Article mis à jour le 22 janvier 2026 à 12:33
Après Marine Le Pen la semaine dernière, c’est au tour de Louis Aliot de se défendre dans le procès en appel des assistants parlementaires du Front national. En première instance, le maire de Perpignan a été reconnu coupable de « détournement de fonds publics ». Il est accusé d’avoir embauché Laurent Salles comme assistant parlementaire européen au service du parti du Front national. Cet article a été rédigé avec l’aide des directs des médias Ouest-france, l’Indépendant et RTL.
À la barre ce 22 janvier, Louis Aliot a maintenu sa défense dans la ligne du reste des accusés : Oui, Laurent Salles a travaillé pour le FN mais non, ces irrégularités n’étaient pas organisées. Le maire de Perpignan, candidat à sa réélection, est jugé en appel au procès des assistants parlementaires du Front national. Il est accusé d’avoir financé, aux frais du Parlement européen, le poste de son assistant Laurent Salles au service du parti à la flamme. L’édile y a occupé le siège de député de 2014 à 2017. Pour rappel, Laurent Salles, condamné en première instance, est mort des suites d’une tentative de suicide au siège du Rassemblement national. En première instance, il avait choisi de ne pas s’exprimer et de ne pas faire appel de la condamnation.
L’enquête met en cause plusieurs cadres du Front national. Le système aurait permis de financer durablement son fonctionnement, avec des fonds publics européens. Un préjudice initial qui s’élèverait à plus de quatre millions d’euros. Différents responsables du Front national de l’époque, parmi lesquels Marine Le Pen et Louis Aliot, ont été reconnus coupables et condamnés en première instance pour détournement de fonds publics. Pour le maire de Perpignan, la peine était de 18 mois de prison, dont 6 fermes sous bracelet électronique, et trois ans d’inéligibilité, assortis de 8 000 euros d’amende. Il avait alors fait appel.
Le contrat de Laurent Salles, assistant parlementaire, mentionne explicitement des irrégularités
« Ça aurait dû être ma boussole de mettre tout ça au carré », déclare aujourd’hui Louis Aliot. Au cœur des débats avec la présidente de la cour d’appel : le contrat signé avec Laurent Salles entre juillet 2014 et février 2015. La présidente a rappelé que selon son témoignage, Laurent Salles a été embauché sans entretien. Sur le contrat, il découvre alors que le lieu de travail mentionné est le siège du FN à Paris, et non à Bruxelles. « C’est le cœur de la machine à ce moment-là », s’est défendu Louis Aliot. Selon la cour, le contrat mentionne explicitement des impossibilités légales.
Un mail de Laurent Salles alerte sur ces irrégularités. Il s’y inquiète de la prise en charge de frais par le Parlement Européen pour un déplacement dans le cadre d’un congrès du parti. « Il semble que votre assistant connaisse mieux les règles de prise en charge des frais que vous », invective la présidente.
Des tâches de « secrétariat » : « Assistant parlementaire, ça revêt des fonctions absolument diverses »
Selon Louis Aliot, Laurent Salles occupait une tâche de « secrétariat ». « Assistant parlementaire, ça revêt des fonctions absolument diverses, explique-t-il. Beaucoup de courriers arrivent au siège du parti. Moi, c’est déjà pour mettre de l’ordre de papiers qui arrivent et qui traînent. C’est ma première préoccupation. » Très peu de contacts ont été retrouvés entre Laurent Salles et Louis Aliot. Lors de son interrogatoire, l’assistant parlementaire européen a avoué n’être jamais allé au Parlement européen. Une seule mention de Louis Aliot apparaît dans son agenda : un rendez-vous pour une galette des rois.
Laurent Salles missionné pour des manifestations du FN : un « travail de militant » pour Louis Aliot
La présidente de la cour d’appel rappelle qu’en 2015, l’organigramme du FN présente Laurent Salles comme assistant de Yann Maréchal, au service de grandes manifestations, alors même qu’il est toujours assistant parlementaire européen. « Il s’agit de la fin du contrat parlementaire », se justifie Louis Aliot. Il explique également que Yann Maréchal était alors « en quelque sorte sous (son) autorité ». Face aux accusations de missions confiées à Laurent Salles, liées au parti et non au Parlement européen, le maire de Perpignan défend un « travail de militant ». À la question de l’avocate générale : « Est-ce qu’il vous apparaît normal que le Parlement européen finance le service des grandes manifestations du FN ? » Louis Aliot reconnaît : « De la manière dont vous me posez la question, je vous dirais non ».
Face aux faits, Louis Aliot défend une impossibilité de séparer l’activité de député européen et celle de politique.
« Nous allons vers un Parlement qui aura un député et des assistants parlementaires qui ne feront plus que du législatif. La frontière est introuvable… ou alors elle est très difficilement trouvable »
Une ligne de défense proche de celles des autres prévenus dans le dossier. Louis Aliot maintient que Laurent Salles a travaillé pour lui. Le représentant du parquet a insisté sur l’absence de preuve fournie sur des missions au Parlement européen. Le maire de Perpignan explique les irrégularités par un « grand désordre » dans la mise en place des 23 nouveaux députés européens.
Louis Aliot « découvre » sa condamnation pour usage illicite de l’eau en pleine sécheresse
Avant de quitter la salle, la cour d’appel a examiné la personnalité de Louis Aliot. Outre sa situation familiale, ses revenus et son diplôme d’avocat, son casier judiciaire a été présenté. Une condamnation pour diffamation en 2011 et une autre pour « usage illicite de l’eau », par le tribunal de Perpignan, en 2024, en pleine période de sécheresse. L’édile de Perpignan dit découvrir cette dernière, qui ne manquera pas de résonner au niveau local, où l’eau se fait de plus en plus rare.
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