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Municipales 2026 : Pour des villes écolos, sommes-nous prêts à changer de modèle dans les Pyrénées-Orientales ?

Municipales 2026 : Pour des villes écolos, sommes nous prêts à changer de modèle dans les Pyrénées-Orientales ?

Parfois discrète dans les programmes, parfois brandie comme un étendard, l’écologie est un enjeu clé des élections municipales qui auront lieu les 15 et 22 mars. Selon un sondage de l’Ifop pour le réseau Action climat et le Secours catholique Caritas, plus de la moitié des Français et Françaises seront hostiles à un candidat qui remet en cause la politique de transition écologique. Qu’en est-il dans les Pyrénées-Orientales, en proie à la sécheresse, aux pics de chaleur et aux inondations ?

Sylvain Rode est maître de conférences en aménagement de l’espace et en urbanisme à l’université de Perpignan, auteur d‘Écologiser l’urbanisme. Pour un aménagement de nos lieux de vie partagés. Selon lui, pour une politique environnementale efficace, les futures maires des Pyrénées-Orientales devront porter une nouvelle vision de l’aménagement du territoire et bousculer nos habitudes. Interview.

En matière d’écologie et d’environnement, quel rôle peut jouer le maire ?

Ce qui se joue en matière écologique à l’échelle des territoires locaux, c’est l’organisation de nos lieux de vie. Ce sont des enjeux concrets pour les habitants : leur logement, les services de proximité, l’alimentation, les déplacements.

Un élu local présente un projet de territoire. C’est-à-dire une vision à horizon 15-20 ans. Il s’agit de la direction dans laquelle ils veulent emmener leur commune. L’action écologique nécessite de synchroniser le temps court de l’action concrète et le temps long des grands enjeux. Agir comme un poulet sans tête qui court frénétiquement sans trop savoir pourquoi, ce n’est pas très utile. Si on se contente des actions concrètes sans cap, ça risque d’être ponctuel, et de ne pas permettre une réflexion et une mobilisation collective. L’enjeu, c’est que le cap impulsé par une équipe politique embarque ses citoyens.

Quel cap faudrait-il alors fixer ?

Les mairies doivent enclencher un changement de paradigme en matière d’urbanisme. Depuis des décennies, on suit plutôt un modèle d’étalement urbain, qui favorise l’attractivité et la croissance des territoires. Un maire dynamique doit montrer qu’il a fait augmenter la population de sa commune, et qu’il a attiré de nouvelles entreprises. Tout ça, dans une logique croissantiste que le dérèglement climatique remet en cause.

La question que doivent se poser les élus c’est : comment réinventer les modèles de développement territoriaux à l’échelle locale ? Et cela demande de renoncer à la croissance forte.

Vous citez notamment le changement de direction adoptée par des communes inondées dans l’Aude en 2018.

Suite à cette catastrophe, certaines mairies ont redéfini leur modèle de développement. Elles se sont dit : on va continuer à croître, mais différemment. Donc non plus en allant construire de nouveaux lotissements dans des zones, en général, basses, faciles d’accès, et qui sont inondables, mais justement en détruisant des constructions dans les zones qui ont été très inondées en 2018. Cela laisse plus d’espace d’expansion à la rivière, en cas d’inondation. Et c’est un projet de territoire global qui émerge. Car à travers cela, la commune est mieux préparée à des inondations, mais elle est aussi plus agréable à vivre : il y a davantage d’espaces verts et donc une meilleure adaptation aux pics de chaleur.

Justement, la végétalisation est un enjeu clé. Alors que les vagues de chaleur sont de plus en plus fréquentes et intenses, les espaces verts permettent de faire de l’ombre, de rafraîchir l’air et de lutter contre la formation d’îlots de chaleur urbains. Pourtant, on observe encore des réticences au niveau des collectivités, pourquoi ?

Les élus connaissent les solutions d’adaptation des territoires aux effets du changement climatique, mais ils ne se les approprient pas toujours. Là encore, ça bouscule nos modèles d’aménagement du territoire. Les freins sont du côté psychologique plus que technique. Une cour d’école végétalisée, cela semble plus dangereux, plus salissant. Il y aura davantage de boue, par exemple, et on craint que cela ne salisse davantage les salles de classe.

Pour les collectivités, ça peut être un frein non négligeable. Les élus se disent par exemple qu’ils n’ont pas assez de services techniques pour l’entretien des espaces verts. Un espace paysager qui n’est pas bien entretenu, c’est un signe de non-maîtrise. En réalité, le paysage est différent, mais cela ne veut pas dire que c’est mal entretenu. Et forcément, toutes ces évolutions se jouent plus ou moins vite, selon les territoires.

Dans les Pyrénées-Orientales, est-ce que ce changement de modèle vous semble enclenché ?

Localement, il y a un certain retard, mais ça ne veut pas dire qu’il ne se passe rien. Des collectivités mènent des projets de désimperméabilisation et de reconquête des espaces publics.

Il y a des projets de gestion des eaux de pluie, par exemple. On ne voit plus le circuit des eaux fluviales, qui est enterré, donc personne n’y pense. Mais toute cette infrastructure technique artificialise le cycle de l’eau. Les solutions qui sont développées de réouverture des sols pour retrouver de la pleine terre, permettent à l’eau de s’infiltrer naturellement, plutôt que d’être prise en charge par des réseaux techniques coûteux et d’être expédiée à des dizaines de kilomètres. Cela réduit le risque d’inondation et, encore une fois, permet de végétaliser.

Ce sont des projets d’envergure. Concrètement, par quoi commencer quand on arrive à la mairie ?

D’abord, il faut identifier les enjeux spécifiques de la commune. Est-ce qu’on est une commune littorale, fortement concernée par le recul du trait de côte ou pas ? Est-ce qu’on est une commune des Aspres, exposée au risque incendie ? Est-ce qu’on est une commune de la vallée de la Têt ou de l’Agly, avec un risque d’inondation ? Les stratégies vont différer en fonction des aléas, mais toutes vont demander un changement de modèle.

Quand un maire arrive aux responsabilités, c’est assez vertigineux. Il y a plein de dossiers et de procédures à respecter. Mais en même temps, il y a plein de leviers à actionner et beaucoup de projets porteurs et mobilisateurs. On voit l’écologie comme clivante, qui empêche. Mais localement, les enjeux écologiques peuvent aussi fédérer : il y a déjà des énergies citoyennes qui ne demandent qu’à se déployer. Elles peuvent être décuplées dans le cadre d’un projet municipal ambitieux et fédérateur.

On parle beaucoup d’organisation du territoire à grande échelle. Plus en détail, comment peut-on peut adapter les bâtiments au dérèglement climatique ?

Dans le bâtiment, si on continue à utiliser le béton, qui est le matériau dominant aujourd’hui, on se plante. Il faut essayer de favoriser l’utilisation de matériaux biosourcés. De la terre, de la pierre, du bois, de l’isolation de terre paille… On peut aussi choisir de privilégier le réemploi pour avoir moins d’impact écologique.

Ensuite, c’est la conception qu’on peut appeler bioclimatique. Qui consiste à penser un bâtiment pour qu’il n’ait plus besoin de climatisation avec des systèmes de ventilation naturelle. Problème : souvent, ça va coûter un peu plus cher, être un peu plus long et un peu plus complexe techniquement.

Cela demande donc un engagement financier et humain de la part des collectivités ?

Oui, j’ai fait des enquêtes auprès de tout un tas de concepteurs urbains. Je les ai notamment interrogés sur les principaux obstacles et leviers à l’écologisation de l’aménagement urbain. Les élus reviennent systématiquement dans les deux cas. Ils jouent un rôle pivot déterminant.

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