Tandis que les hommages se multiplient, et que les services préfectoraux œuvrent contre l’entrisme et le séparatisme religieux, des élèves de troisième du collège Madame de Sévigné à Perpignan s’emparent de ce sujet sensible. Ce mardi 13 octobre, au-delà de la minute de silence pour les enseignants tués lors d’attentats terroristes, un texte rédigé par les jeunes résonne dans l’établissement.
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Classé Rep +, avec un indice de position sociale (IPS) de 75, Madame de Sévigné est un des collèges aux élèves les plus pauvres de l’une des villes les plus pauvres de France. Pour autant, le travail qu’on y mène est remarquable. Tous les vendredis, deux professeurs d’histoire-géo, Laurie Destaville et Géraud Maury, animent pour les 3e un club « média et actualité » qui entraîne à la prise de parole.
Plus fort que repérer les fake news, les construire pour en saisir l’essence
C’est au sein de ce club que naîtra la séquence autour de la laïcité et des assassinats de Samuel Paty et Dominique Bernard. Avec en ligne de mire le prix Samuel Paty, concours national qui récompense un projet en lien avec les valeurs de la République. Un travail sur la désinformation est d’abord mené. Il ne s’agit pas simplement d’apprendre à repérer les fake news. Comme l’explique le principal Emmanuel Coupet, les enfants sont amenés à construire eux-mêmes de fausses informations pour en saisir les ressorts. « Ils se sont rendu compte à quel point c’était facile. »

Peu à peu, les mécanismes de la rumeur et de la haine ayant abouti au meurtre de Samuel Paty sont détricotés. Le support final, possiblement un podcast, sera soumis au prix. En attendant, c’est un texte d’hommage rédigé par les élèves eux-mêmes qui sera lu à l’ensemble des classes.
« Le droit est plus fort que la morale personnelle, individuelle, religieuse »
La présidente du Département Hermeline Malherbe salue la volonté de ces enseignants engagés. « Il est intéressant de faire travailler les élèves sur la manière dont on peut construire une fausse information très rapidement. Au-delà de l’hommage et de la tristesse, c’est une belle chose de voir des jeunes s’imprégner de la situation. »

La directrice académique Anne-Laure Arino rappelle cette si essentielle liberté pédagogique, alors que des enseignants en sont arrivés à avoir peur d’aborder certaines parties du programme. « Le droit est plus fort que la morale personnelle, individuelle, religieuse. Nous avons à protéger nos enseignants mais aussi nos élèves de tous les dangers de la manipulation. La laïcité se vit au quotidien avec une mixité sociale. » Depuis 2021, 100 % des enseignants sont formés sur la question.
Une instance préfectorale se réunit toutes les deux semaines pour repérer l’entrisme
De son côté, le préfet des Pyrénées-Orientales Pierre Regnault-de-la-Mothe révèle quelques éléments concernant son travail contre l’entrisme et le séparatisme religieux, entre autres dans les établissements scolaires. Toutes les deux semaines, le GED ou Groupe d’évaluation de la radicalisation se réunit à la préfecture pour évoquer des situations individuelles. Aucun chiffre n’est donné, mais il s’agit de travailler sur des signaux faibles et déterminer la réponse, coercitive, psychiatrique, sociale…
« Nous nous appuyons sur des renseignements concernant des personnes identifiées comme radicalisées, avec des potentialités violentes »
Il évoque la zone grise du séparatisme et du repli communautaire, où il reste délicat de distinguer le légal de l’illégal. « Cela nécessite du discernement, on ne peut pas prendre un marteau pour écraser une mouche, il faut savoir repérer les dérives. » Cela a mené à un suivi spécifique des situations d’évitement scolaire. Sur 41 cas d’enfant qui ne respectaient pas l’obligation scolaire dans les Pyrénées-Orientales, les motifs religieux restent néanmoins minoritaires.
Un budget pour l’esprit critique
La préfecture a également travaillé sur des arrêts maladie de complaisance, qui mène certains élèves à se dispenser d’activités sportives mixtes. « Nous avons été alertés sur des certificats délivrés de manière non justifiés par une réalité médicale. Ce qui nous a mis la puce à l’oreille, ce sont les durées, parfois pour toute une année scolaire. » Un recadrage est en cours en lien avec l’ordre des médecins.
Enfin, et cela permet de clore la boucle avec l’atelier des élèves de Sévigné, la préfecture a débloqué une enveloppe via le fonds interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation afin de soutenir des interventions associatives en classe. Il s’agit notamment d’actions liées au développement de l’esprit critique. « L’objectif est de donner aux jeunes les moyens de comprendre et résister aux phénomènes d’emprise. Notre responsabilité en tant que service de l’Etat est de ne pas laisser passer des coups de canif aux principes qui sont au cœur de notre modèle républicain. »
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