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Premier festival anticolonial dans les Pyrénées-Orientales : « la France est toujours un pays colonial »

Du vendredi 20 mars au vendredi 3 avril, le « printemps anticolonial » sera organisé à Perpignan et Canet-en-Roussillon. C’est une première, portée par le Collectif 66 pour une histoire franco-algérienne non falsifiée. Projections, exposition et conférences sont prévues. Dans un territoire où la poussée du Rassemblement nationale est forte et où les rapatriés d’Algérie sont nombreux, l’événement porte un écho particulier. Photo d’illustration © Amaury Cornu / Hans Lucas

« Le collectif est né en 2006 » explique l’une des membres, Josie Boucher, également adhérente de l’ANPNPA, l’Association nationale des pieds-noirs progressistes et leurs amis. C’est la stèle en hommage à des figures de l’organisation terroriste OAS au cimetière de Perpignan qui a poussé mouvements et associations à se réunir contre le révisionnisme et le négationnisme.

Contre le mythe d’une colonisation civilisatrice

Il s’agira ensuite de s’opposer au centre de documentation des Français d’Algérie créé à Perpignan sous le mandat de Jean-Marc Pujol, en lien avec le Cercle algérianiste, association qui aurait touché des subventions considérables de la ville, y compris sous le mandat de Louis Aliot. « C’est un musée de mensonges sur l’Histoire de l’Algérie » commente Josie Boucher, en évoquant une colonisation présentée comme civilisatrice et une occultation des discriminations.

La militante mentionne également la mise en berne des drapeaux français de la mairie de Perpignan le 19 mars, jour de la signature du cesser-le-feu de la guerre d’Algérie, et globalement toute cette rancœur autour de l’exil qui, des générations après, amène à rallier des extrêmes. Sans oublier la place baptisée Pierre Sergent, militant de l’OAS, par Louis Aliot.

Sous la nostalgie des colonies, le racisme

Selon Josie Boucher, colonialisme et racisme vont de pair avec une notion de hiérarchie entre les humains. « Il y avait les sous-hommes et puis il y avait les colons. Le colonialisme est intrinsèquement lié à l’idée qu’il y a des hiérarchies de populations, une différence entre les êtres humains. Même si aujourd’hui on ne parle plus de races mais de civilisations. »

Pour autant elle refuse d’associer tous les pieds-noirs à la xénophobie. « On entend toujours les mêmes, ceux qui crient le plus fort. Mais des centaines de personnes ne pensent pas la même chose. » Plus inquiétant selon la militante, la dynamique de domination qui se poursuivrait sous une forme de néo-colonialisme contemporain. « La France est toujours un pays colonial. » Elle évoque le problème de la Kanakie, de Mayotte, des Antilles, ou encore, au niveau mondial, les impérialismes économiques pillant les ressources africaines.

Le programme de l’évènement :

Vendredi 20 mars à 19h – Cap ciné de Canet-en-Roussillon Projection du film « De la Conquête » de Franssou Prenant, sur l’Algérie depuis 1830. Suivi d’un débat animé par l’ANPNPA.

Samedi 21 mars à 18h – Clap ciné de Canet-en-Roussillon Projection du film « Retour à Ouvéa » de Medhi Lallaoui, sur l’indépendantisme kanak. Suivi d’un débat animé par une représentante du FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste).

Exposition les 20 et 21 mars dans le hall du Clap ciné.

Vendredi 3 avril à 19h – Salle du Travailleur Catalan à Perpignan Conférence de l’universitaire Olivier Le Cour Grandmaison, auteur de « Oradour coloniaux français – Contre le roman national ».

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