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Retour du service militaire : 24 jeunes ont enfilé leur treillis dans les Pyrénées-Orientales

Article mis à jour le 9 octobre 2026 à 09:26

Cette année 2026 marque le retour du service militaire, cette fois basé sur le volontariat. En ce mois d’octobre, un quart de siècle après la fin du service obligatoire, les jeunes femmes et hommes du tout nouveau SNV – ou Service National Volontaire – ont intégré l’unique régiment possible des Pyrénées-Orientales. Il s’agit du 1er régiment de Choc au Centre national d’entraînement commando (CNEC) à Mont-Louis. Ils y resteront dix mois.

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« Tout ce qu’on vous dit la veille, on l’imprime dans son cerveau et ça change pas, d’accord ? » L’un des chefs de groupe s’adresse aux tout nouveaux volontaires du service militaire qui forment un garde-à-vous encore hésitant. Il insiste, l’usage du téléphone portable est interdit. Certains frissonnent, peu habitués au froid de la montagne. D’autres irradient de confiance, déjà très à l’aise en uniforme.

Nous sommes le jeudi 8 octobre, devant le salon de coiffure de Mont-Louis. Pendant que les cinq recrues féminines organisent leurs paquetages dans les chambrées de la citadelle, les garçons doivent passer au rituel de la tondeuse. Tous sont levés depuis 5h15 du matin pour cette deuxième journée au sein du régiment. À l’intérieur du salon, devant le miroir, les jeunes âgés de 18 à 25 ans défilent et observent leur allure changer. Le geste de la coiffeuse Emeline est sûr. Le sabot réglé sur trois millimètres est une habitude quand on travaille à deux pas du centre militaire. Même si c’est la première fois qu’elle rase le crâne d’un groupe entier de jeunes volontaires.

De la discipline, mais une bienveillance loin des clichés

Les 24 jeunes du SNV, sur les 25 places disponibles, vont suivre un mois de classes ensemble, avant d’être répartis pour les neuf mois restants sur différents services selon leurs affinités et compétences. Mécanique, transmissions, tir, secourisme, logistique… Ce n’est pas encore déterminé. Nourris, logés et blanchis, ils touchent 800 euros par mois, auxquels s’ajoutent des primes quand ils dorment hors de la citadelle. Pour la plupart, c’est un premier emploi et une première fois si longtemps loin du foyer.

Le chef de groupe qui les encadre, Quentin, n’a que 23 ans. « La première semaine, nous allons voir les classiques de la vie militaire, le paquetage, les chambres, la rigueur… Et dès la deuxième semaine nous partirons sur Collioure avec une initiation commando. » Cours théoriques, topographie, sport, combat, manipulation des armes… les chefs de groupe orientent vers de multiples activités. Pour Quentin, le côté volontaire du service change tout. Aucun jeune récalcitrant, ils sont investis. L’autorité est bien loin des clichés du cinéma. Ici l’accompagnement se veut bienveillant malgré la nécessaire discipline.

Quentin, chef de groupe

« On veut les accompagner, leur permettre de s’améliorer. C’est plus humain qu’il y a quelques années. »

Il tient à casser l’image des brimades qui colle encore à la peau de l’armée. Le soir, les jeunes ont un temps libre où ils peuvent appeler leur famille, sans compter des jours de permission au cours du service.

« Mon père m’a toujours appris les valeurs patriotiques »

Romain a 21 ans, il sort d’une licence. Il a choisi le CNEC car ses grands-parents habitent les Pyrénées-Orientales et qu’il connaît un peu la région, mais aussi pour chercher une certaine dureté, un dépassement de soi. « Je veux avant tout découvrir le monde militaire. J’avais seulement les récits de mon père et de mon oncle, qui ont fait leur service. Mon père m’a toujours appris les valeurs patriotiques. J’ai un attrait pour tout ce qui est militaire, et c’est aussi pour devenir un meilleur citoyen. » Il entend poursuivre par le concours de sous-officier dans la gendarmerie. Pas de surprise pour lui à son arrivée, il a trouvé la discipline et la hiérarchie qu’il attendait.

Antoine est l’un des plus âgés. À 24 ans, il arrive de Charente et a déjà quatre ans d’expérience en réserve de gendarmerie. Il rêve d’être officier d’encadrement. « C’est un grand honneur de pouvoir marcher aux côtés des commandos de l’armée française. » Mathis a tout juste 18 ans. Il vient de Lille, voulait changer d’environnement et cherchait un régiment avec des activités variées. Un peu malade suite aux vaccins obligatoires, il reste enthousiaste et envisage de s’engager si ça lui plaît. Jérôme est l’un des rares locaux, il est de Perpignan. À 18 ans, ce jeune bachelier voulait découvrir l’armée. Il s’attendait à beaucoup plus strict, même s’il se doute que l’affaire va se corser dans les prochains jours.

« Ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on ne peut pas réussir »

Autre locale, Coline, qui n’habite qu’à quelques minutes du CNEC où les parents ont servi. « J’ai fait mon stage de troisième ici. Je compte m’engager à la fin et le SNV me sert de marchepied. » Si elle avait un peu d’appréhension malgré sa connaissance du milieu, le stress est retombé une fois qu’elle a fait connaissance avec ses camarades le premier soir. « On nous a mis en confiance. » Après sa deuxième nuit, le lourd paquetage – l’équivalent de trois gros sacs de voyage – est fait, et des premiers cours pour apprendre les grades ont été dispensés.

« Ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on ne peut pas réussir. Je perçois ça comme un défi. On a la même tenue, on a les mêmes ordres. » Coline voit de plus en plus de filles autour d’elles intéressées par l’armée, y compris pour des postes opérationnels. De son côté, elle souhaite devenir formatrice.

Un retour du service qui rappelle à beaucoup de militaires leurs propres débuts

Tandis que les filles ajustent les tenues au magasin, Mickaël, le détenteur de biens du régiment qui se charge de tout l’administratif autour de l’équipement, observe d’un œil nostalgique les essayages de bérets. Il se revoit au même endroit, trente ans plus tôt, quand le service était obligatoire. A l’époque, il ignorait qu’il resterait. Ils n’étaient pas quatre mais seize par chambres, les rangers n’avaient pas encore été remplacées par des chaussures plus confortables et les sur-sacs de couchage n’étaient pas respirants, on se réveillait trempé… Aujourd’hui, dans des conditions repensées, il faut réarmer le magasin pour les futurs appelés. Et composer avec des jeunes qui ont parfois perçu l’armée à travers les jeux vidéo et les contenus internet.

Alors que certaines voix doutaient, le nouveau service semble avoir séduit, au point qu’au niveau national il y a eu plus de candidatures que les 3000 places de la première promotion. D’ici 2030, le contingent devrait encore gonfler pour atteindre 10 000 appelés, et jusqu’à 50 000 en 2035. Les régiments devront faire de la place et retrouver de vieilles habitudes.

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