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Où sont les femmes ? Les Pyrénées-Orientales, en retrait sur la parité des élus

Article mis à jour le 5 janvier 2026 à 08:47

Si dans les grandes communes, la parité dans les conseils municipaux est obligatoire, ce n’était pas le cas jusqu’à présent dans les plus petites, où elle est loin d’être pratiquée. S’agissant de la fonction de maire, notre département est le plus mauvais élève de la région Occitanie en représentation féminine. Quant aux présidents d’intercommunalités, ce sont tous des hommes.

Pour Annabelle Alessandria, présidente de l’Association des Femmes Élues des Pyrénées-Orientales, le constat est implacable. Élue depuis 2020, adjointe à Ille-sur-Têt, elle a fondé l’association en 2021, comblant l’absence d’une antenne locale d’un réseau national de femmes élues. Avec 140 membres aujourd’hui, c’est la plus grande association départementale de femmes élues en France.

« Historiquement, la politique a toujours été réservée aux hommes. Il a fallu créer des lois pour imposer des quotas. » Quotas qui, jusqu’aux prochaines élections de mars 2026, n’existent pas dans les communes de moins de 1000 habitants, majoritaires dans notre département. Les listes y étaient déjà difficiles à constituer. Le défi de la parité rendra l’affaire plus intéressante encore, et poussera peut-être des femmes à candidater pour éviter les rapprochements de communes ou autres dispositifs en cas de liste incomplète.

Ces rares conseils municipaux avec plus de femmes que d’hommes

Seule une poignée de petites communes joue déjà le jeu. La mairie de Saint-Michel-de-Llotes, sans y être obligée, a opté pour la parité. « La population des communes est composée, à peu de chose près, d’autant de femmes que d’hommes », rappelle Annabelle Alessandria. « Un conseil municipal doit être le reflet de ses villageois. » À Fontpédrouse, on trouve cinq femmes pour deux hommes au Conseil municipal. C’est un des rares cas où des femmes devront laisser des places aux hommes cette année. On peut aussi citer Jujols, Caixas ou La Bastide.

« Dans les milieux ruraux, malgré une libéralisation de la femme, qui s’est mise à travailler, ce n’est pas pour autant qu’elle a eu moins de tâches domestiques. C’est alors très compliqué de donner du temps au bien commun. » En France, les femmes consacrent en effet presque deux fois plus de temps aux corvées domestiques que les hommes.

Pour avoir des femmes élues, encore faut-il qu’elles se présentent. Selon Annabelle Alessandria, la question de l’orientation dès le plus jeune âge est essentielle pour éviter le syndrome de l’imposteur. « Je suis professeure des écoles, et dès le CP je commence à travailler l’égalité femmes-hommes. Il y a cette question de se sentir légitime. C’est là où l’exemplarité de nos femmes maires ou sénatrices permet de montrer que c’est possible. » La présidente de l’association se réjouit de voir beaucoup de femmes candidates pour les prochaines municipales, dont plusieurs sont membres de Femmes Élues.

« On t’a demandé d’être là pour faire le nombre »

Même dans les communes où la parité est obligatoire, on note de fortes différences entre les adjoints… « Encore aujourd’hui les catégories de type finance, urbanisme, sécurité sont des domaines réservés aux hommes. » Les femmes sont, de manière consciente ou non, plus souvent orientées vers le social, l’école, la famille. « Je connais des femmes qui sont compétentes en urbanisme mais qui ont du mal à accéder à ces postes. »

Dans sa propre fonction d’élue, Annabelle Alessandria a parfois senti son genre peser, et cette exigence de faire davantage ses preuves, plutôt au sein du conseil que vis-à-vis des administrés.

« Un projet proposé par un homme sera validé de façon assez unanime. Si c’est une femme, il va être discuté, remis en question. On va d’abord demander son avis à un ancien élu, généralement un homme. »

Annabelle Alessandria collecte des retours venant d’autres communes, avec des remarques sexistes décomplexées. « Il y a des femmes qui entendent dire ‘on t’a demandé d’être là pour faire le nombre.’ On leur dit de ne pas prendre la parole au conseil municipal. »

Femme maire, une exception dans les Pyrénées-Orientales

Sur les 226 communes des Pyrénées-Orientales, il n’y a que 29 femmes maires, soit 12,83 %. C’est le pire score d’Occitanie. La moyenne nationale est à 20,3 % et l’Ariège culmine à 26 %, soit le double des Pyrénées-Orientales. Nous sommes aussi le département de la Région avec le plus de maires âgés de plus de 70 ans, soit 42 %. Le vieil homme serait-il le modèle indéboulonnable des Pyrénées-Orientales ?

Sur les vingt plus grandes communes du département, on ne trouve que quatre femmes maires : Edith Pugnet à Cabestany, Laurence De Besombes à Saint-Laurent-de-la-Salanque, Armelle Revel-Fourcade au Soler et Laurence Ausina à Bompas.

Enfin, sur les 13 intercommunalités des Pyrénées-Orientales, aucune femme n’est présidente, alors qu’elles sont 11 % en France. Un ratio trop écrasant pour n’être que fortuit. « C’est une question de reconnaissance des compétences de la femme à diriger. » Par ailleurs, sur les 15 vice-présidents de la communauté urbaine de Perpignan, il n’y a que trois femmes.

Nos députées Rassemblement National peu mobilisées par la question

Aucune des quatre députées RN des P.O. ni aucune femme élue encartée à l’extrême droite n’ont souhaité être membre de l’association. « Je n’ai jamais fermé la porte », commente Annabelle Alessandria. « Mais pour entrer dans l’association, chaque femme doit signer une charte et s’engager à défendre les droits des femmes. » Compliqué avec un parti qui s’abstient ou se positionne régulièrement contre, qu’il s’agisse d’une loi de 2023 pour favoriser l’accès des femmes aux responsabilités, de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, de l’égalité salariale avec la loi Rixain, ou de questions relatives à l’IVG.

L’association Femmes Élues des Pyrénées-Orientales poursuit sans relâche son travail de mobilisation des consciences. « Nous aimerions travailler au niveau des écoles, collèges et lycées. Mais aussi nouer un partenariat avec une association de sport féminine. On continue de se réunir autour de thèmes et de formations. » Le chemin vers l’égalité reste escarpé, mais les femmes sont déterminées à le gravir.

La parité chez les élus locaux, un concept récent

– Ce n’est que depuis la loi du 6 juin 2000 que les listes alternant hommes et femmes sont obligatoires dans les communes de plus de 3500 habitants.
– En 2003, une loi impose la parité dans les Conseils régionaux.
– En 2013, le seuil pour une parité obligatoire en conseil municipal est abaissé aux communes de plus de 1000 habitants.
– La même année, la parité devient obligatoire dans les Conseils départementaux.
– À compter de janvier 2026, avec une mise en place effective dès les élections de mars, toutes les communes sont concernées par la parité, même les plus petites.

 

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Philippe Becker