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À la croisée des exils, le Mémorial du camp de Rivesaltes présente sa nouvelle exposition et fait dialoguer art et mémoire

À quelques mois de la réouverture de son exposition permanente, le Mémorial du camp de Rivesaltes a inauguré son nouveau parcours temporaire. « Les jours clairs sont rares » est organisé en collaboration avec le musée d’art moderne de Collioure et celui de Céret et dans le cadre de l’événement « L’art en exil ». Elle présente l’œuvre de 13 artistes passés par les Pyrénées-Orientales, qui ont créé pendant leur exil entre 1920 et 1945.

« L’art ne sauve pas. » La citation introduit l’exposition inaugurée ce jeudi 19 mars au Mémorial du camp de Rivesaltes. Nouveau parcours permanent visible jusqu’en février 2027, « Les jours clairs sont rares » sera bientôt complété par l’exposition « Je laisse la peinture pour plus tard » à Collioure. À elles deux, les institutions présentent les œuvres de 13 artistes, produites durant leur exil. Tous sont passés par les Pyrénées-Orientales au début du 20ème siècle. Au cœur du projet, le couple de plasticiens d’Otto Freundlich et Jeanne Kosnick-Kloss.

« Ces artistes nous racontent une histoire simple et violente »

Otto Freundlich, artiste juif dont l’art a été qualifié de « dégénéré » par le régime nazi, se réfugie à Saint-Paul-de-Fenouillet en 1940. Sa compagne Jeanne Kosnick-Kloss l’y rejoint. Ils créent pendant trois ans entre ce village et celui de Saint-Martin-de-Fenouillet. Otto Freundlich est finalement arrêté, déporté et assassiné en 1943 au camp d’extermination de Sobibor en Pologne. « Ces artistes nous racontent une histoire simple et violente », affirme Céline Sala-Pons, directrice du Mémorial.

Si l’exposition de Collioure se centrera sur le couple, au Mémorial, d’autres artistes viennent éclairer l’histoire. Parmi eux, Marc Chagall, exilé aux États-Unis après avoir fui le nazisme, ou encore Alice Hohermann, polonaise tuée à Auschwitz après son arrestation à la frontière espagnole. Les institutions ont découvert son existence et son passage dans les Pyrénées-Orientales pendant leurs recherches pour ce projet.

Les trajectoires d’exil au cœur de l’exposition

Au centre du parcours, une carte matérialise les déplacements des artistes ayant fui le nazisme. « Nous avons voulu montrer des trajectoires et des destins brisés par le 20ème siècle, commente Celine Sala-Pons. Les artistes dits « dégénérés » ont subi un processus de relégation et d’effacement. Et ils ont produit malgré l’exil. » Comme un refus de disparaître. Claire Muchir, directrice du Musée d’art moderne de Collioure, rappelle que dans les Pyrénées-Orientales, Otto Freundlich s’efforçait de reproduire les œuvres brûlées par les nazis.

Dans une approche qui refuse d’opposer histoire et art, la chronologie accompagne les œuvres présentées. Petit à petit, les œuvres s’assombrissent. Du Paris lumineux des années 1900 à la découverte de l’ensoleillement de la côte Vermeille par ces artistes, on passe aux années de guerre et de fuite. Les unes après les autres, les œuvres témoignent du passage et de la résistance de Mela Muter, Michel Kikoïne, Arbit Blatas, George Kars ou encore Max Birrer. Pensée comme une « boucle » selon Claire Muchir, le parcours nous laisse sur la phrase « L’art est ce qui restera », tirée de la correspondance entre Otto Freundlich et Jeanne Kosnick-Kloss, tout comme le nom de l’exposition.

L’exposition se termine alors sur le projet de ces artistes d’ouvrir une « voie européenne pour la paix ». Pour Céline Sala-Pons, le Mémorial du camp de Rivesaltes se pose ainsi comme lieu d’histoire européen. « Il y a là un message politique fort. » Cette exposition laissera d’ailleurs une trace dans le parcours permanent du site. L’une des œuvres d’Otto Freundlich l’intégrera.

« Toutes nos expositions temporaires font mémoire, explique la directrice. C’est aussi une façon d’élargir nos publics. Il s’agit d’entrer par l’art comme témoin de l’histoire. »

Ce tableau est pour elle une trace historique des destins brisés par la guerre et du rôle central du régime de Vichy dans la collaboration.

« Un manifeste contre l’isolement des structures culturelles »

Acte II d’une série d’expositions, « Art en exil » se place entre le dernier parcours du Mémorial sur les « Objets de mémoire », et celui qui viendra ensuite, sur « L’art en cage », réalisé au sein des camps de concentration. Le Mémorial et le Musée d’art moderne de Collioure ont travaillé ensemble. Les institutions ont souhaité faire circuler les publics entre leurs deux sites, notamment avec un catalogue commun. Le musée d’art moderne de Céret a également participé grâce à des prêts d’œuvres. « C’est un manifeste contre l’isolement des structures culturelles », revendique Céline Sala-Pons. Pour Claire Muchir, il s’agit aussi de montrer que « les musées ne sont pas des institutions sous vitrine, tout comme le Mémorial n’est pas figé dans l’histoire. »

Le Mémorial est en pleine refonte de son exposition permanente qui ouvrira en mai. Céline Sala-Pons note alors que cette exposition se voulait aussi « à la hauteur de l’acte II du Mémorial. » La stratification de mémoires qu’incarne le Mémorial porte l’histoire de l’exil jusqu’à aujourd’hui. « Aujourd’hui encore, des artistes prennent la route. Aujourd’hui encore, des frontières se ferment », écrit-elle en introduction du catalogue d’exposition.

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