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L’aulne, l’église et le château du Vernet : Mémoire d’un quartier de Perpignan – Episode 1

Article mis à jour le 3 avril 2025 à 16:53

Savez-vous d’où vient le nom du Vernet ? Connaissez-vous les origines médiévales du bâtiment qui abrite l’APF France Handicap ? Cet article est le premier épisode de la trilogie « Éclats de mémoire », qui explore l’histoire du quartier du Vernet à Perpignan dans le cadre du projet « Mémoires du Vernet ». Un récit pour comprendre comment le passé continue de façonner l’identité actuelle du quartier.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une série sur le travail collectif « Mémoires du Vernet » qui s’étend de novembre 2024 à avril 2025. Cette série d’articles couvre les coulisses du projet, l’histoire du quartier du Vernet, et les rencontres avec le quartier, du portrait d’habitant au paysage urbain, réalisés par les lycéens.

Cet article a été rédigé par Lise Raivard, en collaboration avec Made in Perpignan.

Aux origines du Vernet – L’aulnaie oubliée

L’étymologie de Vernet provient de verna, désignant l’aulne, arbre caractéristique des sols humides et des rives fluviales. Quant au suffixe –etum, il évoque un ensemble boisé. Autrefois, une aulnaie dense bordait la Têt et façonnait le paysage. Ainsi, le quartier du Vernet porte encore les bruissements des feuilles d’aulnes.

Théâtre de l'Archipel Perpignan - vue sur le Vernet

Ces lieux, autrefois traversés de cours d’eau et de sous-bois humides, abritaient une végétation foisonnante. L’aulne, par sa capacité à stabiliser les sols et à enrichir les terres, jouait un rôle fondamental dans cet écosystème. Il fournissait aussi un bois précieux, souple et résistant, utilisé par les populations locales. Mais avec l’urbanisation croissante, les vastes zones humides du Vernet se sont peu à peu asséchées, laissant place aux routes et aux habitations, effaçant les traces de ce passé naturel.

Aujourd’hui, si les aulnes ont presque disparu, quelques vestiges de cette végétation subsistent encore le long des berges de la Têt. Des initiatives locales cherchent à préserver et restaurer ce patrimoine écologique, rappelant que l’identité du Vernet s’est d’abord forgée dans son lien intime avec l’eau et les arbres qui l’entouraient.

L’ancien village et son église – Saint-Christophe, mémoire de pierre

Dès le IXᵉ siècle, le village du Vernet s’organisait autour de l’église Saint-Christophe, mentionnée dès 899 sous le nom Ecclesia Sancti Christofori. Ce lieu de culte représentait alors le cœur spirituel du hameau, servant à la fois de refuge et de point de rassemblement pour la communauté locale. Son architecture sobre et robuste, avec des murs épais et peu d’ouvertures, reflète l’architecture romane du Moyen Âge.

En 1688, elle est désignée comme hermita de Sant Christofol. Plusieurs ermites s’y succèdent jusqu’à la Révolution française, période durant laquelle l’église est désaffectée. Les archives répertorient une dizaine d’ermites qui ont occupé ce lieu au fil des siècles.

Après une longue période d’abandon, l’église connaît une première restauration en 1933, puis retrouve son rôle religieux en 1952, devenant à nouveau le siège d’une paroisse.

Malgré les transformations urbaines et l’évolution du quartier, l’église Saint-Christophe, bien que discrète, demeure un témoin précieux de l’histoire du Vernet et un symbole fort de son patrimoine religieux et historique.

Le Château du Vernet : de la forteresse médiévale à son évolution contemporaine

Mentionné pour la première fois en 899, le château du Vernet fut à l’origine une fortification médiévale stratégique, associée à la seigneurie du Vernet. Son premier seigneur connu, Stephanus, un Goth d’origine, aurait reçu ses terres sous Charlemagne en récompense de services rendus à l’Empire. Ce fief comprenait également l’église Saint-Christophe.

Au XIIIᵉ siècle, le château passa entre les mains de la famille de Castellnou, après que Pons de Vernet, seigneur du domaine, a été condamné par l’Inquisition pour hérésie. Dès lors, le château changea plusieurs fois de propriétaire, appartenant successivement à des lignées nobles influentes du Roussillon. En 1339, Jacques II de Majorque céda la seigneurie du Vernet à son frère l’Infant Ferdinand de Majorque. Mais à la mort de ce dernier, le domaine retourna à la couronne d’Aragon, avant d’être cédé à Bertrand de Vernyola en 1365.

Au fil des siècles, la fonction militaire du château s’estompa progressivement. En 1443, grâce au rachat du château par les consuls de Perpignan, la ville a pu étendre son autorité administrative sur le village du Vernet, renforçant ainsi son territoire.

Les vestiges encore visibles aujourd’hui témoignent de son passé : un donjon carré datant du XIVᵉ siècle, une toiture pyramidale et des escaliers en pierre de taille du XVᵉ siècle.

À l’époque contemporaine, le château a connu une nouvelle mutation : il a été transformé pour accueillir l’APF France Handicap. Cette reconversion illustre l’évolution du Vernet, passant d’une seigneurie médiévale à un quartier urbain où les anciennes pierres continuent d’abriter des vies et d’écouter de nouveaux récits.

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