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Bilan 2025 des douanes de Perpignan : les saisies de cocaïne explosent, la contrebande s’organise

Article mis à jour le 24 mars 2026 à 16:10

Ce mardi 24 mars 2026, la direction régionale des douanes pour l’Aude et les Pyrénées-Orientales, basée à Perpignan, dresse un bilan inquiétant. Les saisies de cocaïne explosent, et les trafics, contrebande incluse, se font toujours plus violents et organisés.

Le virage est flagrant. En 2025, les saisies de cannabis par la direction de Perpignan s’élèvent à 5 237 kg, soit une légère baisse par rapport à 2024. « Par contre, explique le directeur régional David Cugnetti, on observe une hausse vraiment sensible de la cocaïne. » Près de 500 kilos ont été saisis, contre une centaine seulement pour l’année passée. L’explosion suit la tendance nationale, avec un produit très valorisé financièrement. Le kilo de cocaïne est estimé autour de 40 000 euros, contre 2 000 à 4 000 euros pour le kilo de cannabis. Ce dernier demeure néanmoins un problème avec, à défaut d’augmentation quantitative, une hausse de la teneur en THC qui crée de gros soucis de santé publique.

Ce début 2026 confirme la hausse de la cocaïne constatée en 2025 et la présence de flux depuis l’Amérique latine, passant par l’Afrique de l’Ouest puis la frontière Espagnole vers l’Europe du Nord, en irriguant la France au passage.

« La cocaïne entre dans les habitudes du consommateur de stupéfiants » commente David Cugnetti. « C’est une trajectoire ascendante, voire exponentielle. Ce n’était pas le cas il y a quelques années avec une frontière espagnole plus concentrée sur le cannabis. »

Toujours plus banalisée et très appréciée des poly-consommateurs, la cocaïne serait désormais en passe de supplanter le trafic de cannabis. Le 23 janvier 2025, les douaniers du Boulou ont saisi, en une fois, pas moins de 165 kg de cocaïne.

Des convois go fast, même pour la contrebande de tabac

La contrebande de tabac évolue elle aussi et rejoint les modes opératoires du trafic de stupéfiants. Parfois, ce sont les mêmes organisations très criminelles et hiérarchisée qui vont prendre en charge tous les trafics. C’est la fin du petit contrebandier qui descend quelques cartouches en plaine, et le renforcement de structures lourdes irriguant massivement des points de vente comme les épiceries de nuit. Les services des douanes ont abouti à 27 fermetures administratives de ces établissements, dont 19 dans les Pyrénées-Orientales.

Alexandre Romero, David Cugnetti et Nadine Mollard présentent le bilan des actions 2025 pour l’Aude et les Pyrénées-Orientales

En 2025, la direction régionale des douanes a intercepté plus de 16 tonnes de tabac, pour moitié d’Espagne et pour moitié d’Andorre. C’est en augmentation, et surtout les modes opératoires se font plus violents. En Cerdagne, les agents observent de plus en plus de convois go fast violents et déterminés, qui descendent soit vers Toulouse soit vers la plaine du Roussillon, avec parfois jusqu’à huit véhicules qui se suivent et que l’on ne peut arrêter qu’en crevant les pneus avec des herses. Refus d’obtempérer et menaces sur les agents sont toujours plus fréquents.

Des cachettes toujours plus sophistiquées

Pour le tabac comme pour le cannabis, les quantités sont fragmentées à travers plusieurs véhicules qui enchaînent des rotations. Au mieux, on trouvera quelques centaines de cartouches à la fois.

Pour le directeur régional, « les trafiquants atomisent le risque en multipliant des réseaux de passeurs. »

A l’inverse des convois go fast, il y a aussi des passeurs étonnants, comme des personnes âgées ou des familles avec enfants, souvent peu rémunérés et exploités par les organisations criminelles.

Le trafic adapte sa manière de transporter. Les véhicules sont désormais équipés de cachettes avec des panneaux motorisés et commandés par des vérins, qui ne s’ouvrent qu’en trouvant l’interrupteur secret. Récemment, les douaniers ont mis au jour un faux plafond à ouverture sur vérins sur toute la longueur d’un semi-remorque. Les services viennent de s’équiper d’un « SMBI » ou Scanner Mobile de Basse Intensité, un appareil mobile à rayons X qui permet de détecter les caches sur les véhicules mais aussi dans les zones portuaires.

Traquer le cash

Pour s’adapter à l’ampleur des trafics, les services des douanes tentent une approche plus répressive sur les flux d’argent, en allant plus facilement sur la question du blanchiment et de la confiscation totale des liquidités, ce qui coupe une partie des rachats alimentant le trafic. Environ 1,5 million d’euros en espèces ont ainsi été saisis en 2025.

« Les personnes à qui on confie l’argent sont placées plus haut dans l’organisation que celles qui transportent les stupéfiants. Nous sommes sur des trafics séparés, avec d’autres logistiques. »

La plus importante saisie d’espèces sur la direction régionale s’est élevée à 255 000 euros pour une seule personne, le 28 janvier dernier au Boulou.

Les contrefaçons sont aussi en hausse, circulant souvent via le fret express. Les parfums sont emblématiques de ce trafic. Le 28 octobre 2025, plus de 67 000 objets de contrefaçons ont été révélés lors d’une saisie par la brigade du Perthus.

Enfin les douaniers se penchent aussi sur les drogues de synthèse avec la problématique des produits à « double usage », comme le protoxyde d’azote ou encore ce nettoyant pour jantes qui est aussi le GHB, la drogue du violeur. La nouvelle clause juridique « catch-all » ou attrape-tout permet de mieux appréhender ces substances, même quand elles ont un usage légal.

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