Elles sont en majorité des femmes, dans ce métier toujours plus indispensable avec le vieillissement de la population maintenue à domicile. La hausse du carburant, goutte de trop sur une activité déjà précaire et pénible, finit d’en ruiner l’attractivité.
En 2021, les salaires avaient été revalorisés, mais depuis c’est la quasi stagnation pour les aides à domiciles et auxiliaires de vie, tant pour la rémunération que pour les indemnisations kilométriques.
Les salariés, en grande majorité à temps partiel, parcourent en moyenne 90 km par jour et voient leur pouvoir d’achat s’étioler. Dans les Pyrénées-Orientales, les frais de déplacement sont indemnisés à hauteur de 0,40 euro par km, comprenant les 0,38 euro minimum de la convention collective et 0,02 euro ajoutés par le Conseil départemental. Ce forfait varie selon les départements. Il est censé couvrir carburant, assurance, entretien et usure de véhicules qui sont plus souvent à remplacer dans ces métiers mobiles.
Pour la CGT, il manquera 100 000 aides à domicile en 2050
L’attractivité, déjà faible, dégringole. « En 2021, nous étions 220 000 salariés » explique Laetitia Moré, négociatrice nationale CGT de la branche et aide-soignante à l’ASSAD Roussillon. « Le nouveau rapport dit qu’en 2025 nous n’étions plus que 191 000 salariés. Chaque année, on a un solde négatif. »
Pendant ce temps, les bénéficiaires sont toujours plus nombreux. Selon les calculs du syndicat, on atteindrait en 2050 pas moins de 2,2 millions de personnes en perte d’autonomie. « Et au rythme où on va, il manquera environ 100 000 salariés. » Même dans les Pyrénées-Orientales où l’emploi est précieux, les quelques recrutements ne parviennent à suivre l’installation de retraités qui cherchent le soleil.
Pire, les jeunes tentés par le métier renoncent parfois au bout de quelques semaines, pour se reconvertir vers des structures de type Ehpad ou changer complètement de domaine. Les salaires d’une aide à domicile tournent souvent autour de 1100 euros net pour une trentaine d’heures par semaine, tandis que les auxiliaires de vie diplômées peuvent dépasser les 1500 euros net. Pas de quoi motiver beaucoup au regard de la pénibilité, avec des journées à rallonge et des agendas à trous.
Des métiers très féminins avec des situations familiales difficiles
« Il y a 96 % de femmes dans ce secteur, et beaucoup de familles monoparentales avec des mamans qui doivent faire garder leurs enfants. Une fois que vous avez payé l’essence et tout, que reste-t-il sur 1100 euros ? »
Récemment, certaines salariées du secteur ont tout simplement refusé des interventions trop éloignées, incapables d’avancer l’essence qui n’est remboursée que le mois suivant. « Certaines se mettent aussi en arrêt maladie. »
Déjà prises à la gorge, les associations d’aide à domicile ne parviennent à augmenter les indemnisations. « En France, 25 % des associations sont en redressement judiciaire. » Sur le département, plusieurs ont déjà mis la clé sous la porte ou ont été absorbées par des groupes plus grands comme l’association Joseph Sauvy. La CGT réclame une aide de l’Etat, afin de porter l’indemnisation à 0,60 euro par km, et demande aussi un salaire minimum à 1600 euros net.
Et si le temps passé en voiture était payé ?
Autre piste, compter le trajet entre deux interventions comme du temps de travail. A ce jour, la plupart des aides à domiciles ne sont pas rémunérées quand elles sont sur la route. Selon le syndicat, seules les salariées de l’ADMR (Aide à Domicile en Milieu Rural) de Saint-Nazaire ont obtenu gain de cause en première instance sur le sujet, après une action judiciaire. Véronique Briones est de son côté adhérente CGT à l’ADMR de Thuir. Là-bas, les trajets n’entrent pas dans le salaire.
« J’ai 59 ans et un salaire de 1100 euros net. Je pars le matin à 8h, je rentre à 17h30, et j’ai une demi-heure pour manger dans ma voiture. »
Samia Mahé, représentante CGT à l’ADMR du Boulou, confirme ce quotidien toujours plus précaire. Elle vit seule avec ses deux enfants. « Quand je fais le plein aujourd’hui ça me coûte 75 euros. Je suis au diesel et je dois faire deux ou trois pleins par mois. » Samia Mahé a parfois des déplacements de 20 km pour seulement 30 minutes d’intervention. « Certaines ne veulent plus y aller. Mais on ne peut pas laisser une personne sans manger ou se laver, ce sont des actes essentiels de la vie. Ce qui nous fait tenir, c’est l’humain. »
Véronique Briones dépeint en effet un beau métier. « On rencontre des personnalités incroyables, on fait quelque chose qui a du sens. Mais il y a soit des dames un peu âgées comme moi qui ne peuvent plus se reconvertir, soit des jeunes. Entre les deux, elles s’en vont, dégoûtées. »
Reste à trouver la force de se mobiliser. « De par leur activité, les salariées sont isolées, ne se connaissent pas entre elles » rappelle Laetitia Moré. Vu la précarité qui règne, la grève est impensable. La responsable syndicale espère que les voix de celles qui ont été applaudies pendant le Covid seront entendues.
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