Article mis à jour le 18 mars 2026 à 16:02
Les listes candidates pour le second tour des élections municipales ont officiellement été déposées en préfecture. Après une série de désistements, quelques négociations échouées et de rares unions, de nouvelles configurations émergent. Le second tour promet encore des scénarios explosifs dans 18 communes des Pyrénées-Orientales. Décryptage des principaux enjeux.
Vers un duel à Prades : la gauche divisée entraîne un désistement
Dans la sous-préfecture capitale du Conflent, trois listes s’étaient qualifiées pour le second tour. Face à Julien Audier-Soria, héritier des mandatures sortantes, deux listes de gauche, celle d’Aude Vivès et celle de David Berrué. Le total de leurs voix cumulées dépasserait celui de la liste divers droite. Le lendemain du premier tour, l’idée d’une alliance était encore sur la table, avec une rencontre entre les deux candidats de gauche. Mais faute d’accord, la fusion n’aboutit pas. David Berrué, crédité d’un peu plus de 10 % des suffrages exprimés, finit par se désister en faveur d’Aude Vivès.
Il déclare regretter une stratégie non partagée. « Passée l’amertume du moment, en cohérence avec notre fonctionnement basé, depuis le début, sur notre collectif, nous choisissons de ne pas maintenir notre candidature. » Si l’on considère un simple report des voix qu’il représente, la candidate se retrouve alors favorite pour prendre la ville du Conflent. Difficile d’estimer néanmoins l’impact sur l’électeur d’un désistement plutôt que d’une alliance, ni celui d’une mobilisation d’abstentionnistes du premier tour.
Rivesaltes : cinq qualifiés, deux désistés, rien de gagné
Rivesaltes est l’une des communes les plus scrutées dans cet entre-deux tours. A plusieurs titres. C’est une ville de plus de 9000 habitants qui pèsera dans la Communauté urbaine et l’une des quatre communes qui y enverra deux conseillers. Pour rappel, parmi les conseillers municipaux des 36 communes membres de Perpignan Méditerranée Métropole, 88 siègeront au conseil communautaire et éliront son président le 24 avril prochain. Louis Aliot, réélu maire de Perpignan au premier tour, brigue cette présidence. Julien Potel, candidat RN à Rivesaltes arrivé en (courte) tête au premier tour, serait un précieux allié.
Sauf que cinq listes avaient franchi la barre des 10% et s’étaient qualifiées, avec des tendances allant de divers droite à divers gauche. La bataille s’écrème pour un second tour où il ne restera que trois listes. Bernard Cuadras, Divers droite à 14,81 %, se retire en refusant les alliances et sans donner de consigne de vote. Joël Diago, divers gauche à 10,08 %, choisit lui aussi de ne pas tenter le second tour. Face à l’extrême droite demeurent donc Amélie Parraud (divers à 27,36 %), et Laurianne Rawcliffe (divers gauche à 16,90 %). Julien Potel ayant obtenu 30,85 %, la bataille pour la succession d’André Bascou est loin d’être jouée.
Canohès, Cabestany, Elne : l’extrême droite à une marche du pouvoir
Dans les deux bastions communistes de Cabestany et Elne, l’extrême droite est à la porte de la mairie. À Elne, Steve Fortel est arrivé en tête avec près de 40 % des voix. Ancien membre du mouvement pétainiste du Parti nationaliste français et proche de l’ultradroite, il fera face à deux candidats. D’un côté, André Trives, successeur du maire communiste sortant Nicolas Garcia, qui a obtenu 36,4% des suffrages au premier tour. De l’autre, Marie-Ange Izquierdo, candidate divers centre créditée de 20 % des suffrages. Elle a annoncé se maintenir en appelant « les Illibériennes et les Illibériens qui désirent le changement, avec une équipe modérée, à voter pour notre liste. » Seule liste à ne pas s’être qualifiée pour le second tour, Christelle Jimenez a obtenu près de 5% des voix. Les opposants à Steve Fortel comptent-ils sur ses 221 voix pour prendre la main ?
À Cabestany , les deux listes d’extrême droite se maintiennent face à la maire sortante Edith Pugnet. Olivier Mas, investi par le Rassemblement national, a pourtant appelé son adversaire Jean-Pierre Brazes à se désister. Celui-ci, qui demandait une fusion des listes, s’est maintenu face au refus d’alliance d’Oliver Mas. Les deux listes entretiennent des liens étroits. Olivier Mas faisait partie de l’équipe de Jean-Pierre Brazes avant sa désinvestiture par le RN en janvier dernier. Depuis, il l’attaque sur ses irrégularités, sa proximité avec l’ultradroite et des colistiers aux propos racistes. Alors que Jean-Pierre Brazes avait annoncé se débarrasser des brebis galeuses de sa liste au second tour, force est de constater qu’ils y sont toujours. A Cabestany, l’extrême droite reste donc divisée et pourrait permettre à Edith Pugnet de tirer son épingle du jeu. À noter que le résultat final sera aussi scruté pour la présidence de PMM : trois conseillers communautaires sont issus de son conseil municipal.
A Canohès, la liste conduite par Carla Muti arrive en tête au premier tour. Celle qui est aussi conseillère départementale RN obtient 30,72% des voix. Elle devance la liste Divers droite de Denis Fourcade (27,92%) ; et celle, Divers gauche, de Gilles Trilles (26,77%). Il y aura donc une triangulaire au 2nd tour puisque les trois listes se maintiennent. Si elle était élue, Carla Muti serait, comme Julien Potel à Rivesaltes, une précieuse alliée pour Louis Aliot, dans sa quête pour la présidence de PMM.
Millas : la ville far-west
La commune qui fut jadis le fief du baron local de la gauche, Christian Bourquin, connaît une vitalité démocratique intense. Quatre listes étaient candidates au premier tour. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la commune est divisée ! Les quatre listes ont toutes accédé au second tour et toutes ont dépassé les 20%. Celle de Joseph Olive arrive en tête (32,40%). Ensuite figurent au coude à coude les listes de Jacques Garsau (maire sortant, 23,94%), Cécile Quintus (22,31%) et Olivier Senyarich (21,35%). Ce mercredi, les quatre listes ont confirmé leur maintien. Le second tour sera explosif à Millas.
Neuf triangulaires : les villes les plus indécises
En plus de Canohès, Elne, Cabestany et Rivesaltes (voir ci-dessus), cinq autres communes sont âprement disputées par trois listes. Au Boulou, le maire sortant et vice-président de la Communauté de communes du Vallespir, François Comes, arrivé quatrième au premier tour, a décidé de se désister sans donner de consignes de vote. Trois listes restent en lice : celles de Patrick Francès (43,05% au premier tour), d’Alain Granat (21,23%, soutenu par le RN) et de Rose-Marie Quintana (20,67%).
En Salanque, Saint-Hippolyte et Saint-Laurent-de-la-Salanque voient également trois listes se disputer le second tour. A Saint-Hippolyte, la maire sortante, Madeleine Garcia-Vidal, aura fort à faire pour conserver son fauteuil. Au premier tour, elle a été devancée par Guillaume Mora (41,47 % contre 37,68 %). Loïc Bailly, arrivé troisième (20,85 %), complète le triangle. A Saint-Laurent-de-la-Salanque, trois candidats (tous divers droite) sont au coude à coude. Laurence De Besombes-Singla (maire sortante ; 38,69 % au premier tour) affronte Franck Sasot (31,44 %) et Laurence Gossard : 29,87 %.
Restent les deux dernières triangulaires. L’une se jouera à Ille-sur-Têt. Au pied des Orgues, où le maire sortant William Burghoffer a renoncé à se représenter, deux listes divers gauche se font face et seront concurrencées par une liste divers droite. Le premier tour avait été serré : Alain Fabresse (Divers droite) : 39,49 % ; Claude Aymerich (Divers gauche) : 31,17 % ; Caroline Pagès (Divers gauche soutenue par le maire sortant) : 29,34 %. Enfin, dernier village très disputé : Passa. La petite commune des Aspres (1118 habitants) voit elle aussi trois candidats s’opposer. Le résultat du premier tour laisse entrevoir un scénario ouvert : Laurent Girbau (43,30 %), Céline Davesa (34,36 %), Patrick Bellegarde (22,34 %).
Argelès, Claira, Saint-Genis… huit duels après la vague de désistements
Un seul duel se dessinait au lendemain du premier tour. Il s’agit de Maury où s’opposent Alexandre Villa et Michel Guallar, au coude à coude après avoir écarté Lola Beuze au premier tour. Mais les désistements en font émerger sept autres. Outre Prades mentionné plus haut, Argelès-sur-Mer sera regardé de près. Hélène Broc se retire et appelle à voter pour Julie Sanz, arrivée deuxième en tête au premier tour avec 42 % des voix. Une union qui menace donc le maire sortant Antoine Parra, crédité de 36 % des voix au premier tour.
Autre duel majeur, Claira qui passe de quatre listes à deux. Se maintiennent Marc Petit, maire sortant arrivé en tête avec près de 45 % des voix, et Michel Barbé, divers droite arrivée deuxième avec 24 %. Angélique Sorli, divers gauche, se désiste et annonce se retirer de la vie publique. Elle ne donne aucune consigne de vote aux 17 % des électeurs qui ont voté pour elle. Nathalie Denis Teruel (14% des voix au premier tour) fait de même, et indique que son équipe votera “contre Marc Petit”.
À Trouillas, face au maire sortant Jean-Marc Bassaget qui a frôlé l’élection au premier tour avec plus de 49 % des voix, seul Pierre Fernandez se maintient et appelle à “un vote de rassemblement et un vote utile”. Pas de fusion avec Laurent Corbacho, arrivé troisième, mais ce dernier indique qu’il votera pour Pierre Fernandez. À Saleilles, les deux listes en tête se maintiennent. Au coude à coude au premier tour, Fabrice Rallo, maire sortant, et Jordi Delclos s’affronteront à nouveau. Arrivé troisième, le divers gauche José Cascales se retire finalement suite à des différends entre colistiers, sans donner de consigne de vote. Restent deux derniers duels : Saint-Génis-des-Fontaines et Formiguères.
Une seule liste fusionnée dans le département
Seul duel lié à une fusion, à Saint-Génis-des-Fontaines, la maire sortante Nathalie Regond Planas, arrivée deuxième, se maintient. Elle s’allie à la liste de Laurent Counord, arrivée troisième au premier tour. Trois de ses colistiers rejoignent la quatrième, la sixième et la dix-septième place sur la liste de Nathalie Regond Planas. Face à elle : Jean-Claude Royo, arrivé en tête dimanche 15 mars, qui compte sur le vote des abstentionnistes au second tour.
Et enfin, c’était le théâtre d’une bataille étonnante durant cette élection, à Formiguères, où quatre listes se partageaient le vote de 400 habitants et s’étaient qualifiées au second tour, seules deux joueront la finale. Stéphane Aggeri face à Serge Vaills, chacun crédité d’environ 30 % des voix. Ramon Vilalta et Philippe Bastille se sont désistés. Fin du feuilleton dans le village, le verdict tombera ce dimanche 22 mars.
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