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Ils fabriquent des forêts : dans les Pyrénées-Orientales, des petites mains reboisent les friches

Si la forêt progresse peu à peu sur la déprise agricole, le processus naturel est difficile dans certains secteurs en particulier sur des sols appauvris. Les bénévoles de l’association « Le Jardin des Herbes Folles », cofondée par Laurent Prioron en 2018 à Montner, font le pari de donner un coup de pouce au reboisement, avec leur projet « Le peuple de l’arbre. »

Sur ces terrains qui menaçaient de devenir arides, ou juste de maigres garrigues, jeunes et plus vieux s’activent avec la même énergie. Ici, on emploie une tarière pour creuser un sol trop ferme. Là, on rassemble les graines, et plus loin, des enfants participent à un atelier de land art et dessinent une silhouette de lézard avec des cailloux. Leur rêve ne sera peut-être pas visible avant des décennies. Mais leur rapport au temps est autre.

Des sols éventrés par le labour, brûlés par la sécheresse

Fin 2025, le projet de cette association, qui disposait déjà d’un écolieu et d’ateliers de permaculture à Montner, a pris forme. Nathalie Andrieu, membre du Jardin des Herbes Folles, évoque ce secteur autour d’Estagel surnommé « le triangle de la soif » tant il est devenu sec.

« Le projet est né d’une forte éco-anxiété. Il y a eu un arrachage massif de vignes l’année dernière. La terre a été traitée, travaillée en monoculture. Souvent labourée, ce qui a créé de l’érosion et assèche énormément des sols qui ne sont jamais couverts. Le taux de vie y est très bas. »

Nathalie Andrieu collecte aussi des retours de particuliers qui voient le dépérissement se multiplier dans leurs jardins. « La sècheresse s’installe, nos plantes sont en moins bonne forme. » Pour l’association, il s’agit avant tout de favoriser un écosystème, un retour de racines qui amènent eau et la vie en profondeur, notamment via des réseaux de champignons. « Certains terrains étaient à la limite du désert. »

Les bénévoles se rapprochent de propriétaires acceptant de reboiser leur terrain, et surtout de le sanctuariser pour qu’il demeure un espace naturel. Avant de planter, ils se chargent de créer des rigoles pour retenir l’eau. La démarche s’appuie sur une technique appelée « RNA » ou régénération naturelle assistée. Le Sydetom* livre ensuite, gratuitement, du compost végétal. Pas question d’amener des plants qu’il faudrait arroser. Les bénévoles préfèrent semer directement des graines, par milliers. « Les arbres qu’on replante ont besoin d’être arrosés car leur système racinaire s’est créé dans le pot et doit s’installer dans le sol. Quand on sème une graine, ça pousse tout seul. La racine va aller chercher une réserve d’eau, ou un réseau de partenaires, le réseau micellaire, qui échange de l’eau contre le glucose de la plante. »

Des milliers de graines pour compenser le taux de perte

Beaucoup des graines sont récupérées dans la nature Pour compenser le taux de perte, avec les germinations aléatoires mais aussi la prédation, 15 à 20 sont semées dans chaque trou.

« Nous avons une quarantaine d’essences. Nous essayons de diversifier pour éviter que certains arbres prennent plus de place. »

Plusieurs essences dont beaucoup locales, que l’on trouve déjà en pleine nature ou dans nos villages, sont ainsi répandues. Caroubier, micocoulier, chêne, cormier, jujubier, arbre de Judée… Ou même le brachychiton, arbre australien qui stocke l’eau dans le tronc. Beaucoup de comestibles sont de la partie. « Cela peut-être intéressant de faire revenir des arbres qui peuvent donner de la nourriture. On ne sait pas comment va évoluer le département dans 25 ou 50 ans. » A ce jour, 50 000 graines ont été semées sur près de 2 hectares. Chaque chantier de reboisement, d’octobre à janvier, réunit une trentaine de bénévoles. Familles et enfants sont les bienvenus.

Après des semailles à Montner, le « peuple de l’arbre » s’est rendu du côté de Fourques où un propriétaire a mis à disposition d’anciennes vignes héritées. « Il a décidé de dédier totalement cette partie à la nature. » Puis direction Maureillas pour un viticulteur qui souhaitait des rangs d’arbres pour apporter de l’ombre à ses vignes, ou encore Estagel pour des haies chez un maraîcher. Le mot se transmet, et de plus en plus de particuliers ou agriculteurs suggèrent des terrains. L’association demande toujours de s’engager à ne pas modifier la destination du foncier utilisé. Parmi les pistes à creuser également, la « protection réelle environnementale », acte notarial qui permet de protéger un terrain pour 99 ans. En échange, une promesse de forêt et d’ombrage pour les futures générations. Déjà des Audois ont contacté l’association, à la recherche de méthodes pour reboiser après les incendies dévastateurs.

Si vous souhaitez apporter votre graine à l’édifice, ou proposer un terrain, vous pouvez contacter l’association ainsi que le site dédié au projet.

* Sydetom : Syndicat départemental de transport, de traitement et de valorisation des ordures ménagères

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Philippe Becker