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Municipales à Céret : duel au cœur d’une vallée qui cherche son souffle

Article mis à jour le 18 février 2026 à 08:31

Le Vallespir souffre d’une image de déclin, justifiée ou non. Certaines communes perdent des habitants, les thermes luttent pour maintenir une fréquentation et le rural est parfois présenté comme enclavé, c’était du moins l’argument avancé par des élus plaidant pour le 4e pont sur le Tech. Céret, sous-préfecture dont le maire est aussi président de l’intercommunalité centrale, est au coeur de l’enjeu. Deux candidats s’affrontent pour son contrôle.

Sont-ils frères ennemis ? Le maire sortant Michel Coste figurait en 2014 sur la liste de son adversaire actuel, François Brulé. Michel Coste dirige une entreprise dans le domaine du traitement de l’eau et des énergies renouvelables. François Brulé travaille dans la diplomatie, ce qui l’a amené à quitter Céret pour l’Amérique du Sud quelques années.

En 2014, pas moins de cinq listes briguaient la capitale du Vallespir. Alain Torrent l’avait emporté, reléguant François Brulé et Michel Coste dans l’opposition, avant que Michel Coste ne devienne maire en 2020 suite à un scrutin serré. Depuis, les points de vue ont divergé. Les deux hommes, non encartés politiquement, visent le même siège. Regards croisés.

Faudrait-il une « méga com com » qui absorberait les Aspres ?

Pour le maire sortant, qui propose une liste « divers gauche », l’avenir doit se dessiner dans la continuité, avec une forte intrication dans la communauté de communes.

« Ce qui m’oppose à M. Brulé, c’est la vision qu’on a du territoire. Il faut une ouverture sur le Vallespir, il faut qu’on se développe. Céret a un rôle à jouer, c’est une centralité. Aujourd’hui on ne peut pas travailler seuls, le repli sur soi est mortifère. »

Le projet de piscine de Michel Coste, à hauteur du château d’Aubiry, est par exemple intercommunal. Mais il va beaucoup plus loin et envisage la fusion de trois communautés de communes, Vallespir, Haut Vallespir et même Aspres avec Thuir. « J’y réfléchis. Ce territoire est le piémont. On a par exemple la ville de Taillet, qui est sur le Vallespir mais qui va chercher l’eau dans les Aspres. Oms, Calmeilles, qui sont sur le Haut Vallespir, elles sont autant tournées sur les Aspres que chez nous. Il faut qu’on ait un territoire fort. »

François Brulé fait état de moins d’ardeurs sur l’aspect intercommunal. « L’intercommunalité n’est pas un puits sans fond. Pour mutualiser les moyens je suis d’accord, mais ça ne veut pas dire disperser les projets importants sur le territoire. » Il s’oppose ainsi à la piscine intercommunale, préférant reconstruire sur la piscine actuelle de Céret.

« La logique de globaliser des projets intercommunaux ne tient pas, ni financièrement ni en termes d’usage » commente François Brulé.

Si pour lui la fusion avec le Haut Vallespir est bien sur la table, envisagée par l’Etat, se rapprocher des Aspres n’aurait en revanche pas de sens. « Ce sont des territoires qui n’ont plus rien à voir. »

Dynamique ou pharaonique ?

S’agissant de Céret même, les visions sont là encore opposées. François Brulé évoque le déclin de Céret avec une perte d’habitants depuis quelques années. « Les jeunes ménages nous quittent pour des villages plus abordables comme Maureillas. » Il s’oppose fermement à l’aménagement en cours dans le quartier de l’ancienne gare, avec du résidentiel et un complexe de trois salles de cinéma, qu’il juge pharaoniques.

« C’est un lieu entre deux bretelles routières. La municipalité le jugeait indigne pour y construire la maison de retraite. Depuis, ce serait devenu extraordinaire… »

François Brulé préférerait la réhabilitation du cinéma historique du centre-ville. « Pourquoi faire trois salles de cinéma alors qu’il y a une baisse de fréquentation des salles obscures ? » Sur le résidentiel, il assure « à Céret on n’a pas besoin d’un programme immobilier de 150 logements. » Pour autant François Brulé souhaite de son côté construire des lotissements communaux sur le foncier disponible, en particulier dans le secteur de Nogarède, sur la route de Maureillas.

Michel Coste assume ses ambitions. « Notre slogan en 2020 c’était ‘réveiller la belle endormie’. Céret avait cette réputation de vivre sur son passé. » Le maire sortant regrette une loi ZAN (Zéro Artificialisation Nette) trop contraignante. « Il faut qu’on puisse maîtriser l’étalement urbain de manière un peu plus souple. » Il rappelle qu’il a néanmoins sanctuarisé la plaine du Palau pour y interdire toute construction. Michel Coste défend le projet du quartier de la gare. « On va y délocaliser aussi des services de la communauté de communes et de la ville. Il y aura une deuxième centralité. » Pour lui le site sera destiné aux habitants des quartiers autour du centre qui se sentiraient délaissés.

« Ce sont des quartiers en déshérence depuis des années, explique Michel Coste. Ils ont le droit à la culture, à un lieu plaisant, ce n’est pas réservé qu’aux gens du centre-ville. »

Il assure cependant ne pas négliger l’hyper-centre en récupérant des maisons sans héritiers pour favoriser les installations. « Il y a énormément de logements vacants. Au centre, ce sont des maisons qui n’ont pas de profondeur, il faut constituer un pâté de deux ou trois maisons pour créer un ensemble habitable. »

Céret, davantage qu’un musée

Les deux candidats s’opposent aussi sur le parking près du centre. Tandis que Michel Coste défend une version payante pour éviter les voitures ventouses, François Brulé préfère la gratuité pour rapprocher les Cérétans de leur centre, et s’oppose à trop de piétonnisation. Sur un 4e pont à Céret, Michel Coste et François Brulé y sont tous les deux favorables, même si le projet, retoqué par l’Etat, semble désormais plus difficile à plaider.

Côté culture, peut-on sortir de l’image d’un Céret associé à son seul musée d’art moderne alors que la ville compte d’autres infrastructures comme son musée de la musique ou son Centre d’art et de photographie ? Nos deux candidats souhaitent valoriser les arènes pour de l’événementiel. « On pourra faire des concerts, des pièces de théâtre, et on continuera à faire des corridas » assure Michel Coste.

Sur le parc du château d’Aubiry, c’est plutôt le désaccord. La ville le loue via un bail emphytéotique de 18 ans, actuellement à 75 000 euros par an. « Ça concentre beaucoup d’argent public » regrette François Brulé. « C’est quelque chose qui fonctionne » rétorque Michel Coste, qui envisage un nouveau festival sur le site, dont il ne révèle pas encore le contenu. François Brulé préfère construire une salle polyvalente.

Les finances derrière les projets sont clairement ce qui distingue les deux anciens colistiers. François Brulé promet qu’il n’augmentera pas les impôts, Michel Coste indique seulement l’espérer. La bataille se joue sur les investissements. De son issue dépendent les perspectives d’une commune, mais aussi de toute une vallée.

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Philippe Becker