Le grand public connaît le festival de cinéma Confrontation, organisé depuis 1965. Mais voilà trois ans qu’un projet parallèle s’y est glissé. Avec les appels à films « Massa Mare », l’institut Jean Vigo sélectionne et accompagne des films en cours de montage. Et nos spécialistes ont eu le nez creux. Ainsi propulsées, près de la moitié des œuvres sont désormais ou primées ou sélectionnées dans des festivals internationaux. Photo d’ouverture : rencontres entre réalisateurs et experts à l’hôtel Pams de Perpignan
Elisée Sawasawa a réalisé tout seul le documentaire « Goma trop c’est trop » sur le conflit en République Démocratique du Congo. Au cœur d’évènements d’une violence rare à Goma, il filme des gens vivant dans des conditions extrêmes, passe plusieurs jours caché sous un lit, réunit des images précieuses. Séduit par la qualité des rushs, l’institut Jean Vigo de Perpignan le retient dans son appel à films.
« Quand Elisée Sawasawa vient à Perpignan, il ne sait même pas s’il va pouvoir faire son film », explique Chantal Marchon, présidente de l’Institut Jean Vigo. « On a mis deux mois pour lui obtenir un visa. »
Aujourd’hui, le documentaire est sélectionné pour le prestigieux festival de la Berlinale. Une reconnaissance internationale. « C’est un formidable tremplin. Ce réalisateur aura certainement une carrière. » Sur treize films terminés grâce aux deux premières éditions de Massa Mare, sept ont obtenu des reconnaissances. Bien plus que ne l’espérait la cinémathèque.


Sans Massa Mare, ces films n’auraient jamais vu le jour
L’aventure a démarré en 2024 avec les producteurs Jacques Bidou et Marianne Dumoulin qui s’associent à la cinémathèque pour monter Massa Mare, signifiant « levain » en Catalan. Il s’agit d’aider des réalisateurs d’œuvres francophones qui ont atteint la phase du montage et de la postproduction. Des experts en scénario, montage, son, diffusion et autres financements viennent repérer les faiblesses, conseiller et donner le coup de pouce final. « On fait du sur-mesure ».
Au-delà du conseil, les réalisateurs peuvent aussi décrocher des aides financières ou des heures d’étalonnage ou de mixage en studio. Le premier prix de Massa Mare intègre un pré-achat de Pom.TV, c’est-à-dire l’accession à une plateforme de diffusion régionale. Le Centre national du cinéma ainsi que la Région participent au financement, tandis que la ville de Perpignan met à disposition l’hôtel Pams. L’Europe pourrait aussi être sollicitée à l’avenir. « Le déplacement et l’hébergement à Perpignan des candidats sélectionnés sont pris en charge » précise Chantal Marchon.
Des fictions et des documentaires de création, engagés
Pour la présidente, qui visionne plus d’une trentaine de films candidats à chaque édition, c’est souvent la structure narrative qui est la plus difficile à peaufiner.
« Quand il y a une voix off, un narrateur, il faut souvent revoir l’écriture. Notre experte, journaliste, intervient à ce niveau. »
Le choix se fait sur l’implication du réalisateur, sa légitimité à raconter. « Mon coup de coeur était The Blue House de Ramzi Maqdisi, un réalisateur palestinien installé en Espagne. Il y avait aussi une fiction extraordinaire, Enjoy Your Stay, d’un cinéaste Suisse. » Ce dernier film évoque le système de la domesticité dans les chalets de luxe.

La cinémathèque devient un véritable dénicheur de talents. « Nous avions déjà plusieurs films sélectionnés, et là nous venons d’apprendre que nous en avons deux de plus pour Cinéma du Réel à Paris, fin mars 2026. »
Jusqu’au 15 mars prochain, les réalisateurs peuvent postuler pour la troisième édition. Massa Mare a pour vocation de devenir un incontournable parmi les ateliers de cinéma. Loin de Paris, Perpignan sait briller en la matière.
Retrouvez les palmarès et les sélections en festivals sur le site de l’Institut Jean Vigo.
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