Depuis le dimanche 11 janvier 2025, un plongeur est porté disparu après une descente à Font Estramar, dans les Pyrénées-Orientales. Les pompiers ont cessé leurs recherches. Au moins sept personnes ont déjà perdu la vie dans ce gouffre englouti, le plus profond d’Europe. Une résurgence d’eau douce, près de Salses-le-Château, à l’accès interdit sauf dérogation, mais qui fascine depuis plus d’un demi-siècle.
C’est un drame supplémentaire qui s’ajoute à une longue liste d’accidents sur le site si particulier de Font Estramar. Le quadragénaire disparu, expérimenté selon les premiers éléments, avait plongé le 11 janvier à midi. Il avait cinq à six heures de réserve d’oxygène. A 17h, il n’était toujours pas remonté, et les secours ont été déclenchés. Selon les pompiers, les conditions étaient particulièrement délicates ce jour-là, avec une eau très trouble et des courants. C’est désormais la gendarmerie qui est en charge des recherches.
Les limites du corps humain sans cesse repoussées dans ce siphon de renommée mondiale
Le gouffre de Font Estramar, avec sa vasque d’entrée en bordure d’autoroute, fait partie des cinq siphons les plus profonds du monde. Son fond n’a d’ailleurs jamais été atteint. Exploré à partir des années 1950, le lieu acquiert une célébrité suite aux plongées de Jacques-Yves Cousteau ou encore Haroun Tazieff. Peu à peu, de nouvelles galeries sont découvertes, toujours plus bas. Le record est détenu par Xavier Meniscus, plongeur de l’extrême qui a dépassé 312 mètres de profondeur en janvier 2024. On atteint alors les limites du corps humain.
« Passée la zone des 300 mètres, il se passe des choses au niveau physiologique » expliquait-il à propos des pressions extrêmes. « On subit de 32 kg par cm2. Cela signifie que sur notre ongle, on a un poids de 32 kg. »
Ce n’est plus de l’air qui est respiré à ces profondeurs, mais un mélange composé essentiellement d’hélium. Il a fallu à Xavier Méniscus, dans cette situation unique au monde, dix heures pour remonter, par paliers.
Si les conduits engloutis de Font Estramar font l’objet de records et d’explorations, ils sont aussi au cœur de drames. Avant l’accident du 11 janvier, sept personnes y ont perdu la vie. Le premier en 1955, avec un plongeur qui ne trouve plus la sortie. Depuis, l’accès est interdit sauf autorisation expresse, mais cette interdiction sera toujours bravée malgré le panneau. Nombre de plongeurs amateurs tentent l’aventure, parfois ignorant tout des accidents déjà survenus.
Une multiplication des accidents ces dernières années
En 1991, de nouvelles explorations sont permises par l’association ARFE*, mais en 2008, un plongeur tchèque fait un malaise et décède. Les incidents de décompression et autres accidents s’enchaînent, certains mortels. En 2012, c’est un connaisseur du gouffre qui succombe. Deux ans plus tard, un accident de décompression manque de coûter la vie à un plongeur espagnol. En 2016, un plongeur sétois ne remontera jamais, avant qu’en 2018, un cascadeur belge ne périsse à son tour en tentant de chercher le corps. En 2023, un plongeur expérimenté décède alors qu’il essaye de remonter. Un grillage et une signalétique limitent pourtant les visites.
Faut-il réduire encore davantage l’accès au site ? Font Estramar conserve un intérêt scientifique. L’hydrogéologue Henri Salvayre, qui l’avait exploré, évoquait une incroyable réserve d’eau douce renouvelable. Selon lui, la profondeur pouvait atteindre ou dépasser les 400 mètres. Avant son décès en 2022, il rêvait de montrer aux collectivités à quel point cette source issue du karst des Corbières était précieuse, et l’importance de protéger tous les gouffres communiquant en amont des diverses pollutions. Selon le scaphandrier Xavier Méniscus, les explorations pourraient permettre de comprendre à quel hauteur l’eau de Font Estramar devient saumâtre à cause des infiltrations de sel venant de l’étang.
« Si on arrive à comprendre à quel endroit elle est contaminée, on pourra un jour percer un forage au-dessus et pomper l’eau douce. Pour alimenter Perpignan, 50 à 100 litres d’eau par seconde suffisent. Et à Font Estramar, il y a 750 litres par seconde. »
*ARFE : Association de Recherches de Font Estramar
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