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Cures thermales en sursis : la menace régulière d’une baisse des remboursements

C’est un vieux serpent d’eau minérale. Depuis les années 1980, le remboursement des cures thermales est questionné. En octobre 2025, un projet d’amendement, reposant sur un rapport de la Cour des comptes, implique de faire tomber la prise en charge de 65 % à seulement 15 % environ. L’amendement n’est pas passé, mais les centres de cure des Pyrénées-Orientales s’inquiètent de cette menace récurrente. Photo d’ouverture : Amélie-les-Bains © Chaîne thermale du soleil

Amélie-les-Bains, Le Boulou, La Preste, Molitg-les-Bains, Vernet-les-Bains… 15 % des curistes nationaux viennent dans les Pyrénées-Orientales. Amélie-les-Bains est par ailleurs la troisième station thermale de France. « Même s’il y a une baisse ces dernières années, nous restons un gros centre », explique Nicolas Brouillet, secrétaire général du complexe, appartenant à la Chaîne Thermale du Soleil.

Hormis la question du remboursement, le thermalisme a déjà subi le Covid de plein fouet. En France, de 530 000 curistes, la fréquentation est tombée à 180 000 en 2020 pour remonter progressivement jusqu’à 471 000 en 2024, sans retrouver le niveau d’avant la pandémie. Sur Amélie-les-Bains, on compte autour de 18 000 curistes par an. « On recrute un peu moins de saisonniers chaque année » reconnaît Nicolas Brouillet.

Une cure de trois semaines pour traiter des problèmes respiratoires de type asthme, ou encore des problèmes dermatologiques et autres pathologies chroniques, coûte entre 650 et 950 euros. L’assurance maladie prend en charge environ 65 % de ce coût. Ces remboursements sont pratiqués depuis les années 1950.

Vacances remboursées, coût pour la Sécurité sociale, efficacité à éclaircir : les accusations pleuvent

Les premières critiques surviennent dans les années 1980 et 1990, avec une accusation de « vacances » remboursées. Dans les années 2000, des doutes sur le « service médical rendu » sont soulevés, en comparaison avec des traitements plus médicamenteux. A compter des années 2010, on parle de manière explicite de réduire le financement. Des propositions évoquent le passage de 65 à 35 % de prise en charge. Plus tard, des parlementaires évoquent la suppression totale du remboursement. Le débat est sulfureux.

« L’épée de Damoclès du déremboursement apparaît tous les deux ou trois ans, au moment du budget de la Sécurité sociale » regrette Nicolas Brouillet.

En avril 2025, la Cour des comptes établit un rapport préconisant, une fois de plus, de revoir le remboursement. Une proposition d’amendement s’appuie ensuite sur ce rapport et demande de réduire la prise en charge pour tous les soins qui ne sont pas liés aux Affections de Longue Durée (ALD). « Cela permettrait d’économiser 200 millions d’euros, c’est moins de 0,2 % du budget de la Sécurité sociale, explique Nicolas Brouillet. C’est une goutte d’eau. »

L’économie de petites communes, souvent reculées, dans le viseur

Selon le secrétaire général, les conséquences économiques d’un déremboursement seraient sans commune mesure avec les économies réalisées. Il évoque sur le département une perte de chiffre d’affaires potentielle de l’ordre de 15 à 18 millions d’euros.

« On estime que cela entraînerait une perte d’activité de 80 à 85 %. Sur Amélie-les-Bains, nous employons 150 à 170 personnes en équivalents temps plein. » Selon Nicolas Brouillet, plusieurs centres thermaux risqueraient de mettre la clé sous la porte. D’autres devraient réduire la voilure en jouant sur l’emploi et se contenter d’une patientèle de niche, aisée.

L’impact indirect serait lui aussi majeur, entre autres sur l’hébergement et la restauration, dans des petites communes très dépendantes de cette économie. « Ce serait un cataclysme. 80 % des établissements thermaux sont dans des petites communes de moins de 5000 habitants. »

L’année électorale devrait offrir un nouveau sursis pour les établissements, mais Nicolas Brouillet craint un retour de la menace après 2027. Il insiste sur l’efficacité des soins. En effet, si certains praticiens intervenant ont pu être associés par endroits aux pseudosciences, et si toutes les études invoquées n’ont pas le même degré de rigueur, avec un manque d’essais randomisés et contrôlés, le cœur du traitement thermal bénéficie de retours cliniques sérieux. En 2009, une étude française sur 462 patients montre une diminution durable des douleurs en rhumatologie. La cure aurait aussi des résultats sur les troubles anxieux.

Les stations thermales des Pyrénées-Orientales vont poursuivre leurs efforts pour retrouver un niveau d’avant Covid. En attendant la prochaine remise en cause du financement…

Le saviez-vous ?

L’Occitanie est la première région thermale de France. Elle regroupe 28 stations et reçoit près d’un tiers des curistes nationaux. Balaruc-les-Bains arrive en tête en nombre de curistes.

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