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Démocratie participative : de Dresde à Céret, des citoyens construisent des ponts pour faire vivre la démocratie au-delà des urnes

Article mis à jour le 8 octobre 2026 à 12:57

Élus, associations et habitants d’Occitanie et de Saxe, en Allemagne, ont confronté leurs expériences de démocratie participative, dans le cadre d’un échange organisé à Céret, le mardi 6 octobre. En toile de fond, une question très concrète : comment donner aux citoyens l’envie et les moyens d’agir ?

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Pour commencer, un petit exercice. Les participants sont invités à se lever, à choisir une personne qu’ils ne connaissent pas et à engager la conversation. Pourquoi sont-ils là ? Qu’attendent-ils de cette rencontre ? Les échanges s’engagent en français et en allemand, avec l’aide des interprètes. Une sorte de « speed-dating » pour briser la glace et mettre immédiatement en pratique le sujet du jour : la participation citoyenne. 

La rencontre s’inscrit dans un programme d’échanges franco-allemand porté depuis quatre ans par la Fédération départementale des foyers ruraux des Pyrénées-Orientales, avec plusieurs partenaires. Du 4 au 9 octobre, la délégation participe à des visites de structures, des rencontres et des présentations de projets. 

Organisé en partenariat avec le Pays Pyrénées Méditerranée, le forum de Céret pose une question : « L’engagement citoyen comme lieu d’apprentissage de la démocratie ? ». Derrière cet intitulé un peu théorique, une préoccupation très concrète. « Le but est de s’interroger sur la place de l’action des citoyens dans nos villages », explique Audrey Debacker, de la Fédération des foyers ruraux. Comment encourager les habitants à s’impliquer dans les décisions qui les concernent ? Et surtout, comment passer de l’envie d’agir à l’action collective ?

Faire de la politique sans vouloir en faire

Les premières discussions montrent rapidement que les difficultés se ressemblent. Anicée, côté français, et Vincent, côté allemand, échangent sur les obstacles rencontrés pour faire émerger des projets citoyens. L’envie d’agir existe, mais un paradoxe apparaît. Beaucoup d’habitants souhaitent s’investir dans leur commune tout en refusant que leur engagement soit assimilé à une démarche politique. 

Une confusion que regrette Anicée. « Les gens confondent souvent le fait de faire de la politique et d’appartenir à un parti. Tout ce qu’on fait pour faire bouger les choses, c’est politique. Et ce n’est pas une honte, au contraire ! ». Elle prend l’exemple des initiatives menées autour des écoles. Des parents peuvent hésiter à s’impliquer, par crainte de « faire de la politique », alors que leur démarche concerne simplement les enfants et leur quotidien. 

En Allemagne, Vincent observe des réticences comparables, notamment une certaine défiance envers les partis traditionnels. Mais il se montre optimiste : « C’est lent, mais les choses évoluent et des projets voient le jour ».

Neuf ateliers pour confronter les expériences

Les échanges laissent place à des ateliers qui se donnent justement pour but d’illustrer des réalisations concrètes. Quatre premières illustrations de projets sont proposées. Steffen, venu de Dresde, présente une initiative baptisée « Construire des ponts ». Lena Perskala évoque le travail de l’association allemande « Aktion Zivilcourage », qui accompagne l’engagement citoyen et la participation démocratique notamment en amenant des écoliers découvrir les instances politiques locales. Côté français, Guillaume Jouquet revient sur une expérience de co-construction de projets à enjeux sociaux et environnementaux menée à Prades. Enfin, Gisèle Bénard et Thierry Labelle, élus à Céret, présentent les conseils de quartier et les démarches de participation développées dans la commune.

Place ensuite à cinq autres initiatives. Laura Grimaud et Maëva Sabourau présentent le budget citoyen de l’Aude. Erix Samain, « Terre d’aventure », qui entend réinvestir une friche. Susann Pohl, un échange de jeunes entre Sebnitz et Saverdun. Sylvaine Candille, la sécurité sociale de l’alimentation dans les Pyrénées-Orientales. Enfin, Markus Lohse, enseignant en Saxe, présente une autre façon de concevoir l’enseignement, en associant ses étudiants à la construction de leurs cours. L’objectif étant de leur donner une véritable place dans les décisions qui les concernent afin de les habituer, dès leur formation, à exercer leur pouvoir d’agir.

Derrière ces projets, tous différents, une interrogation commune. Comment passer de la bonne volonté individuelle à une action collective qui produit des résultats ? L’expérience racontée par Steffen apporte une réponse particulièrement concrète.

À Dresde, des ponts plutôt que des murs

En 2015, l’arrivée de réfugiés provoque des tensions à Dresde. Face aux discours de rejet, des habitants décident de « construire des ponts ». Sans parti ni étiquette, ils se donnent pour but de transformer une école désaffectée en centre d’accueil.

Les oppositions sont vives. Steffen évoque même une tentative d’attentat. Le collectif persévère. Il lève des fonds, discute avec la ville, mobilise des bénévoles. La municipalité finit par financer la rénovation des lieux. Et finalement, une soixantaine de familles avec enfants sont accueillies.

Le lieu devient peu à peu un espace de vie. Des initiatives viennent se greffer au projet initial, avec des cours de langue, jeux pour les enfants, activités culturelles, ateliers de réparation de vélos… Pour Steffen, l’essence du projet réside dans la capacité de ceux qui y ont pris part à dépasser les appartenances politiques ou religieuses pour atteindre une finalité commune. 

D’un atelier à l’autre, les participants découvrent ainsi comment toutes ces initiatives, très diverses, ont vu le jour. Mais aussi les obstacles rencontrés et les solutions trouvées pour les surmonter. 

« Augmenter le pouvoir d’agir » des habitants

Au-delà des réalisations présentées, ces échanges amènent aussi leurs participants à s’interroger sur leur rôle dans le fonctionnement de nos démocraties. « Ce qu’on recherche, c’est le fonctionnement démocratique d’une société », observe Johanna Reyer, spécialiste des démarches participatives. Et pour y parvenir, « on cherche une diversité, on cherche le respect de la parole de chacun et de chacune ». 

Johanna Reyer insiste notamment sur la place laissée à ceux qui ne partagent pas les mêmes convictions. « On ne peut pas exclure des personnes, d’où qu’elles viennent et qui qu’elles soient ». Une ouverture qui n’exclut pas certaines exigences. « On a un fondement de valeurs sur lequel on s’appuie », précise-t-elle. 

Audrey Debacker inscrit cette démarche dans l’histoire de l’éducation populaire. « Le but de cette démarche est de favoriser l’émancipation des habitants, le libre-arbitre et augmenter le pouvoir d’agir ». 

À l’heure où les démocraties européennes traversent des tensions, marquées par une montée de l’extrême droite des deux côtés du Rhin, ces rencontres franco-allemandes prennent une résonance particulière. À Céret comme à Dresde, leurs participants cherchent, chacun à leur manière, à faire vivre les principes qu’ils défendent.

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