Alors que le 8 mars célèbre chaque année la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, une association au cœur de ce combat fête cette année ses 70 ans. Dans les Pyrénées-Orientales, le Planning familial se positionne comme lieu d’écoute, de prévention et d’information face à la montée du masculinisme. Clé de voûte de la lutte pour le droit des femmes, l’association repose sur un équilibre financier précaire.
Le Planning familial célèbre ses 70 ans. Créée en 1956, d’abord sous le nom « la maternité heureuse », l’association visait à diffuser l’information sur le contrôle des naissances. Aujourd’hui c’est une fédération qui rassemble 80 associations départementales et neuf fédérations régionales. Dans les Pyrénées-Orientales, le Planning familial, présidé par Marie-France Taurinya, est un pilier de l’accès à la contraception et à l’avortement, et de plus en plus, ses missions s’élargissent sur la question de la prévention.
Accès à l’IVG : le rôle pivot du Planning familial
L’association est identifiée comme interlocuteur majeur dans l’accompagnement et l’information à l’avortement. C’est en effet l’une de ses missions principales. D’abord car les conseillères conjugales et familiales de l’association reçoivent les mineures qui ont recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG). Un entretien obligatoire. « Il sert à vérifier que la personne sait ce qui va se passer et qu’elle est consentante. Elle est reçue seule. »

Dans leur enquête sur l’accès à l’avortement, les chercheuses de l’université de Perpignan Aude Harlé et Sophie Avarguez rappellent la place centrale du Planning familial. Les femmes qu’elles ont interviewées mettent toutes l’accent sur son rôle de « facilitateur dans les démarches et l’accompagnement. » Il est alors un lieu où elles indiquent avoir trouvé des « informations fiables, une absence de jugement et un accueil inconditionnel. C’est aussi perçu comme le dernier recours quand les femmes se trouvent dans l’impasse du non-accès à l’avortement. » Dans leurs travaux, elles collectent de nombreux témoignages dans lesquels le Planning familial a été une clé de voûte :
« La gynéco ne m’a pas dit ce que je pouvais faire pour avorter. Quand je suis rentrée chez moi, j’ai regardé sur internet, je suis tombée sur le numéro vert du Planning. (…) tout est allé très vite et puis j’ai été rassurée pour tout, elles ont vraiment assuré toutes les deux », rapportent par exemple les chercheuses avec le témoignage de Charlie, 28 ans.
L’IVG est également souvent au cœur des entretiens individuels que mène l’association. Coordinatrice et salariée de la structure, Sabine Harle détaille le rôle des deux permanences hebdomadaires du mercredi et du vendredi. À celles-ci s’ajoutent quatre demi-journées par mois à la maison sociale de proximité nord de Perpignan, deux jours mensuels au Secours populaire du département et des permanences ponctuelles à Villelongue dels Monts et Saint-Laurent de Salanque.
Une porte d’entrée vers la prévention des violences sexistes et sexuelles
En 2025, le Planning familial a reçu plus de 700 personnes à son siège, dont la moitié de mineures. « On traite majoritairement de problématiques comme l’accès à l’IVG, la contraception, la sexualité, les IST, les discriminations sexistes et homophobes mais aussi les violences sexistes et sexuelles (VSS). C’est tous les points sur lesquels on peut se dire : ‘là le Planning peut m’être utile.' »
Les violences intrafamiliales, les situations d’emprise et les violences sexuelles sont rarement les raisons qui poussent à passer le pas de la porte du planning, selon Sabile Harle. « C’est souvent au cours d’un entretien, à la base sur la contraception ou l’IVG, qu’on arrive sur ces sujets-là. Les discriminations, les violences et les infections sexuellement transmissibles (IST) sont toutes des questions étroitement liées à la sexualité. »

Les permanences du Planning familial sont des lieux d’écoute. Anonymes, possibles sans rendez-vous, ces rencontres sont parfois celles qui mettent en avant les signaux d’alerte sur une situation de violences. La structure travaille régulièrement avec le réseau associatif local, notamment le centre LGBT66, l’Apex qui accompagne les femmes victimes de violences conjugales, ou encore France Victime 66. Des liens qui permettent d’orienter les victimes de violences mais aussi de travailler ensemble aux actions collectives.
Face aux masculinismes : la riposte de l’éducation populaire
Le Planning familial sort en effet de ses locaux pour mener des actions de groupe. Le maître mot alors : la prévention. Les membres de l’association se rendent dans trois lycées du département dans le cadre du dispositif « Générations égalités ». Des séances visant à évoquer les questions des stéréotypes sexistes, de VSS et de violences conjugales. Ces ateliers sont également organisés avec l’école de la deuxième chance à Perpignan.
« Dans le public scolaire, le masculinisme est de plus en plus présent. On entend des propos qui légitiment les inégalités salariales à l’égard des femmes. Il y a aussi des discours anti-IVG ou sur le non-intérêt du travail salarié pour les femmes. Tout cela s’installe, et ensuite, va permettre de légitimer la violence. »
Face au phénomène, le Planning continue de lutter par l’information et la prévention. Dans les universités, auprès des assistants familiaux, dans les résidences habitats jeunes. À coups de stands, de discussions et d’outils tels que le Violentomètre, qui permet de reconnaître les points d’alerte d’une situation violente. En 2025, sur l’ensemble de ces actions collectives, le Planning des Pyrénées-Orientales a rencontré 4625 personnes, environ un tiers du public est masculin.
Un équilibre fragile qui repose sur un budget précaire
Mais cette action tentaculaire s’accroche aux budgets récupérés ici et là. « On est financés par des subventions. Donc pour nos actions et pas pour notre fonctionnement. » Rien ne finance l’existence même du Planning familial sur le territoire. Le budget repose sur des appels à projet et des programmes des financeurs. « Chaque année, on peut avoir un refus de dossier qui peut mettre en péril l’association. » À Perpignan, la structure tourne avec deux salariées et une quinzaine de bénévoles. Tout un écosystème sur lequel repose la lutte contre les inégalités hommes femmes, érigée grande cause nationale en 2017, et l’accès à l’IVG, devenu un droit constitutionnel il y a tout pile deux ans.
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