts visant les femmes voilées

« Il ne faut pas répartir les migrants, il faut les faire repartir », partage par exemple Patrick Delhaye depuis des pages d’ultra-droite. Il suffit de défiler sur sa page pour lire, en avril 2024, une « adresse aux femmes voilées. En France, les femmes ne se cachent ni les épaules, ni les bras, ni les cheveux, ni le visage, ni les jambes. (…) En France, les femmes n’ont pas besoin de mettre un foulard sur la tête pour faire croire qu’elles sont vertueuses… »

À des dizaines de reprises, le colistier de Jean-Pierre Brazes partage des écrits visant le port du voile. Des montages qui mettent en scène des femmes voilées, devant le Secours catholique, ou devant la Caf. À chaque fois, la même rhétorique dénonce un profit tiré du système de solidarités. D’autres posts opposent des femmes « d’aujourd’hui », voilées, à des femmes « des années 60 », mobilisant le mythe de la femme libérée et blanche. Un montage montre à nouveau une femme voilée face au personnage d’E.T., l’extraterrestre. La créature de pop culture dit que, contrairement à elle, « il a compris qu’il devait rentrer chez lui ».

« La France n’est pas le pays du salam et du wesh… »

Autre colistière, autre cible : sur le mur d’Elisabeth Crizaniac, les influenceurs sont visés par des posts aux relents islamophobes. En référence aux rapatriements qui ont lieu depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, elle partage un post proposant à l’influenceuse Maeva Ghenam de rentrer en France avec la compagnie « Halouf Airlines ». Il suffit de remonter quelques mois en arrière pour trouver un post expliquant que : « La France n’est pas le pays du salam et du wesh mais le pays du bonjour et du merci. Si tu n’es pas d’accord, alors dehors. »

Des appels à la haine envers les parlementaires et d’anciens membres du gouvernement

Aux discours anti immigration s’ajoutent les appels à la haine. En pleine crise de la dermatose nodulaire contagieuse qui a conduit à l’abattage de troupeaux dans le département, Elisabeth Crizaniac partage un post indiquant : « Si un député tombe malade dans l’hémicycle, peut-on abattre tout le troupeau ? » Elle ajoute son commentaire : « quelle excellente idée ». Plus tard, l’ancien Premier ministre François Bayrou est cité avec la même rhétorique. « Bayrou est hospitalisé à Pau pour une grippe. (…) Je pense qu’il faut abattre tout le troupeau. »

Ces posts s’accumulent sur un tapis teinté de nostalgie et de l’idée du « grand remplacement ». Ici, un post qui déplore « la disparition des blancs dans les publicités ». Là une remarque sur la jeunesse devenue incapable de « sauver la France ». Si la plupart sont partagés depuis des pages de soutien à l’extrême droite, les militants y vont parfois de leur propre montage.

Contactée, Elisabeth Crizaniac n’a pas répondu à nos sollicitations. De son côté, Patrick Delhaye indique : « Je ne pense pas avoir publié ce genre de post pour la simple raison que cela ne correspond pas à mes idées et mes comportements. » Les posts que nous mentionnons, pour la plupart postés en 2023 et 2024, sont toujours en ligne sur Facebook à l’heure où nous écrivons ces lignes.

Des propos déjà en ligne lorsque le RN soutenait Jean-Pierre Brazes

Ils l’étaient d’ailleurs déjà il y a quelques mois, période à laquelle la liste de Jean-Pierre Brazes était soutenue par le RN. Pour rappel, en janvier dernier, le parti a lâché son candidat en cours de campagne. C’est notamment la visite à la permanence de campagne d’Yvan Benedetti qui a acté la scission. A noter que le militant nationaliste a récemment été aperçu en tête de cortège lors de la manifestation lyonnaise en hommage à Quentin Deranque.

Lors d’une conférence de presse, Frédéric Gourier, responsable départemental du RN, avait relevé des « compromissions » idéologiques. Outre les soupçons de lien avec Yvan Benedetti et la présence d’une de ses proches sur la liste, ce sont spécifiquement les cadres Reconquête de l’équipe qui ont été pointés du doigt. À ce stade, pas de mentions des posts xénophobes que nous relevons aujourd’hui. Le RN soutenait la liste alors même que Patrick Delhaye en était membre. Le site de Jean-Pierre Brazes le citait déjà comme futur colistier.

Le candidat RN Olivier Mas admet la présence de Patrick Delhaye dans l’équipe initiale

Nouvelle tête de liste investie par le RN, Olivier Mas, en premier lieu engagé auprès de Jean-Pierre Brazes déclare « ne pas être étonné » de ces sorties. Il décrit Patrick Delhaye comme un colistier « très volontaire » proche du candidat à la mairie. Par ailleurs, il confirme que sa présence sur la liste de Jean-Pierre Brazes n’était pas un argument à la désinvestiture. En ce qui concerne Elisabeth Crizaniac, elle aurait rejoint la liste après la scission entre le RN et Jean-Pierre Brazes.

Ce dernier, qui a lancé sa campagne en 2023, dénonce une « manipulation » du RN depuis sa désinvestiture. « Je n’ai aucun colistier raciste ou antisémite sur ma liste », déclare le candidat. « J’ai pris le temps de leur demander ce qu’ils avaient publié et fait dans leur vie. Si j’avais quelqu’un qui tenait des propos racistes, je les condamnerais fermement. » Lui, se dédouane de tout racisme. Il indique être né au Maroc et être engagé dans l’humanitaire dans son pays d’origine.

« Si c’est avéré, il ne sera pas sur la liste au deuxième tour »

Sur Patrick Delhaye, il déclare : « Ce n’est pas un raciste, je vous l’assure. » Le candidat a tout de même concédé vouloir vérifier l’existence des posts que nous relevons et échanger avec Patrick Delhaye. Une vérification qui devrait impacter la participation des colistiers aux municipales. Les listes pour le premier tour sont déposées et non modifiables. Mais « si c’est avéré, je promets qu’il ne sera pas sur la liste au deuxième tour », assure Jean-Pierre Brazes. Une épine de plus dans le pied d’une équipe déjà en difficulté. Le 20 février dernier, deux colistiers ont annoncé que, si leurs noms restaient maintenus administrativement, ils ne siègeraient pas en cas d’élection. Ils n’ont pas préciser les raisons de leur retrait.

Outre les candidatures de Jean-Pierre Brazes et Olivier Mas, deux listes se présentent à la mairie de Cabestany pour le premier tour du 15 mars prochain. D’un côté la maire sortante communiste Edith Pugnet avec la liste « La passion de Cabestany », de l’autre Eric Poupet, candidat divers centre, et la liste « Cabestany avant tout ».

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